lundi 28 juillet 2014

EXCLUSIF : LA MESURE CHOC QUI VA TOUT CHANGER DANS L'HORECA BRUXELLOIS





C'est un véritable tsunami juridique qui va, dès que totalement appliqué dans les semaines qui viennent, assurément transformer en profondeur certaines vieilles pratiques d'établissements bien connus et représentatifs de l'horeca bruxellois. Dans le colimateur de l'ONSS et de la Justice depuis de nombreux mois pour « travail dissimulé », une liste conséquente de « bistrots branchés » du Centre-Ville, de Saint-Gilles et d'Ixelles qui pratiquent le « service au bar » vont en effet devoir se mettre au plus vite en conformité avec de toutes nouvelles règles régionales, sous peine de lourdes sanctions. A chaque entrée dans l'établissement à des fins de consommation, le client se verra ainsi remettre un CDD « d'assistant serveur ». Regarder le menu debout, aller commander au bar, attendre la commande, la porter à table, se lever pour payer, rapporter sa vaisselle et jeter les déchets, voilà autant d'actions qui seront désormais comptées comme du service et donc rémunérées.

« Ca sera un petit peu compliqué au début, nous a expliqué un représentant du Ministère des Classes Moyennes qui préfère rester anonyme, mais comme nous avons déjà beaucoup de fonctionnaires qui passent énormément de temps dans ces établissements durant leurs heures de travail, ceux-ci pourront toujours aider l'usager dans ces nouvelles démarches administratives et bien lui expliquer comment compter et prester ses heures. Le chômeur, par exemple, ne devra jamais oublier de noircir une case de sa carte de pointage à chaque fois qu'il va dans ce genre d'endroits et, surtout, d'exiger un C4 à la sortie. Sans quoi, il risque de perdre tous ses droits. Dans le même ordre d'idée, c'est au travailleur indépendant de décider comment déclarer sa prestation d'assistant serveur : il peut facturer le temps qu'il a pris à commander sa salade et son café comme relevant de la consultance mais il perdrait alors la possibilité d'utiliser la souche TVA à son compte ou de faire passer cette salade et ce café consommés à titre personnel pour des frais de représentation. Le public n'a pas à s'inquiéter. Le mot clé de l'année 2014 en Belgique est « confiance » et nous sommes nous aussi dans une démarche très positive. Nous éditerons d'ailleurs à la rentrée une brochure explicative pensée par et pour les habitués de ce genre d'établissements, puisqu'outre nos fonctionnaires, on y trouve aussi beaucoup de graphistes désoeuvrés qui ont été très heureux d'être mis à contribution. »

Du côté de la clientèle des établissements où la mesure est déjà d'application, c'est l'étonnement. . Jérémy, 24 ans, assistant de production, l'accueille avec joie, nous affirmant que "ça fait trois ans que je suis malgré moi serveur à Flagey et c'est de la véritable exploitation. Tous les vendredis, je me tape minimum 6 fois 22 minutes de file pour avoir une bière premier prix à 3 euros, que je dois en plus amener à table et c'est un véritable travail d'acrobate quand il y a des tournées et plein de monde. Il était temps que cela soit reconnu comme un vrai travail. » Chercheur universitaire, David, 37 ans, accueille lui aussi très positivement la mesure. « On ne parle pas assez de la pénibilité des brunchs du dimanche. C'est bruyant, bondé, mal aéré et il faut souvent partager sa table avec des assistants-parlementaires Ecolo. Rémunérer celui qui porte les plateaux de pancakes à sa petite famille, c'est une mesure très décente, même si ce n'est qu'un début. Je pense en effet qu'en soirée et le dimanche, on devrait être rémunérés à 150%, comme cela se fait ailleurs. » Mireille, 52 ans, reste quant à elle plus circonspecte : « C'est strictement cosmétique, ce truc. On est certes payés, pas bien d'ailleurs, mais où sont l'assurance-maladie et le pécule de vacances ? Puis-je sinon être renvoyée pour faute grave si j'apostrophe vertement quelqu'un qui me dépasse dans la file, hein ? On sait aussi très bien qu'il y a un uniforme informel pour les employés de ce genre d'établissements. Or moi, je n'ai aucune envie de me tatouer et de me percer les lèvres, encore moins de parler aux gens avec un accent et un dédain typiquement français ! »

