jeudi 15 mai 2014

PULP FICTION

Je ne garde pas un souvenir extraordinnaire des films d'Hitchcock, sans doute parce que je les ai vus beaucoup trop jeune. Ils m'avaient alors tous parus très amidonnés, vieillots, théâtraux. L'autre soir, un peu par dépit, par curiosité aussi, je me suis toutefois envoyé Frenzy, qui est sans doute le plus cheap de son catalogue, le plus marrant aussi. Le rôle principal devait être tenu par Michael Caine mais celui-ci a décliné l’offre, jugeant le personnage abominable, un vendeur de courges et de patates de Covent Garden qui étrangle durant ses temps libres des femmes avec sa cravate. Alors, c'est Barry Foster, un autre blondin cockney au swag tout working class, qui a signé le contrat pour jouer le vilain Robert Rusk et Michael Caine attendra quand à lui le milieu des années 80 pour lui aussi jouer le gros salopard, très bien d'ailleurs, dans le Mona Lisa de Neil Jordan.

La musique devait être signée Henri Mancini mais Hitchcock l’a viré, lui préférant Ron Goodwin, un balourd spécialisé dans la musique de films de guerre. Tout le film dégage comme ça un jemenfoutisme plaisant, donnant l'impression d'un thriller sur papier très soigné qui serait devenu une grosse série B assumée et décomplexée à cause des aléas de la préproduction. Il y a aussi pas mal de nichons, des gags culinaires interminables, des meufs qui meurent encore plus mal que Marion Cotillard dans Batman, du serial killing détendu du gland, des cartes postales d’un Londres disparu et puis aussi des intérieurs aux papiers muraux et aux bibelots décoratifs particulièrement atroces. 100% gros fun, quoi.



Lire la suite...

mardi 13 mai 2014

HIPPIE HIPPIE BIRTHDAY


Le magazine gratuit RifRaf fête les 20 ans de son édition francophone. Ma carrière (haha) aussi, puisque c'est dans ses colonnes que j'ai publié pour la première fois un texte. C'était en novembre 1994 et c'était une critique de l'album Lost In The Former West des Fatima Mansions. Je n'ai aucun souvenir de ce disque. Son auteur non plus, sans doute. Je l'ai écrite d'abord à la main, puis à la machine à écrire électrique, avant de faxer le résultat final de chez mon libraire. C'était ça aussi, le vingtième siècle. Cette anecdote est reprise dans le cahier spécial « 20 Years » publié ce mois-ci par RifRaf. Seize pages amusantes qui lèvent le voile sur les « coulisses d'un magazine musical », tout au long de vingt années de « déconvenues cocasses et de sujets de relative fierté », comme l'explique Fabrice Delmeire, rédacteur en chef depuis 1999 (un record en soi!) dans sa présentation.

L'édition numérique (avec Tune Yards en couve) où lire tout ça

En plus d'écrire, ça cause aussi : les 20 ans de RifRaf sur Focus Brolcast, avec plein d'anecdotes marrantes, du freestyle 100% langue de pute et Carlo Di Antonio qui se fait basher 


Mes anecdotes perso reprises dans le carnet "20 Years" du RifRaf de mai 2014 




Première chronique CD (1994)

Lost in The Former West par The Fatima Mansions. Je n’ai aucun souvenir de ce disque. Son auteur non plus, sans doute. Je l’ai écrite d’abord à la main, puis à la machine à écrire électrique, avant de faxer le résultat final de chez mon libraire. C’était ça aussi, le vingtième siècle.

Première interview marquante (1994)

Hole. Courtney Love ne parlant qu’aux “gros médias” et interdisant à quiconque, PAR CONTRAT signé, d’évoquer Kurt Cobain, les flingues et les overdoses, on me refile entre les pattes Melissa Auf der Maur, la bassiste. Elle est rousse, elle est belle, elle sent bon, elle parle français, elle est rock and roll, elle est sans doute riche. On sympathise, sans plus, je ne suis pas Philippe Manoeuvre, non plus, hé… Elle a surtout trois ans de moins que moi et est déjà star. Carlo Di Antonio, le rédacteur en chef de l’époque (officiel, dans les faits, il branlait grave le mammouth), plus tard Ministre wallon de la Ruralité, en a par contre sept de plus. Quel beau panel de représentants de la Génération X que voilà!.

