mardi 3 avril 2012

LA HAINE PURE


J'ai le souvenir de lire des interviews de Romain Gavras où à chaque paragraphe, je trouvais au moins une bonne raison de le frapper. J'insulte fastoche mais pour me donner envie d'envoyer du gnon, il faut se lever tôt, y aller sévère, poser du lourd, et ce n'est pas donné à tout le monde, vraiment pas, d'ainsi m'exciter jusqu'à la haine pure, celle qui justifie la violence. Je n'ai d'ailleurs jamais très bien compris pourquoi ce clippeur de merde et sans la moindre idée originale (pompita Chris Cunningham, pompito Peter Watkins) me faisait à ce point péter une durite. Réaction viscérale, qui doit tenir du karma, ai-je conclus au moment de refermer le dossier et de commencer à éviter comme la peste tout magazine avec sa tronche dessus et tout buzz autour de son nom. Puis, un peu par hasard, j'ai été amené à voir son film, Notre Jour Viendra, qui est pour le moment curieusement visible en intégralité (tronçonnée) sur You Tube. Et j'ai adoré ça, vraiment.

Je n'ai pas honte à l'avouer, j'ai en partie aimé parce que je suis snob et que lorsque le cinéma français ne fait plus qu'aligner les couillonnades prétendument feel-good à la Walt Disney (Intouchables, Ch'tis, Marsupilami...), il me semble politiquement important de rejoindre le Côté Obscur. Plus primordial, il se fait que j'aime par-dessus tout les films qui éclaboussent, qui remuent la merde, et à ce niveau, j'estime avoir été décemment servi par Notre Jour Viendra, qui tient tout de même plus du brulôt carrément punk que de la comédie trash. C'est qu'il ne faut pas se fier à son pitch couillon, digne de Dumb & Dumber, le coup des roux qui se révoltent contre tous ceux qui se foutent de leurs billes. C'est un énorme leurre, ce pitch, vu que le film tient plutôt de la furieuse charge frontale contre la société toute entière (jeunes, vieux, handicapés, gays, rappeurs, gothiques, geeks, clochards, hétéros, boudins, bonnasses, juifs, arabes, gens du Ch'nord, bourgeois de Calais...). Sans glorifier, ni condamner, la haine et la folie, il raconte surtout une sombre affaire de pétage de plombs, de déclassement social, de nihilisme suicidaire ; Fight Club chez les ch'tis, le côté pubard en moins. Il y a bien quelques maladresses et un côté Bisounours gratuitement trash, Romain Gavras restant fidèle à lui-même, pas fort finaud et toujours partant pour mine de rien beaucoup voler ce qu'il a vu ailleurs (en l'occurence du côté de Bertrand Blier époque Calmos) mais n'en demeure pas moins qu'après Enter The Void, Les Derniers Jours du Monde et Un Prophète, c'est tout simplement et très étonnament ce que j'ai vu dernièrement sortir de mieux de la France contemporaine. Ouais, carrément.

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