mardi 11 janvier 2011

COMMANDO MAINGAIN

Pour mon cadeau d’anniversaire, je n’avais qu’une seule envie : que mes amis louent une mongolfière, fassent imprimer « fuck you » sur le tissu dans 150 langues au moins sauf le Néerlandais et laissent dériver le ballon au-dessus de la périphérie bruxelloise, l’hinterland flamingant, là où l’abruti se montre plus sensible qu’ailleurs à l’idiome. Plus tard dans l’année, j’ai eu cette autre idée de comptoir : aller faire chier les représentants de la NVA et du CD&V à la sortie de leurs bureaux respectifs, cela déguisés en Gilles de Binche, en Blanc-Moussis, en Macralles de Vielsalm…

En fait, sous couvert d’invitation à la sympathique découverte du folklore wallon, les faire vivre sous la menace constante d’une action imprévisible : conviviale un jour (confettis, tartelettes à la myrtille…), complètement et gratuitement violente le lendemain (oranges en travers de la gueule, étranglements à base de bidules en bois…). Tout cela devait s’inscrire dans le cadre d’actions revendiquées par le COMMANDO MAINGAIN, du nom de notre Grand Leader Spirituel Francophonissime, Olivier Maingain. Je n’ai d’ailleurs pas totalement abandonné l’idée de me faire imprimer un t-shirt avec une stylisation du patron du FDF dessus, dessiné à la Ché Guevarra. Pour aller me pavaner à la Kammenstraat…

Tout cela est très con. Du punk, du rire, du destroy. Le nihilisme rigolard me semblant être la seule réponse valable à la crise de régime actuelle, j’assume cela totalement. Je veux du détournement genre Action Discrète, des graffiti dignes de Banksy. Du situationnisme, de la prise de parole imaginative et drôle, du terrorisme intellectuel. De l’absurde et de la provocation. Que les responsables politiques et les commentateurs médiatiques soient amenés à éprouver une véritable honte, un cuisant sentiment d’échec, sous l’assaut de la moquerie populaire. Qu’ils ne se sentent pas simplement lâchés par leur électorat ou défiés par les pertinents commentaires des internautes mais bien punis, moqués, raillés, dénudés de leur hypocrisie crasse et bien davantage promis au goudron et aux plumes plutôt qu’à une simple cure d’opposition ou de ringardisation.

Je ne joue pas là mon Thomas Gunzig, me contentant de traiter de cons tous les politiciens. Ou mon Marcel Sel, regrettant l’unité belgicaine. Comme le dit la chanson, punk elle aussi, « je ne sais pas ce que je veux mais je l’aurai » et c’est bien davantage sentimental que simplement cynique. En fait, sans la moindre nostalgie belgicaine, j’aimerais tout simplement que l’on me démontre que perdurent ici un certain esprit, une certaine distance amusée aux choses, un certain art d’ouvrir sa gueule aussi, de défier les establishments. Si toutes ces choses censées déterminer notre belgitude n’ont plus court, alors, réellement et définitivement, la liquidation de l’idée belge s’impose. Si ne restent sur ce territoire qu’une droite flamande tellement décomplexée qu’elle en devient totalement nauséabonde et en face de cela une bande de culs contrits francaouis de gauche n’ayant pour seule idée d’opposition que des remakes citoyens de la Marche Blanche, l’exil de tout ce qui est capable de rire en ces terres devient alors impératif. Sauf si tu t’appelles Kevin Van Ghandi et que tu te sens un destin de Sauveur national. Mais bon…

Le futur (post)-belge s’écrit là, sous nos yeux, et scénarios vraiment catastrophes mis à part, la logique veut qu’il annonce surtout un gigantesque boom d’emplois vacants dans la fonction publique. Le retour de la rage taxatoire. Le bilinguisme dictatorial. Une démographie partagée entre vieux fafs et jeunes cons. Du flic flaoui en force dans les rues de Bruxelles. L’austérité et le culte de l’effort. Le succès des assurances complémentaires privées après la faillite de la sécurité sociale publique. Bref, no future pour tout ce qui sous nos latitudes désire la dolce vita, la branlette tranquillou, n’avoir que peu d’orteils dans le rang et je ne parle même pas de vivre de son art, de sa plume, de son rire et de ses idées. C’est heureux : il n’y aura sans doute jamais de balkanisation de nos conflits communautaires. Par contre, si on veut s’éviter un avenir digne d’un Suisse, vivre dans un Reich tout mou où chaque fenêtre a son petit rideau de dentelle, il me semble urgent d’en allumer la grolandisation. De montrer son cul plutôt que son attachement à des valeurs désormais fossilisées : le Roi, la loi, la liberté… D’agiter ses couilles plutôt que des grands principes : solidarité, respect, compromis. Qu’Albert II nomme Salengro pacificateur. Ou alors, regonflons Noël Godin, grand absent de ces temps troublés. Tout simplement.

(Illu : Burt, extrait d’El Rios 3)

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