Première couverture : De Puta Madre (1995)

Dans mon souvenir, Pierre Adam et Carlo Di Antonio voulaient mettre en couverture une vieille couillonnade britpop. Cast, je crois. Les Flamands penchaient plutôt pour De Puta Madre et comme c’est la première fois où j’avais quelque-chose à dire dans cette rédaction, j’ai tranché. Le truc, c’est qu’à l’époque, je ne connaissais pas du tout le groupe et comme il n’y avait plus d’exemplaire de l’album au bureau, je n’ai pas pu l’écouter. En fait, je n’ai découvert ce disque que 10 ans plus tard. Ce n’est pas un secret : les débuts de RifRaf, c’était totalement à l’arrache, complètement brouillon. Ca avait son charme, je trouve. En plus, qui se souvient de Cast?

Furioso (1995)

J’ai genre 34 heures d’ancienneté dans la boîte, et voilà que peu avant le deadline mensuel, Pierre Adam annonce qu’il arrête ses éditos et on a donc dans la maquette un tout beau trou. Les Flamands, ils me disent : vas-y, écris quelque-chose, c’est pour ça qu’on te paye peu et en retard; gérer les urgences, rebondir, innover, miraculer. Je flippe, je sue, je m’assieds sur mon sentiment d’imposture et en sort finalement un papier qui fait un peu de bruit parce qu’il chicane la stature de sauveurs du rock belge de dEUS; groupe à mon sens pas mal mais plutôt banal. Mine de rien, je viens de me trouver là une vocation : être un troll. 20 ans plus tard, c’est toujours le cas.

30 millions d’amis (1996-1997)

A Londres, je passe une trentaine d’heures avec deux célèbres journalistes de la presse quotidienne et ils ne m’adressent pour ainsi dire pas une seule fois la parole. Au resto, c’est ridicule : le type de la DH demande à l’attachée de presse de me demander de lui passer le sel alors que je suis assis juste devant lui. Je comprendrai plus tard que RifRaf gêne et suscite d’impitoyables jalousies et ressentiments. Du pet sur ma toile cirée. Le troll s’assume.  

Concon-Circuit (1997)

-”Et si ce gros naze a gagné, me hurle dessus un couple en fureur en me désignant Sharko, encore appelé Nose Kitchen en ce soir de palmarès du premier Concours-Circuit, c’est parce que des mecs comme toi qui écrivent sur la techno n’y connaissent rien au rock! C’est scandaleux! C’est un concours rock, pas un spectacle pour enfants ! Tu trouves sans doute ça très marrant de dénaturer le rock en votant pour un con pareil, avant de retourner écouter ton boum boum de crétins, hein.” Ils me tiennent la jambe une bonne demi-heure. Je ne leur dis pas que je suis probablement le seul du jury à ne pas avoir voté pour Nose Kitchen, que j’ai trouvé absolument abominable. Et que j’aurais personnellement bien vu glorifiés à échelle de la fédération Wallonie-Bruxelles les Purple Hands.


Happy Birthday Guy-Man (1997)

Cafétaria du Botanique. J’ai devant moi Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, je m’apprête à leur poser ma première question quand soudainement, mon collègue flamand Bart Cabanier se met à chanter avec sa grosse voix et un accent prononcé  “bon anniversaire” à Guy-Man. Sur la bio fournie par Virgin, très “salut les copains”, sont en effet notées les dates de naissance des 2 Daft Punk et il se fait donc qu’aujourd’hui, le 8 février, Guy-Man a 23 ans. La petite chanson ne les décrispe pas du tout et comme ensuite, on se fout assez bien de leurs tronches (se prétendant pourtant fans absolus de Ween, ils sont incapables de citer un seul titre d’album, par exemple), l’entretien devient en fait assez tendu. Le clou pour la fin : ma copine me désigne Bangalter dans le couloir et me demande “C’est quand même pas ce con là, Daft Punk? On dirait mon petit frère!” assez haut pour être entendue. Au fond, peut-être que les casques, c’est de notre faute.