Gérant dans une grande enseigne horeca de Flagey depuis 2008, Nicolas reste lui aussi plutôt méfiant : «  Nous avons accepté sans broncher l'interdiction de fumer à l'intérieur, la limitation du volume de la musique et les heures de fermeture drastiques imposées par les autorités. Là, je trouve quand même qu'on dépasse les bornes. Ce n'est pas un secret que nos clients sont des gros cons et je n'ai que peu envie d'engager des gros cons, même pour 20 minutes. Franchement, je pense que nous allons carrément abandonner le service au bar et recommencer à engager du personnel qui sert à table, sans quoi on va bien aussi finir par attirer toute la misère du monde, du genre l'un ou l'autre illégal qui espère gagner un peu d'argent en faisant la file à la place des petites vieilles, des feignasses et des chômeurs qui ne veulent pas noircir leur case. Le vrai problème, c'est qu'à Bruxelles, il n'y a plus que des vieilles serveuses de 40 ans qui veulent bien porter des plateaux et sont capables de le faire sans renverser, tout ça en travaillant debout 8 heures d'affilée sans recourir à la cocaïne ou au MDMA. Je suis désolé mais ce genre de ringardes connaissant leur métier, c'est très mauvais pour l'image de notre établissement ! »

Les cafés branchés abandonnant « le service au bar » ne seront évidemment plus concernés pas la mesure, nous a-t-on assuré au Ministère des Classes Moyennes. Par contre, pour éviter une concurrence déloyale envers leurs pairs, ils devront alors se mettre en conformité avec les autres établissements de leur catégorie, c'est-à-dire louer ou installer des jeux de fléchettes et un bingo et servir à la pompe de la « vraie bière », produite par les brasseurs historiques du pays. « Ca paraît autoritaire et même kamikaze, mais cela ne relève que du bon sens », nous a affirmé notre contact au Ministère, avant de fermer boutique, parce que bon, il était tout de même 15h47, un vendredi à quelques jours du 1er août. 

Chronique publiée sur le site du Focus Vif  dans le cadre de la série Sortie de Route (S03E39) et écrite en collaboration exceptionnelle avec le Professeur Jong du blog Le Gastroscope. 
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mercredi 16 juillet 2014

QUAND JE LIS UNE GROSSE CONNERIE DE NICOLAS CROUSSE, JE SORS MON REVOLVER

Je n'ai pas vu Transformers 4 : The Age of Extinction et je ne compte pas le voir. Je déteste cordialement ce genre de films, ce n'est pas du tout ma came. Quand on en vient à écrire sur le cinéma avec la prétention d'informer le public, je ne pense toutefois pas que l'on puisse encore balayer un produit de ce type d'une bête chronique pleine de poncifs. C'est sur Cracked.com ou Den of Geek, je pense, que j'ai appris que si, depuis quelques années, tous les blockbusters se ressemblent, c'est principalement du fait qu'une sorte de Grand Gourou du Script Post-Moderne a vendu sa méthode jackpot de merde à la plupart des producteurs actuellement en activité (ces mecs sont des industriels, pas des artistes : rentrez vous ça dans le crâne une bonne fois pour toutes!). J'ai aussi lu, cette fois dans Mainstream de Frédéric Martel, que le principal public désormais visé par Hollywood n'est plus américain, ni européen, mais chinois, voire arabe. Ce qui explique, dans la plupart des films actuels, les couches de propagande libérale, de politiquement correct et d'archétypes à la louche. On ne heurte pas les sensibilités des grands marchés émergents. J'adore sinon le concept de « destruction porn », qui se moque de cette manie de détruire des villes entières dans le moindre bouzin de super-héros ou de monstres. Bref, il y a matière à écrire, dénoncer, se moquer et jubiler à partir de cette pop-culture à la con et Cracked.com le fait très bien. Ici, en Belgique médiatique, notamment dans Le Soir, on préfère par contre toujours se draper dans une posture d'esthète indigné dès qu'un film se montre trop enfantin, simplet, commercial, pop-corn. Le chroniqueur Nicolas Crousse l'a encore démontré ce mercredi matin avec une courte chronique au sujet de Transformers 4 aussi ridicule que mal torchée, en fait carrément scandaleuse.

