Let there be House
Avant d'atterrir dans « le journalisme culturel » (ou dans « la fourniture de contenus », allez...), je me suis coltiné pas mal de McJobs, des emplois dont je me suis chaque fois fait virer de façon peu amène, en le cherchant bien. J'ai trimé dans un Quick, par exemple, et je m'en suis fait tej parce que je faisais partie d'une bande d'employés qui se radinait complètement déchiquetée chaque week-end et jouait à Robocop avec les pistolets à sauce. Je me suis occupé des rayons d'un Lidl, quelques semaines plus tard. J'y allais en touriste et je rigolais trop, surtout quand les vieilles musulmanes me demandaient l'endroit « avec les trucs pour pas avoir de bébé » et repartaient en fait du magasin avec des paquets de tampons hygiéniques sous le bras. Mauvais genre, les moqueries. J'ai déchargé des bacs de bières dans des bistrots. Là, j'ai claqué la porte après être parvenu, à travers le pantalon de toile trop fine de l'uniforme, à me coincer un bout de bite (ça a repoussé depuis) entre deux casiers de Jupiler. J'ai trié et lavé les bouteilles dans l'usine Coca-Cola à Anderlecht, manipulé des tonnes de tabac chez un cigarettier du bas de Schaerbeek, sué en entrepôt sous des pallettes surchargées chez Ziegler, le long du canal... Intenable à chaque coup. J'ai aussi glandé un peu moins d'un an dans un vidéoclub et ça, c'était cool, on s'est même ensuite inspiré de ma façon de parler aux clients pour une comédie US indie bien x-générationnelle (Clerks). Tout ça pour dire qu'au moment où fin 1995, on me propose de gérer un magazine de musique contre de l'argent et un CDI, ce n'est pas que j'estimais avoir des choses à dire sur la musique, que je me sentais investi de propager la parole du bon goût mélomane, de défendre quelque disque que ce soit contre l'anonymat et l'oubli, de mener une croisade contre les Infidèles de la Variétoche. C'est juste que l'on me donnait la clé d'une vie un peu moins merdique, bien dégagée de la norme prolo et mortifère du 9 to 5. Pas trop contraignante, plutôt amusante. Du sur-mesure, quoi.
On n'est pas des pigeons
Très vite, j'ai trouvé con qu'écrire sur la musique ne se limite qu'à parler de disques reçus, retranscrire des interviews, annoncer des festivals et raconter des concerts. Parler de rock comme les fades dindons de la presse féminine parlent de sacs à mains et de produits pour raffermir leurs vergetures, en fait. Le trip « on n'est pas des pigeons » : on compare 10 disques de rock sortis sur le marché et le vieux gâteux du CRIOC vous sort du lot celui qui présente le meilleur rapport qualité/prix. C'est horrible à dire mais c'est ce que les gens attendent, en fait. Il n'y a que les journaleux, les wannabes, quelques freaks littéraires, Radio Nova, des auteurs anglo-saxons et toute l'équipe du magazine télé Tracks pour encore se branler sur le long-format, l'hors promo, le gonzo de qualité (pas Gonzaï, donc). Vouloir prendre le temps de développer une idée, de poursuivre un fantasme, de rencontrer des gens totalement à part. D'exposer un style de vie, une culture marginale, de raconter des histoires. Rien à voir avec le côté promopute, voilà le vrai journalisme culturel. A échelle rentable, je ne pense pas qu'il soit désiré. Le système n'en veut pas : c'est trop cher pour les éditeurs et le marketing estime que cela bouffe trop d'espace publicitaire potentiel. De plus, la plus grosse partie du public n'en a rien à foutre, elle ne cherche qu'à savoir si les disques sont bons ou pas et si le concert prévu s'achève bien avant le passage du dernier métro. Tout le reste n'est que littérature, il est vrai rarement bonne. Les journalistes culturels en activité ? Ca leur fait peur, tout simplement. Habitués à expédier des avis en 3 lignes, dépassant rarement les 6000 signes, il en existe bien peu capables de fournir un article correct résultant d'une enquête au long cours.