It’s a mad house! (1998)

Ce qui me rassure, c’est que je n’étais pas le plus taré et ingérable du lot. Ce n’est pas moi qui ait envoyé paître les attachées de presse quand elle m’ont annoncé que je n’avais que 10 ou 20 minutes d’interview avec le Wu Tang Clan, avant de m’enfermer dans la chambre d’hôtel avec le groupe pour n’en ressortir que deux heures plus tard et… ne jamais en tirer quoi que ce soit, sinon une cassette à faire tourner parmi les potes. Ce n’est pas non plus moi qui, après une charrette d’interviews formidables avec la crème de l’indie américaine, a été démasqué par Mark Hollis comme ne comprenant pas un traître mot d’anglais. Autrement dit, on a peut-être publié une vingtaine d’interviews, certaines de premier plan, complètement bidon. Ou alors, ce rédacteur avait vraiment un ami bilingue qui traduisait et écrivait les questions à répéter phonétiquement durant l’entretien pour ensuite traduire l’enregistrement, avant l’étape de réécriture. Dans ce cas, on avait donc un collaborateur bénévole qui aurait usé d’un “nègre littéraire”. Totalement wtf!   




A few good men (1998)

Ma (première) rencontre avec Calexico reste un souvenir très sympatoche. L’interview était seulement censée durer une demi-heure mais on a finalement causé près de trois heures et de choses de moins en moins publiables. Un moment, ma copine parlait même de pulls et de tricots avec la compagne de Joey Burns! L’attaché de presse s’était barré acheter des clopes, je ne sais plus trop ce qui lui est arrivé, mais il n’est revenu que trois heures plus tard et comme il n’y avait aucun autre média prévu ce jour là pour rencontrer le groupe, cela n’a gêné personne que l’on traînasse. Sauf le serveur, qui a vu s’accumuler une note qu’aucun d’entre nous n’était censé payé. Je suppose que si l’attaché de presse était entretemps mort, on aurait tous fini par faire la vaisselle. .

Interviews (1994-2000)

La meilleure, celle qui me reste, c’est Femi Kuti. Ce n’est pas du tout mon domaine musical mais là, 
ce n’est clairement pas un vendeur de savonnettes, c’est un type qui a beaucoup de choses à dire sur le néo-colonialisme, l’Afrique, le pouvoir corrompu de son pays chaotique, sa légende de père… C’était totalement hors de ma zone de confort mais ça donnait davantage l’impression de faire du vrai journalisme que de la branlette geek de consommateur de musique. Les pires, c’étaient celles avec les mecs qui se la ramènent grave, les gros blaireaux prétentieux genre Les Claypool et son connard de batteur dans Primus, Dominique Dalcan (surnommé Fantômas par Mofo mais il croyait que ça venait de moi, haha) et Richie Hawtin (je ne suis cela dit pas du tout certain que je l’ai rencontré pour RifRaf, celui-là).

11 septembre (2001)

Printemps 2001 : sous pseudo, parti par la porte, rentré par la fenêtre, je fais le malin, je fais l'oiseau de mauvaise augure et j'écris que 10 000 HZ Legend de Air est la bande sonore parfaite pour savourer l'Apocalypse ou un truc du genre. Le 11 septembre de la même année, le groupe joue aux Halles de Schaerbeek dans une ambiance forcément de merde. Dans la salle, on distingue très bien qui a déjà vu les images à la télé et se demande comment tout cela va tourner et qui est venu direct du bureau et lâche des vannes sur les Américains qui le méritent bien et l’amour des Arabes pour les couteaux quand il y a bagarre. On a depuis compris que ce n’était pas l’Apocalypse, juste la fin d’un monde. Celui de la musique molle des nineties, de Beck superstar et de l’adjectif “lynchéen” pour qualifier un truc à la fois stylé et glauque.

Lire la suite...

lundi 12 mai 2014

DUMB & DUMBER

C'était il y a quelques mois, me semble-t-il. Ricky Gervais avait publié un tweet annonçant que si personne ne le retweetait, il donnerait 100 £ à un organisme de charité. Il avait été retweeté en masse, ce qui a poussé Gervais à continuer l'expérience. L'Anglais publia donc un second tweet annonçant qu'il donnerait 1000 £ à un organisme de charité à la condition expresse que personne ne retweete l'annonce. Là aussi, les gens ont partagé ce second message en masse. Il en a alors pondu un troisième, promettant 10 000 £ en cas de 0 retweets et là encore, tout un tas d'abrutis a republié le message. Après Gervais a lâché une vanne dont je n'ai pas le souvenir. Je ne suis en tous les cas pas du tout certain qu'elle ait été vraiment comprise par tous ses followers.

