dimanche 24 mars 2013

GERBER WOODKID



Je ne pense pas grand-chose de la musique de Woodkid, qui n'est pas dégueulasse en soi, juste trop travaillée et calculée pour me plaire, moi qui ait tendance à surtout kiffer le basique, le sauvage, le spontané, l'esprit punk, le chant de la machine. A mes oreilles, ça sonne comme Antony, sans ses Johnsons, qui chanterait sa misère sur une version karaoké de These New Puritans. Bref, une version discount de propositions musicales déjà pas toujours bien passionnantes ailleurs. Cash : je m'en contrefous donc, mais alors totalement. Par contre, ce que symbolise le personnage, comment il se présente, se vend, comment s'emballe sa médiatisation aussi, relève pour moi de la véritable déclaration de guerre. Parce que je reste attaché à une certaine idée de la musique, du journalisme, du marketing et aussi de la méritocratie. Woodkid et son cirque en représentent l'exacte antithèse.

Déjà, il y a une recette derrière la méthodologie de son buzz et elle joue sur un effet Internet qui se maîtrise de plus en plus par les petits malins de l'industrie. Pour un artiste, produire un tube reste un véritable coup de dé. Fabriquer une hype, par contre, semble nettement plus simple. Les clips de Woodkid sont bien faits, c'est sûr, mais ils sont bien faits parce qu'il y a de l'argent pour bien les faire. A une époque où, dans le clip, très peu en investissent. Elémentaire, mon cher Watson.

Woodkid est un bon petit soldat de l'industrie, poussé par un système, de bonnes connexions, un réseau. Ce mec, qui n'avait à l'époque que 3 morceaux sur le net, a donné un concert dans le restaurant de la Tour Eiffel le soir de Nouvel An. Ce n'est pas un endroit qui se loue comme une salle paroissiale, surtout à cette date. Woodkid est chouchouté à l'ancienne, comme une star de variétoche qui aurait 20 ans de carrière dans les dents. C'est un plan « bling en barres » digne du Duran Duran de 1985. Tout ce qui est misé sur Woodkid pourrait sans doute faire correctement vivre 10 petits groupes au moins 5 ans mais non, on signe des chèques (en bois, haha!) à l'« employé du mois ». Au bon petit gars besogneux, qui travaille dur et s'insère dans un système hautement critiquable sans jamais le remettre en question. Woodkid, c'est un projet à priori arty, indie, mais en fait, il se fabrique exactement de la même façon que l'image des couillons qui sortent de La Nouvelle Star et de The Voice. Il y a un message de merde là derrière et c'est celui d'une reconquête par l'industrie des jeunes esprits qui trouvent des réponses dans la pop. Zappé le DIY, finis les doigts tendus aux majors, l'indépendance farouche. C'est le retour de la méthode Eddy Barclay et elle s'insinue jusque dans les franges les plus rebelles du business (quel dj house refuse encore de passer des disques pour des soirées de lancement de parfums ? Quel rappeur hard-core ne rêve pas d'un contrat avec une major?) Voilà pourquoi il est éminément politique de gerber Woodkid, je pense. Et the rest is noise, comme disait l'autre.

Y en a un peu plus, je vous le mets? : http://next.liberation.fr/musique/2013/02/19/le-nouveau-partage-de-la-galette-musicale_876782

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