mardi 13 mai 2014

HIPPIE HIPPIE BIRTHDAY


Le magazine gratuit RifRaf fête les 20 ans de son édition francophone. Ma carrière (haha) aussi, puisque c'est dans ses colonnes que j'ai publié pour la première fois un texte. C'était en novembre 1994 et c'était une critique de l'album Lost In The Former West des Fatima Mansions. Je n'ai aucun souvenir de ce disque. Son auteur non plus, sans doute. Je l'ai écrite d'abord à la main, puis à la machine à écrire électrique, avant de faxer le résultat final de chez mon libraire. C'était ça aussi, le vingtième siècle. Cette anecdote est reprise dans le cahier spécial « 20 Years » publié ce mois-ci par RifRaf. Seize pages amusantes qui lèvent le voile sur les « coulisses d'un magazine musical », tout au long de vingt années de « déconvenues cocasses et de sujets de relative fierté », comme l'explique Fabrice Delmeire, rédacteur en chef depuis 1999 (un record en soi!) dans sa présentation.

L'édition numérique (avec Tune Yards en couve) où lire tout ça

En plus d'écrire, ça cause aussi : les 20 ans de RifRaf sur Focus Brolcast, avec plein d'anecdotes marrantes, du freestyle 100% langue de pute et Carlo Di Antonio qui se fait basher 


Mes anecdotes perso reprises dans le carnet "20 Years" du RifRaf de mai 2014 




Première chronique CD (1994)

Lost in The Former West par The Fatima Mansions. Je n’ai aucun souvenir de ce disque. Son auteur non plus, sans doute. Je l’ai écrite d’abord à la main, puis à la machine à écrire électrique, avant de faxer le résultat final de chez mon libraire. C’était ça aussi, le vingtième siècle.

Première interview marquante (1994)

Hole. Courtney Love ne parlant qu’aux “gros médias” et interdisant à quiconque, PAR CONTRAT signé, d’évoquer Kurt Cobain, les flingues et les overdoses, on me refile entre les pattes Melissa Auf der Maur, la bassiste. Elle est rousse, elle est belle, elle sent bon, elle parle français, elle est rock and roll, elle est sans doute riche. On sympathise, sans plus, je ne suis pas Philippe Manoeuvre, non plus, hé… Elle a surtout trois ans de moins que moi et est déjà star. Carlo Di Antonio, le rédacteur en chef de l’époque (officiel, dans les faits, il branlait grave le mammouth), plus tard Ministre wallon de la Ruralité, en a par contre sept de plus. Quel beau panel de représentants de la Génération X que voilà!.

Première couverture : De Puta Madre (1995)

Dans mon souvenir, Pierre Adam et Carlo Di Antonio voulaient mettre en couverture une vieille couillonnade britpop. Cast, je crois. Les Flamands penchaient plutôt pour De Puta Madre et comme c’est la première fois où j’avais quelque-chose à dire dans cette rédaction, j’ai tranché. Le truc, c’est qu’à l’époque, je ne connaissais pas du tout le groupe et comme il n’y avait plus d’exemplaire de l’album au bureau, je n’ai pas pu l’écouter. En fait, je n’ai découvert ce disque que 10 ans plus tard. Ce n’est pas un secret : les débuts de RifRaf, c’était totalement à l’arrache, complètement brouillon. Ca avait son charme, je trouve. En plus, qui se souvient de Cast?

Furioso (1995)

J’ai genre 34 heures d’ancienneté dans la boîte, et voilà que peu avant le deadline mensuel, Pierre Adam annonce qu’il arrête ses éditos et on a donc dans la maquette un tout beau trou. Les Flamands, ils me disent : vas-y, écris quelque-chose, c’est pour ça qu’on te paye peu et en retard; gérer les urgences, rebondir, innover, miraculer. Je flippe, je sue, je m’assieds sur mon sentiment d’imposture et en sort finalement un papier qui fait un peu de bruit parce qu’il chicane la stature de sauveurs du rock belge de dEUS; groupe à mon sens pas mal mais plutôt banal. Mine de rien, je viens de me trouver là une vocation : être un troll. 20 ans plus tard, c’est toujours le cas.

30 millions d’amis (1996-1997)

A Londres, je passe une trentaine d’heures avec deux célèbres journalistes de la presse quotidienne et ils ne m’adressent pour ainsi dire pas une seule fois la parole. Au resto, c’est ridicule : le type de la DH demande à l’attachée de presse de me demander de lui passer le sel alors que je suis assis juste devant lui. Je comprendrai plus tard que RifRaf gêne et suscite d’impitoyables jalousies et ressentiments. Du pet sur ma toile cirée. Le troll s’assume.  

Concon-Circuit (1997)

-”Et si ce gros naze a gagné, me hurle dessus un couple en fureur en me désignant Sharko, encore appelé Nose Kitchen en ce soir de palmarès du premier Concours-Circuit, c’est parce que des mecs comme toi qui écrivent sur la techno n’y connaissent rien au rock! C’est scandaleux! C’est un concours rock, pas un spectacle pour enfants ! Tu trouves sans doute ça très marrant de dénaturer le rock en votant pour un con pareil, avant de retourner écouter ton boum boum de crétins, hein.” Ils me tiennent la jambe une bonne demi-heure. Je ne leur dis pas que je suis probablement le seul du jury à ne pas avoir voté pour Nose Kitchen, que j’ai trouvé absolument abominable. Et que j’aurais personnellement bien vu glorifiés à échelle de la fédération Wallonie-Bruxelles les Purple Hands.