Je viens de faire une expérience relativement semblable en publiant chez Doors Magazine un petit article écrit avec ma copine, qui est coéliaque, sur la vie sans gluten. On y dit, clairement je pense, que malgré les clichés populaires voulant que les intolérances alimentaires soient de nouvelles maladies imaginaires, le No Glu n'est ni une mode, ni du chichi de pétasse. Cocasse : le papier s'est toutefois fait chichiter dans les commentaires du site, principalement par des meufs qui n'ont pas l'air d'avoir vraiment compris ce qui est écrit, ce qui ne les empêche pas de prétendre que l'on soutient exactement le contraire de ce qui est publié. Ou comment faire un mini-buzz avec trois paragraphes relevant à priori de la routine scribouillarde en excitant des gens qui lisent en diagonale en butant sur les mots clés. C'est amusant mais aussi parfaitement consternant. Et je n'ai aucune pitié pour ça, je dois bien l'avouer. 



No Glu Today

Le No Glu a la cote. Les recettes, produits et établissements qui proposent ou cherchent des options sans gluten se développent, encore timidement en Belgique, alors qu'en Allemagne, en Angleterre mais aussi en France, c'est désormais une tendance de fond. Question : le macaroni et les cookies sans gluten ne sont-ils qu'un simple phénomène de mode? Du chichi de pétasse? Ou plus simplement une saine contre-offensive à des recettes agro-alimentaires industrielles devenues carrément dangereuses pour la santé des uns, moins des autres?

Par Serge Coosemans et Emmanuelle Raga

Le gluten est une molécule qui se trouve dans des céréales telles que le froment, le seigle, l'orge, l'épeautre ou encore le kamut. C'est du gluten que provient l'élasticité des farines utilisées dans la panification industrielle. Comme l'élasticité, ça rend joli, joli pour le marketing surtout, on rajoute aussi du gluten dans les plats préparés, les sauces, les épices moulues... Résultat des courses : le taux de gluten ingurgité par le consommateur lambda a considérablement augmenté avec l'industrialisation alimentaire et nous sommes aujourd'hui confrontés à des aliments au taux de gluten beaucoup plus important qu'il y a une ou deux générations. Ce qui expliquerait le taux croissant d'intolérances mais aussi un diagnostic plus systématique de la maladie céliaque, problème génétique encore mal connu où toute ingestion de gluten, même en microdose, provoque une réaction auto-immunitaire qui s’attaque à l’intestin, pouvant provoquer des problèmes aussi graves que l'infertilité et le cancer, en plus de fatigues et de dépressions régulières.

La maladie céliaque restant mal connue et les intolérances souvent considérées comme du chichi d'hipster fragile, le No Glu tient pour certains du simple phénomène culturel, énième déclinaison bio bobo. La référence No Glu est certes un avantage commercial très actuel mais quand on gratte la surface des choses, on se rend aussi vite compte qu'une vie sans gluten exige une certaine discipline, du sérieux, c'est quasi une vocation. C'est que sans gluten dans la popote, les habitudes culinaires sont à totalement revoir. Il faut apprendre à appréhender de nouveaux goûts et à doser correctement des mélanges de farines étranges (pois chiches, tapioca...) dont la molécule est totalement absente. C'est bien pourquoi on retrouve surtout en amont de la tendance des personnes souvent elles-mêmes intolérantes ou céliaques, obligées de s'inventer de nouvelles recettes gourmandes et de sexyfier un régime sans gluten à contre-courant des habitudes alimentaires actuelles, qui plus est à priori aussi plutôt (faussement) austère (adieu plats de pâtes, adieu pains au chocolat, adieu bières...).

Quant à eux concernés par une éventuelle désaffection de leur clientèle intolérante, médicalement ou par conviction, ce sont chez nous principalement des restaurants italiens qui proposent au moins un plat sans gluten sur leur carte, souvent juste des pâtes spéciales mais parfois aussi des pizza comme chez L’Italia in Tavola à Bruxelles ou Il Bacio à Liège. D'autres établissements qui servaient depuis toujours une cuisine sans gluten mettent aussi désormais cet aspect en avant, comme les crêperies bretonnes (crêpes à base de farine de sarrasin) ou encore le Kokob, resto éthiopien à Bruxelles, qui sert des crêpes de millet. Citons encore le Mémé Café et ses pâtisseries sans gluten et le Délirium Café, parce qu'en Belgique, trouver de la bière sans gluten ailleurs que dans un magasin bio, ce n'est vraiment pas évident. Santé, les intolérants!