Kama Sutra versus Missionnaire
Il y a donc ce post sur Slate.fr qui se plaint surtout de la disparition des audioblogs. Il s'y dit néanmoins des choses très intéressantes sur ce qu'est aujourd'hui la critique culturelle, dans les médias traditionnels et sur le web. Le papier parle de ces « webzines (qui) chroniquent aujourd'hui la musique avec les outils de la presse d'antan », cette « blogosphère musicale totalement saturée de mauvais articles », cette « promesse d'une libération de la parole et des formes d'écriture restée lettre morte. » Le verdict penche du côté du « manque flagrant de talent et d'imagination, en plus de cette volonté visible d'acquérir un statut d'interlocuteur valable vis-à-vis des intermédiaires de la musique... » Le mec de Slate a une chouette formule pour résumer tout cela : « aujourd'hui, parler musique sur Internet, c'est faire l'amour en missionnaire lumières éteintes alors que le Kama Sutra est à portée de main. »
The Truth is out There (in small doses)
C'est évidemment La Vérité Vraie. Du moins l'estimera n'importe qui vivant dans la même niche que nous (les journaleux, les wannabes, quelques freaks littéraires, Radio Nova, des auteurs anglo-saxons et toute l'équipe du magazine télé Tracks). Nous voulons des articles qui pètent, des angles de fous, des reportages dans le Sud qui durent plus d'un million d'années, et toujours en été. Nous voulons la musique la plus étrange jamais écoutée, la plus inédite, des sons qui provoquent des mutations. Au moment où j'écrivais ces lignes, Radio Nova annonçait une émission entièrement consacrée au heavy-métal produit au Botswana tandis que dans les principales rédactions culturelles francophones belges, on s'excitait surtout à l'idée de tweeter en direct du Festival de Dour. Le schisme, il est là mais attention, il n'y a toutefois rien à opposer avec trop de violence, vu ce sont juste deux tafs différents. Celui des mecs qui cherchent et celui de ceux qui trient leur courrier, celui de ceux qui veulent ouvrir des billes de publicité Clearwire en couvrant des sujets dingos et l'occupation de ceux qui se contentent du dernier Fleet Foxes parce que c'est presque aussi bien que Bon Iver. A ma façon, déviante, j'ai longtemps pratiqué l'option deux et pas assez l'autre, le dos crawlé dans la grande profondeur. Ce sont ces quinze années de production d'articles fanfarons qui font que je sais aujourd'hui que trop bien que les diableries ne font pas recette dans n'importe quel contexte. Sortez un article un peu marrant et fouteur de poire dans un MAGAZINE MUSICAL, vous aurez une majorité de lecteurs n'en comprenant ni le sens et encore moins l'utilité, quelques-uns pour se plaindre de ne pas y trouver les informations attendues et même une bonne branlée pour déplorer que la justesse de leurs goûts personnels ne s'y trouve pas confirmée. Cela, sur papier comme sur écran.
Non, rien de rien
Bref, contrairement à Slate qui refile surtout le « valet qui pue » du manque d'imagination et la larchouma du manque d'investissement aux internautes pas foutus de mener à terme une révolution médiatique, moi, je pense plutôt que c'est la multiplication des modes de consommations de l'information culturelle qui fout le bronx. Comment voulez-vous intéresser à un même support un mec qui utilise la critique musicale pour lister ses futurs downloads et un zygoto de mon genre qui a trop lu Actuel dans sa jeunesse et recherche depuis les reportages les plus azimutés possibles ? Ceux qui ne lisent que des interviews et ceux qui préfèrent la branlette analytique menée par des gros nerds maîtrisant le solfège ? Ceux qui veulent vraiment savoir comment était le concert du jour d'avant et ceux qui veulent juste noter les dates des concerts du mois d'après ? Ceux qui veulent des avis sur des groupes à peine formés et ceux pour qui tout musicien n'ayant pas cinq ans de carrière de première bourre n'est qu'une lamentable hype ? A ce problème, sur le web comme dans les rédactions traditionnelles, une solution est chaque jour appliquée : ratisser large, chercher le truc plaisant au plus grand nombre. Toi, Slate et moi, c'est ce qui fait que l'on ne mange pas à sa faim, que l'on s'emmerde. Mais toi, Slate et moi, nous sommes définitivement perdus aux yeux des pubards, des grands planificateurs, des banquiers, des spéculateurs et des rédacteurs en chef pour qui une revue culturelle est surtout une revue qui aide le quidam à claquer au mieux son budget cucul la culture. On ne s'en porte pas plus mal, au final.