Happy Birthday Guy-Man (1997)

Cafétaria du Botanique. J’ai devant moi Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, je m’apprête à leur poser ma première question quand soudainement, mon collègue flamand Bart Cabanier se met à chanter avec sa grosse voix et un accent prononcé  “bon anniversaire” à Guy-Man. Sur la bio fournie par Virgin, très “salut les copains”, sont en effet notées les dates de naissance des 2 Daft Punk et il se fait donc qu’aujourd’hui, le 8 février, Guy-Man a 23 ans. La petite chanson ne les décrispe pas du tout et comme ensuite, on se fout assez bien de leurs tronches (se prétendant pourtant fans absolus de Ween, ils sont incapables de citer un seul titre d’album, par exemple), l’entretien devient en fait assez tendu. Le clou pour la fin : ma copine me désigne Bangalter dans le couloir et me demande “C’est quand même pas ce con là, Daft Punk? On dirait mon petit frère!” assez haut pour être entendue. Au fond, peut-être que les casques, c’est de notre faute.

It’s a mad house! (1998)

Ce qui me rassure, c’est que je n’étais pas le plus taré et ingérable du lot. Ce n’est pas moi qui ait envoyé paître les attachées de presse quand elle m’ont annoncé que je n’avais que 10 ou 20 minutes d’interview avec le Wu Tang Clan, avant de m’enfermer dans la chambre d’hôtel avec le groupe pour n’en ressortir que deux heures plus tard et… ne jamais en tirer quoi que ce soit, sinon une cassette à faire tourner parmi les potes. Ce n’est pas non plus moi qui, après une charrette d’interviews formidables avec la crème de l’indie américaine, a été démasqué par Mark Hollis comme ne comprenant pas un traître mot d’anglais. Autrement dit, on a peut-être publié une vingtaine d’interviews, certaines de premier plan, complètement bidon. Ou alors, ce rédacteur avait vraiment un ami bilingue qui traduisait et écrivait les questions à répéter phonétiquement durant l’entretien pour ensuite traduire l’enregistrement, avant l’étape de réécriture. Dans ce cas, on avait donc un collaborateur bénévole qui aurait usé d’un “nègre littéraire”. Totalement wtf!   




A few good men (1998)

Ma (première) rencontre avec Calexico reste un souvenir très sympatoche. L’interview était seulement censée durer une demi-heure mais on a finalement causé près de trois heures et de choses de moins en moins publiables. Un moment, ma copine parlait même de pulls et de tricots avec la compagne de Joey Burns! L’attaché de presse s’était barré acheter des clopes, je ne sais plus trop ce qui lui est arrivé, mais il n’est revenu que trois heures plus tard et comme il n’y avait aucun autre média prévu ce jour là pour rencontrer le groupe, cela n’a gêné personne que l’on traînasse. Sauf le serveur, qui a vu s’accumuler une note qu’aucun d’entre nous n’était censé payé. Je suppose que si l’attaché de presse était entretemps mort, on aurait tous fini par faire la vaisselle. .

Interviews (1994-2000)

La meilleure, celle qui me reste, c’est Femi Kuti. Ce n’est pas du tout mon domaine musical mais là, 
ce n’est clairement pas un vendeur de savonnettes, c’est un type qui a beaucoup de choses à dire sur le néo-colonialisme, l’Afrique, le pouvoir corrompu de son pays chaotique, sa légende de père… C’était totalement hors de ma zone de confort mais ça donnait davantage l’impression de faire du vrai journalisme que de la branlette geek de consommateur de musique. Les pires, c’étaient celles avec les mecs qui se la ramènent grave, les gros blaireaux prétentieux genre Les Claypool et son connard de batteur dans Primus, Dominique Dalcan (surnommé Fantômas par Mofo mais il croyait que ça venait de moi, haha) et Richie Hawtin (je ne suis cela dit pas du tout certain que je l’ai rencontré pour RifRaf, celui-là).

11 septembre (2001)

Printemps 2001 : sous pseudo, parti par la porte, rentré par la fenêtre, je fais le malin, je fais l'oiseau de mauvaise augure et j'écris que 10 000 HZ Legend de Air est la bande sonore parfaite pour savourer l'Apocalypse ou un truc du genre. Le 11 septembre de la même année, le groupe joue aux Halles de Schaerbeek dans une ambiance forcément de merde. Dans la salle, on distingue très bien qui a déjà vu les images à la télé et se demande comment tout cela va tourner et qui est venu direct du bureau et lâche des vannes sur les Américains qui le méritent bien et l’amour des Arabes pour les couteaux quand il y a bagarre. On a depuis compris que ce n’était pas l’Apocalypse, juste la fin d’un monde. Celui de la musique molle des nineties, de Beck superstar et de l’adjectif “lynchéen” pour qualifier un truc à la fois stylé et glauque.

1 commentaire:

  1. Elle est ou cette cassette du Wu-Tang, je veux l'écouter !!!!

    RépondreSupprimer