« Gageons, (écrit Crousse), qu’il se trouvera quelques inconditionnels du genre pour adopter ce grand jeu vidéo filmé. En ce sens, le service minimum de ce blockbuster d’été est garanti. Mais c’est à peu près tout. Le quatrième volet de Transformers ressemble à une bouillabaisse californienne (celle avec moult pop-corn et ketch-up), qui revisiterait dans le désordre Fast and furious, King Kong, Noé, La guerre des mondes ou même Godzilla. Autrement dit, des belles bagnoles, de grands singes de ferrailles, des bastons d’extraterrestres, des tours infernales… Transformers est en somme à Hollywood ce que la musique de Richard Wagner était au régime hitlérien : un hymne national ! »

Un. Dire d'un film bourrin qu'il fait penser à un jeu vidéo est une erreur classique de critique déclassé, voire franchement réac. Il existe en fait très peu de films qui donnent réellement l'impression d'un jeu vidéo filmé et ils n'ont pour la plupart RIEN A VOIR avec un blockbuster classique, notamment beaucoup plus sinueux dans la narration et davantage immersifs que le « Pan dans ta gueule » habituel. Je pense à Matrix 1, Silent Hill, Avalon, Existenz et, plus récemment, The Edge of Tomorrow, le moins mauvais des Tom Cruise récents. Par ailleurs, Transformers est surtout une adaptation filmée d'un dessin animé lui-même dérivé d'une ligne de jouets. Les jeux vidéo ne sont qu'assez accessoires dans cette franchise.

Deux. La bouillabaisse californienne existe et ni pop-corn, ni ketchup n'entrent dans sa recette. Celle-ci est même carrément plus fancy, je trouve, que la façon de touiller la bouillabaisse française traditionnelle. Bref, après « le jeu vidéo, c'est pour les idiots », voilà qu'on nous fait comprendre que « les Amerloques n'ont aucune culture culinaire ». Mon cher ami, faites vous donc plaisir, vous reprendrez bien une louche de ce bon gros clicheton des familles ?

Trois. Si Transformers 4 a l'air de revisiter « dans le désordre Fast & Furious, King Kong, Noé, La Guerre des Mondes et même Godzilla », il ne faut tout de même pas oublier que ça reste en fait l'adaptation live de l'arc narratif des Dinobots, dont la version en dessin animée a débuté aux Etats-Unis le 27 octobre 1984, alors que Vin Diesel n'avait même pas encore passé son permis de conduire. Par ailleurs, moi, je ne vois quasi aucun point commun entre le King Kong bien geek de Peter Jackson, le Noé quasi sous ecstasy d'Aronofsky et un Godzilla lent et arty surtout éhontément pompé de Cloverfield. Qui était une putain de bonne surprise punk, celui-là... En matant la bande-annonce, je trouve sinon que Transformers 4 ressemble surtout à Transformers 3. Et à The Avengers, qui n'aura cesse d'être copié pour les 20 ans à venir par tous ceux qui espèrent gagner ne fut-ce qu'un dixième de son tout gros tas de dollars. 

Quatre. « Transformers est en somme à Hollywood ce que la musique de Richard Wagner était au régime hitlérien : un hymne national ! », écrit Nicolas Crousse. Outre d'être déjà un magnifique Point Godwinobot, cette assertion est aussi complètement crétine. L'hymne national nazi existe, c'est la Horst Wessel Lied, composée donc par Horst Wessel et non pas par Richie Wagner, qui était déjà bien raide alors qu'Hitler devenait hype. Il se fait que la Horst Wessel Lied, le plus souvent chantée par les SS en medley avec Deutschland Ubber Alles, évoque davantage la saloperie humaine bien réelle que la supposée lourdeur teutonne et c'est certainement pourquoi Nicolas Crousse s'est permis un peu de révisionnisme au moment de faire sa petite blague toute en finesse humoristique, n'osant quand même pas y aller trop cash. Ach, gröbbe rigolade.  

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