15 commentaires:
J'aurais dit "no one here gets out alive", le of m'a l'air tout à fait loufoque...
Dissipé en ce moment! Heureusement que ça englishe ferme parmi les lecteurs :)
« des rédacteurs en chef pour qui une revue culturelle est surtout une revue qui aide le quidam à claquer au mieux son budget »
C'est ça qui est écœurant ! Ça n'a rien de culturelle ! Comment un magazine peut-il se revendiquer « culturelle » lorsqu'il n'est qu'un folder publicitaire à la solde (parfois malgré lui) de l'industrie musicale la plus crasse ? Personnellement, j'ai toujours eu un problème avec le « qu'on me dise quoi faire, quoi acheter, quoi aimer ». Ma culture musicale, je l'ai forgée sur les dancefloor, en passant des journées entières chez les disquaires et aujourd'hui, en passant des nuits blanches à farfouiller sur Youtube. La différence entre un Coosemans, un Van Eersel, etc.. et les autres pubards, c'est que vous ne dites pas quoi aimer, vous apprenez (à des gens comme moi) « comment » aimer ! Par exemple tu parles souvent des Black Lips... Groupe dont je me fous royalement, c'est pas ma came. Mais la façon dont tu en parles en expliquent pour quoi ça te plait, ton sens critique souvent très subjectif et émotionnelle (que je trouve très juste), me donne une grille de lecture à appliquer sur la propre musique que j'écoute, achète et aime. En d'autres mots, les journalistes comme toi aiguisent mon sens critique. Mais dans le fond ? Quel est l'intérêt pour l'industrie musicale d'éduquer les gens au sens critique via les médias spécialisés ? De son point de vue, c'est carrément se tirer une balle dans le pied non ?
Dans la peau de l'industrie musicale, ce ne seraient pas les gens éduqués au sens critique qui me feraient le plus peur mais bien ceux qui gèrent au mieux leurs envies, connaissent trop bien leurs besoins, ont décidé une bonne fois pour toute ce qui est bon pour eux et ce qui ne le sera jamais.
Quand j'étais jeune, je me suis laissé tenter par le disco, le hip-hop, la house, la cold-wave, la musique de films, le punk, la pop, la soul, le hard-core, le reggae, le grunge, le métal même... Ca ouvre bien sûr l'esprit mais ça fait aussi de toi un client VIP de l'industrie musicale. Là, je deviens un schnock et j'ai bien compris que fondamentalement, c'est le rock garage primitif, l'electro droguée, les fils de Morricone et Sonic Youth qui me plaisent réellement, tout le reste n'étant que passagères tocades. C'est pourquoi je suis désormais un drame pour qui veut me vendre des disques:-D
Il y a quelques mois, un de mes lecteurs (visiblement intéressé par la musique électronique mais novice dans le genre) me demande ce que je pense de l'article paru sur Rue 89 dont le titre est (tiens-toi bien) : « Leçon de house music à ceux qui se prennent pour des DJ de génie » http://www.rue89.com/2011/03/16/lecon-de-house-music-a-ceux-qui-se-prennent-pour-des-dj-de-genie-194934
En gros, ça raconte un truc de nerd hyper technique, bourré de références (pas toujours mauvaises d'ailleurs) mais qui passe complètement à côté de la plaque ! Je lui dis poliment que bon... c'est pas ça l'important ! Et je lui envoie l'article de Van Eersel sur Ray Lema et sa théorie de la roue rythmique http://www.cles.com/itineraires/article/ray-lema-la-roue-rythmique
Ou comment piger tout le délire Techno, dancefloor, free party, défonce hypnotique, en lisant un simple article sur la façon de jouer sur du tam-tam des « nègres » en Afrique !
Réponse du gars : « *bruit de mâchoire qui tombe* »
De toi à moi, même si ce n'est pas grand chose, je pense que ce mec vient d'avaler une certaine pilule d'une certaine couleur ! ;-)
« ceux qui gèrent au mieux leurs envies, connaissent trop bien leurs besoins, ont décidé une bonne fois pour toute ce qui est bon pour eux et ce qui ne le sera jamais » C'est exactement ce que je voulait résumer par « sens critique » sans m'embarquer dans des explications un peu prolixes.
