mardi 24 mai 2011

IS IT LOVE?

Il y a quelques jours, Didier Lestrade, encore lui, publiait sur Minorités.org un petit texte où il avance l'idée que nous vivons en ce moment sur Facebook un nouveau Summer of Love, celui de l'ordinateur, « la même histoire d’amour que nous avons partagée il y a 20 ans dans les clubs et les raves », pour reprendre ses termes exacts. C'est une idée à priori aussi naïve qu'illuminée et, sur Facebook justement, elle fait beaucoup rire certains de mes friends, pour qui tout cela n'est que du délire MDMA pur jus. J'avoue pour ma part que cette fois, sans toutefois totalement partager les arguments et les envolées de Lestrade, cette vision m'interpelle plus qu'elle ne me fait marrer. Le « Summer of Love de l'ordinateur », l'avènement du « Computer Love » jadis prophétisé par Kraftwerk ? Pourquoi pas, en fait ? Le nez levé de l'ordinateur, il y a même beaucoup de signes qui confirment qu'on y est. Ou pas loin.

Rien de très délirant, de la pure logique, même. C'est carrément la démographie qui veut cela. Qu'ont en effet en commun le San Francisco de 1967, la House Nation de 1988 et le Computer Love de 2011 ? Les drogues ? La musique ? L'amour, l'empathie et le sexe ? Oui, pour la frange de la population la plus branchée, la plus fêtarde, la plus dropped out. A échelle bien plus large, la réponse est toutefois bien davantage banale et bien plus pragmatique : à chacune de ces dates, une génération entrait tout simplement dans l'âge adulte. Se fantasmait un pouvoir révolutionnaire, éventuellement efficient. Revendiquait sa part de gâteau et prônait la défiance envers les incarnations de l'autorité, les valeurs jugées obsolètes et les modes opératoires vus comme dysfonctionnels ou moralement innacceptables.

Très clairement, la génération Y, celle née en 1990, pisse enfin droit et c'est pourquoi va advenir un troisième Summer of Love. Voilà, c'est tout, c'est mathématique et inévitable. Vers 2032, en viendra un autre et ainsi de suite, tous les 20-25 ans... Là, pour le moment, c'est évident : Sarkozy, Tepco et les dictatures arabes jouent déjà les rôles de repoussoirs jadis tenus par Nixon et le Vietnam, Thatcher et l'URSS. En plus, la musique est bonne et la météo clémente. S'annonce un super été nucléaire, le moment idéal pour envisager la révolution mondiale entre deux barbecues et trois festivals de rock. Y a même plus de Ben Laden pour dégonfler cet update d'altermondialisme.

Après, faudra évidemment voir comment tout cela s'enroule véritablement. Si ce bel enthousiasme se dilue dans le capitalisme, si la tentation de bâtir une société différente résiste à la proposition de CDI ou à l'appel de la Nike ? Si ce truc qui traîne dans l'air, outre les radiations japonaises, s'incarne véritablement en mouvement social quasi-mondial ou se contente de faire brailler une poignée de défoncés ? Si l'establishment résiste aux idées djeunes ou les absorbe, pour en recracher une version édulcorée qui satisfera le plus grand nombre, surtout les vioques qui rentrent par le soupirail dès que foutus à la porte ? Si Facebook reste gratuit, si Facebook se met à censurer, en plus des bites et des chattes, les insultes politiques et les vidéos de bavures de flics ?

Facebook et les réseaux sociaux vecteurs de mystique comme jadis les disques de Love et du Creedance, les mixs de Weatherall et d'Oakenfold, ça paraît gros mais c'est pas si con, dans ce climat wannabe révolutionnaire. Y a juste que dans ce cas, ce blog, je veux qu'il soit la nouvelle Ibiza. Call me Pipi.

5 commentaires:

  1. C'est loin d'être con comme réflexion. On voit aussi la peur des politiques (surtout en France) face aux réseaux sociaux. Cette peur ce traduit par une volonté absolue de vouloir les contrôler, maitriser et en faire un appareil de surveillance. D'autant plus que leur ignorance face à ces médias les ringardise ou les dé-crédibilise encore plus aux yeux de la jeunesse. La loi HADOPI (qui est bien plus qu'une loi anti-piratage) par exemple, est plus que comparable à la loi Mariani-Vaillant ou le Criminal Justice Act.

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  2. Bien vu, ça! On tient vraiment quelque-chose :-D

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  3. Waw.

    Donc :

    1/ Late 60's : Guitares distortionnées(rock music), LSD et Nixon comme méchant. => LOVE.

    2/ Late 80's : Boites à rythmes/ platines (house music), MDMA et Reagan/Mitterrand/... comme méchants. => LOVE.

    3/ Aujourd'hui : Internet (Facebook & co.), ? et Sarko? comme méchant(s?) ? =?=> LOVE.

    J'espère que j'ai mal compris parce sinon c'est terriblement triste tout ça.

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  4. Il y a aussi

    1/ Late 1780's : chansons paillardes, eau croupie et Marie-Antoinette comme méchante =) Hate

    2/ 1917 : moujiks et violons slaves, vodka et le Tsar comme méchant =) Hate

    Mais c'est plus rare. Et pas forcément moins triste...

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