Lire la suite...

dimanche 11 mai 2014

LA CADENCE INFERNALE



John Dwyer publie plus de chansons que je ne poste de statuts idiots sur Facebook : c'est dire la cadence infernale. Cette année, il a déjà enquillé deux albums. L'un, Drop, est le dernier en date de Thee Oh Sees, groupe qui a été déclaré en « hiatus prolongé » en début d'année mais est déjà depuis reparti sur de nouvelles bases. L'autre, sorti sous le nom de Damaged Bug, superbe pochette mais musique concon, tient davantage de la simple blague potache, une autre spécialité de Dwyer. Rappelez-vous : il y a quelques années déjà , le bonhomme avait beaucoup fait rire les uns et se désoler les autres avec Ziegenbock Kopf, faux groupe industriel gay à cagoules en cuir, produit parallèlement à Thee Oh Sees. 

Damaged Bug fait beaucoup moins peur à Civitas que ce truc là, encore que. Le gag tourne cette fois autour de la consommation excessive de canabis, de l'amour pour Brian Eno et des voyages dans l'espace. C'est volontairement inabouti, naïf, maladroit, inintéressant, encore que je suis sûr qu'il influence en ce moment même une bonne moitié des groupes pop belges en activité, pour qui ce côté décalé et neuneu tient de l'Evangile. Pas mon trip et selon moi, il n'y a que deux morceaux à éventuellement sauver, le funky SS Cassidinea et Sic Bay Surprise, qui sonnent tous deux moins Sharko que The Oh Sees. L'album de Thee Oh Sees, par contre, tient quant à lui du pur bonheur, rien à redire, aucune ronchonnade à l'horizon, c'est un classique instantané. The Lens, le dernier morceau de l'album, est même la meilleure publicité pour convertir aux Beatles jamais inventée par l'industrie du disque indépendant.  


Lire la suite...

mercredi 7 mai 2014

HEIL HYDRA


Tout arrive, j'ai bien aimé un film de super-héros. Captain America : The Winter Soldier a rempli son office, c'est à dire transformer mon scepticisme en amusement, parvenir à ne pas m'ennuyer avec une histoire dont je n'ai toujours strictement rien à foutre. Le premier Iron Man avait touché la même corde, celle qui fait descendre les attentes cinématographiques à la cave et active le goût du pop-corn. Dans les médias, les réalisateurs du truc se la pètent grave, à citer parmi leurs influences les grands thrillers paranoïaques des seventies : Les 3 Jours du Condor, The Parallax View, La Conversation Secrète... Comme des coquelets, ils sont tout fiers de soi-disant critiquer le faucon américain, la politique de surveillance généralisée, les assassinats ciblés au nom du bien collectif. En réalité, cette frime et Robert Redford au casting, ce n'est que du pur marketing. Tout cet aspect Patriot Act est utilisé dans le film comme La Guerre Froide l'était dans les vieux James Bond. C'est un simple élément de décor, un contexte tendu à partir duquel complètement délirer.

Rapprocher Captain América de James Bond me semble d'ailleurs assez pertinent. Ils sont tous les deux gradés, au service de leur nation. Bouclier/boomerang pour l'un, Aston Martin pour l'autre, ils sont équipés de gros gadgets rigolos et le fait que l'un ait passé 70 ans dans la glace et que l'autre soit un connard de macho fini les rend tous les deux un poil rétro et réacs. HYDRA ou SMERSH, c'est également kif-kif : des méchants puissants mais néanmoins débiles, qui veulent dominer le monde sans trop savoir pourquoi et dont l'idéologie à la base nazie ou soviétique s'est petit à petit transformée en pure mégalomanie aussi caricaturale que cinglée.

