samedi 25 avril 2015

PAR DELA L'ARC-EN-CIEL NOIR

Beyond The Black Rainbow, film zinzin. Dans les sous-sols secrets et hi-tech d'un centre new-age de renom, un toubib relou ne s'étant jamais remis d'un bad trip particulièrement gratiné séquestre depuis des années la fille de son gourou. La minette est un danger public, capable de provoquer des ruptures d'anévrisme à distance.


Un soir que le docteur bascule définitivement du Côté Obscur du Burn-Out, Mademoiselle Seventeen s'en va visiter le monde au-delà de sa chambre-prison.

Donc, en gros, comme souvent de nos jours, c'est Frankenstein revisité, le genre de pitch pour le moins simplet à partir duquel on bâtit à la chaîne des blockbusters de super-héros déviants semant la zizanie dans le voisinage depuis bien 10 ans. Sauf que là, avec son esthétique hyper-arty, son montage « j'ai bien pris tout mon LSD, chef » et une ambiance plus crispante qu'une journée d'autocar quand on a des hémorroïdes, Beyond The Black Rainbow est au pire le clip ultime que doit rêver de se fabriquer Death In Vegas, au mieux un challenger de taille pour Under The Skin, film plus récent, plus britannique, plus apprécié et plus connu duquel il semble être un troublant cousin américain, curieusement proche.

C'est en fait un nanar totalement assumé, croisé à une certaine idée de l'art contemporain. Il y a une partie qui se passe en 1966 qui est visuellement complètement pompée d'un film expérimental célèbre, paraît-il, et les emprunts au cinéma SF/fantastique des années 70/80 sont également nombreux (John Carpenter, Logan's Run, THX-1138 et même Blade Runner...). Tout cela est voulu, très conscient, là aussi parfaitement assumé. Panos Cosmatos, le réalisateur, martèle dans beaucoup d'interviews que l'idée directrice de Beyond The Black Rainbow était de se mettre dans la peau d'un gamin des années 80 qui réinventerait dans sa petite caboche un film que ses parents lui auraient interdit de regarder ; à partir des informations et des photos de la jaquette de la VHS présentée en vidéo-club mais aussi de fantasmes, d'angoisses et de souvenirs recomposés d'autres films réellement vus.

C'est une approche assez géniale, qui donne aux errances du scénario, à sa toomuchitude régulière et à son gore final une dimension assez troublante, puisque l'on serait donc davantage dans l'esprit fiévreux d'un enfant à l'imagination galopante que devant une série Z un brin prétentieuse qui n'aurait d'autres idées que de pomper en long et en large THX-1138 et John Carpenter. Ca désoriente complètement et ça impose aussi l'idée que les films fantasmés sont souvent plus tordus et meilleurs que ceux qui existent vraiment. Bref, mine de rien, Beyond The Black Rainbow pose en fait les mêmes questions sur la place du film d'horreur et de son héritage culturel dans nos vies que Scream et Cabin in the Woods. Mais à sa façon, plus tordue que geek, se permettant d'être difficile et même pénible là où, dans ce genre de productions, on essaye généralement de gober la sympathie de son public dès les premières images, avec des effets forains usés et même abusés. Au contraire de ce tout-venant, Beyond the Black Rainbow ne fait jamais dans la trop grande facilité, ni vraiment peur, mais laisse toutefois dans la tête des images vraiment marquantes, voire dérangeantes, qui hantent longtemps l'esprit. Après un film pareil, n'importe qui doté d'un minimum de bon sens se méfiera aussi grandement des psychologues coiffés comme un champion de tennis des années 80. 


Kikou, tu veux voir ma Larme du Diable? 

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