vendredi 2 janvier 2015

WACKO WLBK





MICHEL HOUELLEBECQ : « En résumé, les Blancs voulaient être bronzés et apprendre les danses de nègres ; les Noirs voulaient s'éclaircir la peau et se décrêper les cheveux. L'humanité entière tendait instinctivement vers le métissage, l'indifférenciation généralisée ; et elle le faisait en tout premier lieu à travers ce moyen élémentaire qu'était la sexualité. Le seul, cependant, à avoir poussé le processus jusqu'à son terme était Michael Jackson

Il n'était plus ni noir ni blanc, ni jeune, ni vieux ; il n'était même plus, dans un sens, ni homme ni femme. Personne ne pouvait véritablement imaginer sa vie intime ; ayant compris les catégories de l'humanité ordinaire, il s'était ingénié à les dépasser. Voici pourquoi il pouvait être tenu pour une star, et même pour la plus grande star – et, en réalité, la première – de l'histoire du monde. Tous les autres – Rudolf Valentino, Greta Garbo, Marlène Dietrich, Marilyn Monroe, James Dean, Humprey Bogaert – pouvaient tout au plus être considérés comme des artistes talentueux, ils n'avaient fait que mimer la condition humaine, qu'en donner une transposition esthétique ; Michael Jackson, le premier, avait essayé d'aller un peu plus loin. (…) Fallait-il en conclure que le premier cyborg, le premier individu qui accepterait, dans son cerveau, l'implantation d'éléments d'intelligence artificielle, d'origine extra-humaine, deviendrait du même coup une star? Probablement, oui ; mais cela n'avait plus grand-chose à voir avec le sujet. »

(Michel Houellebecq, Plateforme, roman, Flammarion, 2001)