J'oserais en fait même avancer que Marvel entend plaire à l'homme moderne contemporain comme James Bond cherchait à séduire l'homme moderne de son temps. Evidemment, si l'homme moderne des sixties fantasmait sur des bitures sophistiquées, des petites pépées et des bagnoles de luxe, l'homme moderne de 2014 est un gros geek qui claque son fric dans des figurines de collection et perd son temps à discuter sur Facebook de story arcs de comics des années 80 qu'il aimerait voir adaptés à l'écran. Captain America est un film -léger, camp, consommable sans déplaisir - lui étant tip-top destiné. Avec le cul en spandex de Scarlett Johansson en guise de cadeau bonus et puis aussi, une scène entièrement piquée à Heat et Robert Redford pour nous rappeler que dans le catalogue hollywoodien, il y a tout de même de bien meilleurs films à se mater.

UPDATE : un ami m'a fait remarquer sur Facebook que le logo d'HYDRA est complètement pompé sur celui du SPECTRE, une organisation criminelle émanant du SMERSH dans l'univers de James Bond. Yeah! Say my name... 



Lire la suite...

mardi 6 mai 2014

SPARKLES IN THE RAIN



Un jour, on écrira une fable sur The Horrors. Cette histoire est faite pour : des corbeaux qui semblent devenir aussi gras que des bœufs, des types qui à force d'explorer le puits sans fond de la new-wave "héroïque" finissent par s'y perdre. Luminous, le nouvel album, porte très bien le nom de ses auteurs : c'est une véritable horreur. On disait de ces mecs qu'ils se réinventaient à chaque LP, c'est un peu facile. La véritable cassure date de 2009, quand ils ont laissé tomber le rock gothique garage pour la sophistication néo-eighties de Primary Colours. Depuis, ils n'ont fait que creuser cette veine parfois bien douteuse et le résultat est à chaque coup un peu plus pompier, un peu plus mou, un peu plus vain. Pourtant, je n'arrive toujours pas à détester ces mecs, ni même à les trouver mauvais. Ce n'est pas que je continue à y croire mais je continue à collectionner ce qu'il y a à sauver de leur catalogue. Sur l'avant-dernier, c'était Endless Blue et Moving Further Away. Sur celui-ci, c'est The First Day of Spring et In & Out Of Sight. Ajouté à The Sea Within a Sea et à la reprise de Frankie Knuckles, ça nous fait presque un album. Celui-là est très bon, très classe, troublant et terrible.

Le mieux avec The Horrors, c'est encore leurs sélections musicales :



Lire la suite...

lundi 5 mai 2014

IL Y A TOUJOURS UN ESPOIR QUAND ON EST MORT EN VAL DE LOIRE



Mon article sur Sewn Leather et l'ironie dans la pop-culture que j'ai publié lundi chez Focus était bien parti pour être nettement plus ambitieux que ça. Il y avait au moment de s'y coller la volonté de faire une bonne fois pour toutes le tour complet de la question, de clôturer le dossier à jamais. Evidemment, quand on tartine ses chroniques le dimanche soir, il y a souvent une nette différence entre l'idée de départ, éléphantesque, et le résultat final, qui tient généralement davantage du souriceau. Les idées se noient dans le reste de gueule de bois, les notes sont illisibles. Je ne me rappelle pas tout, non plus. Il arrive même que l'envie de poulet-compote dominical supplante celle d'écrire. En descente, mon cerveau pond des phrases tellement psychédéliques que moi-même, je ne les comprends pas. Tout ça pour dire que si cette Sortie de Route est essentiellement axée sur Sewn Leather et les ennemis de l'ironie, au départ, je comptais aussi parler dans le papier de Pierre & Bastien, groupe punk parisien que j'ai vu prester au Chaff quelques jours après la Bozar Night. Et qui, eux, sont dans l'ironie totale, sans toutefois que la musique ne s'en ressente. Ce sont en effet leurs textes qui flirtent avec l'humour des Inconnus, leur punk restant du punk tout ce qu'il y a de plus classique; du graillon de guitares invitant au joyeux pogo, avec 2 ou 3 accords et plein de disto. Certains rapprochent ça de Cobra, groupe métal culte aux textes ultra-drôles mais plus militants et, surtout, premier degré. La pression de l'article à rendre dissipée, je ne sais plus trop ce que je comptais dire de ces mecs, ni à quelles pirouettes j'aurais eu recours pour que l'opposition Pierre & Bastien/Sewn Leather tienne la route au long de la chronique. #sucragedefraisesgrave

L'album LP de Pierre & Bastien est en prix libre sur Bandcamp :

Sewn Leather dans une performance assez identique à celle du Bozar se mate ici :
Lire la suite...