Tu deviens un Schnock, rassure-toi, moi aussi (et bientôt papa qui plus-est !) mais je suis constamment entouré d'une ribambelle de kids de 10 ou 20 ans plus jeune que moi (ma meuf y compris ;-)... et ils me demandent constamment : « comment c'était la révolution Techno ? ». Ils fantasment à mort sur l'époque Boccaccio et autres Rave & Free Party des années 90. De mon côté, je les encourage du mieux que je peux à réaliser leur propre révolution musicale ! (ça c'est mon côté vieux schnock) Ils sont donc looooiiiin d'être formatés par l'industrie ! Ce qui m'amène à te dire, qu'ils sont réellement demandeurs d'un journalisme musicale à ta façon !!!
PS : electro droguée : ma came, les fils de Morricone : ma religion, le rock garage primitif : « primitif » c'est tout ce qui compte ;-)
Haha ! Je me souviens d'avoir parlé de Van Eersel et de la roue rythmique de Ray Lema avec toi au bistrot quand on se connaissait à peine et visiblement, on croyait tous les deux qu'on était les seuls à connaître ça, chacun de son côté. Faut dire que j'ai moins tendance à le citer qu'Hunter Thompson, celui-là, alors que s'il y a bien un journaliste au monde qui m'a complètement retourné le cerveau, c'est lui, avec ses bouquins sur la mort :-D
Pour le reste, même si c'était pas toujours conscient, c'est ce que j'ai toujours fait en accentuant le côté déconne, moqueries, en préférant dénoncer le contexte éventuellement pourri plutôt que parler des compositions dont l'appréciation dépend de toutes façons entièrement des sensibilités : que les gens se libèrent de la dictature des prescripteurs, des modes imposées, du marketing, des petites stratégies séductrices à la con de l'industrie, qu'elle soit mainstream ou indie.
En fait, l'époque que l'on vit, où critiques et industrie se plantent, je la fantasmais dès 1993 :-D
La discution sur Van Eersel, c'est même la première fois qu'on s'est vu en IRL à la gare de la Chapelle. Ce qui m'a d'ailleurs convaincu d'élaborer un projet avec toi, après s'être « reniflé le cul » selon tes dires ;-) Projet, serte dans un tiroir, mais qu'on (les kids) me supplie de plus en plus à l'en sortir... (mais c'est une autre histoire)
Quand je te parle de la nouvelle génération « Kids » à ne pas sous-estimer ! UN exemple : mon neveu âgé de 16 ans... qui débarque chez moi avec ses potes tous les dimanches matin complètement déchiré au MDMA en revenant du Steel (boîte de kids D'n'B actuel au centre ville)... Je lui demande : Nan mais c'était pas Eminem & Lady Gaga que tu aimais toi ? Il me dit : oui mais ça c'est juste pour faire le malin auprès des gonzesses dans la cour de récré avec mon I-Phone, ce que je veux, c'est tes machins là, de Détroit, Chicago, Acid bidule et ta vieille Drum n' Bass de ouf pour écouter dans mon Ipod avec mes potes quand on se défonce le week-end ! (authentique hein la discution !) Là! Je me dis que les gamins d'aujourd'hui ne sont pas si influencés par l'industrie et peut-être qu'ils ont trouvés par eux-même la façon de distiller les pluri-médias et d'en soustraire la crème...
Bref... ces gamins, sont pile-poile à l'écoute de la génération précédente. Ils « cherchent » à « savoir » d'où viennent tel ou tel genres musicales... ce que je leur donne avec ma modeste expérience (c'est agréable de se sentir plus écouté qu'un prof de math) mais ils en demandent toujours plus ! Et là, j'estime que c'est à ta corporation de prendre le relais !
"La musique commence là où s'arrête le pouvoir des mots."
Super cet article : bien structuré, très pertinent, et le tout sans aigreur (ce qui peut toujours un peu gâcher ce genre de réflexion) et surtout avec du recul (c'est vrai que ça reste un sujet qui ne mérite pas non plus de partir en guerre).
Derrière tout ça, il y a aussi la question du leitmotiv du "média culturel". S'agit-il de partager, d'écrire, de raconter, de gagner sa vie ou encore de coller à un fantasme éculé adolescent. Il n'y a probablement pas de bonne formule, mais en face de la multiplication des modes de consommations de l'information culturelle, il y a aussi une multiplication des envies des journalistes/blogueurs/auteurs. C'est sûr que les objectifs ne doivent pas être les mêmes lorsqu'il s'agit de rentabiliser un site pour pouvoir changer de vie, que juste écrire sans rien attendre en retour, comme un simple devoir par rapport à soi même (je ne juge pas, c'est juste qu'effectivement, du coup on ne parle pas de la même chose).
Mais c'est surtout la conclusion que j'apprécie beaucoup : "On ne s'en porte pas plus mal, au final". D'un point de vue personnel, je me retrouve vraiment là dedans. Je pourrais passer des heures à me plaindre des mécanismes, la vérité est que ça ne m'empêche pas de faire mes trucs avec les potes et d'être heureux là dedans.
En filigrane, ça pose aussi malheureusement de toute manière la question "le journalisme culturel est-il encore un métier ?"... Rémunérera-t-on des journalistes juste pour préparer une liste de course de disques à télécharger ?
Oui, je pense que le journalisme culturel reste un métier, du moins exige-t-il plus de compétences que la chronique, la critique et le rapport de concert, qui est à la portée du premier babouin venu équipé d'un laptop. Peut-être pas un métier d'avenir mais certainement pas un métier en voie de disparition, comme celui de critiquer des nouveaux disques. Il reste des tonnes de bouquins à écrire, de reportages fouillés à mener, d'articles à pondre sur des musiques ayant échappé à tous les radars de la hype. Après faut voir combien ça sera payé et de quelle manière cela sera mené mais je pense qu'il y a là plus d'avenir que dans l'activité d'écrire au jour décidé par l'industrie sur des albums qui ont leaké sur le web 3 mois auparavant.
Certains blogueurs, non journalistes, jouent déjà la carte de l'article ou reportage fouillé sur les musiques qui passent sous le radar. Mais ils ne sont pas nombreux, en effet et surtout ils sont animés par autre chose que les vases communicants du mercantilisme, un truc qu'on oublie un peu dans tout ça : la passion de la musique.
Reste que tenir un mp3 blog ou un audioblog est un boulot colossal (j'en sais quelque chose) ce que ne souligne pas ledit article de Slate. En tant que pionnier en la matière, nous avons été les "radio pirates" ou "les disquaires indépendants" du web, mais un jour la vie de tous les jours, la lassitude, l'envie de faire autre chose font que nous abandonnons ce loisir qu'était de tenir ce mp3 blog.
Et puis à mon sens, le mp3 blog doit rester une Zone Autonome Temporaire, un lieu de résistance au tout venant, un pied de nez situationniste. Il ne doit pas s'inscrire dans la durée sinon il rejoindra la cohorte de ce qu'il combattait dans son coin.
Opposer la passion des uns au mercantilisme des autres, haha, beaucoup trop simplet !!! Tu crois franchement qu'un critique va travailler 10 ou 30 ans dans n'importe quel média payeur sans ressentir la moindre passion pour ce qu'il fait, simplement parce qu'écrire lui paye son steak ? Je ne dis pas qu'il n'existe pas des gens complètement désinvestis dans le milieu mais le problème majeur du journalisme musical n'est pas là. Le problème majeur, c'est que tu es constamment interpellé, innondé, dragué, mis en demeure autant par l'industrie mainstream que par les acteurs indépendants et même désormais par les groupes complètement amateurs qui dégottent ton contact via Google.
Bref, le problème majeur, c'est que tu perds un temps dingue à écouter des merdes et à évaluer des propositions complètement tartignolles. A écouter des trucs que tu n'aurais jamais écouté autrement et à trouver ça finalement pas mal, au point de vouloir écrire dessus, même si c'est pour avoir deux semaines plus tard un avis totalement contraire à celui que tu as pourtant publié. Tu risques aussi de développer une attitude malsaine par rapport à la musique, par exemple vouloir donner des coups de pouce en médiatisant des blaireaux qui ont de la bonne coke ou sont gérés par quelque créature pneumatique qui te fait fantasmer. Tu pisses continuellement de la copie, aussi, ce qui n'est pas la meilleure des conditions pour écrire des choses qui auraient la prétention d'avoir du sens.
Alors tu mets le "here" après le "one" et ton titre sera aussi parfait que ton texte =)
Misère! :D
Brrrravoooooow Serge =)
Enregistrer un commentaire