vendredi 14 août 2015

SORTIE DE ROUTE, THE END : LES COMPTES ET LES BISOUS


Après 4 ans de chroniques et deux bouquins qui leur doivent beaucoup, je n'ai plus grand-chose de franchement inattendu à déblatérer sur la nuit, les deejays, la techno, la house, l'aliénation ou l'émancipation qui en découlent.
LES COMPTES. C'est le bon moment pour arrêter: la rubrique a explosé tous ses records d'audience avec ses 3 papiers récents sur le nouveau piétonnier bruxellois (déjà rebaptisé "le klettonnier") et la politique festive de la Ville de Bruxelles. L'info balancée dans le dernier du lot, qui traînait sur Facebook depuis un bon mois, il faut bien le dire, a même été reprise par la RTBF et servira désormais de référence dans un cours de géographie urbaine à la Faculté d'Architecture de l'ULB. Ça ne change pas grand-chose à mon quotidien mais c'est bien fendard et la mission est en soit accomplie: on m'a demandé de sortir de route, je suis carrément sorti du canevas a priori très orienté de la chronique noctambule, exercice généralement très et trop simplement mondain.
Ici ou ailleurs, j'écrirai sans doute encore sur la politique festive de la Ville de Bruxelles, qui n'en rate de toutes façons pas une pour inviter à la critique, voire même à la fronde. J'aime tenir le rôle du chien dans un jeu de quilles, du troll rieur, et en ce qui concerne Sortie de Route, j'aime surtout l'idée que cette rubrique se termine en prouvant, en quelque sorte, que la culture noctambule a tout à gagner à impacter le quotidien et à percuter les mentalités plutôt que de se barricader dans sa bulle hédoniste. Quand on sort beaucoup la nuit, on ne fait pas que tuer, comme le chantait Green Velvet, des millions de petites cellules de cerveau avec des petites pilules qui vous mènent au Pays La La. On ne fait pas que se confectionner une cirrhose ou chercher à se choper des MST. On emmagasine surtout une expérience et du vécu qui nous font voir différemment le monde mais surtout les problématiques à la mode. C'est bête à dire, cela tient même carrément de l'enfonçage de portes ouvertes, mais la nuit est une excellente école. Du moins je le pense. Au moment du bilan final, il est d'ailleurs édifiant de se rendre compte que les gens que j'ai le plus énervé durant ces 4 années de chroniques ne sont pas les organisateurs de soirées ou les DJ's que j'ai pu critiquer, dont j'ai pu ricaner. Certaines susceptibilités sont certes bien froissées mais cela fait partie du game. On se comprend, on est du même monde, de cette même école. Avec certains "diurnes", c'est différent, ça coince davantage. "Branché" et "fêtard" restent des insultes dans la bouche de certains tristes sires. Il traîne toujours cette idée de type inutile, un peu parasite sur les bords, trop cynique et dépravé pour pleinement participer à quoi que ce soit de réellement convivial, urbain et progressiste. Qu'elle soit validée par exemple par le monde académique ou non, ces gens détiennent souvent une vérité, la leur, et une expertise, la leur aussi, sur des problématiques comme la mixité sociale, l'urbanisme et la politique festive. Et sont très ennuyés quand on débarque avec une vision aussi amusée que tête-de-lard tranchant un poil avec ce qui se dit de façon très tortueuse ou politiquement correcte dans leurs petits réseaux gonflés de parti-pris déguisés en savoir. Pour eux, qu'un noctambule patenté et pire, autodidacte, leur chicane la science, c'est presque comme si un rat de laboratoire se mettait soudainement à donner son avis sur les labyrinthes et les morceaux de gouda.
Ce fut bien entendu très amusant de leur perturber le transit intestinal. Ce sont aussi les seuls ennemis - si on peut appeler "ennemis" des gens avec qui on s'embrouille le temps de quelques lignes dissipées sur les réseaux sociaux - que je me sois fait au cours de l'aventure Sortie de Route. On me demande souvent avec qui, de préférence connu, je me suis embrouillé et de quels bars et boîtes je me suis fait foutre dehors mais cette réputation-là est usurpée: à part Quentin Mossimann (ses fans, surtout), personne. Et à part de Madame Moustache, avec des circonstances très atténuantes, de nulle part. Même mort bourré, je reste un type plutôt civil, discret même, le plus souvent courtois et coulant, sauf avec les taxis. C'est surtout à jeun derrière un écran que je suis ingérable et le plus beau, c'est que je suis payé pour. Pour faire des bisous aussi, comme on le verra la semaine prochaine.

LES BISOUS. L'idée de reprendre la rubrique noctambule de Focus, puisque avant Sortie de Route, il y avait déjà le Night In, Night Out de Guillermo Guiz, n'est pas de moi. Ni du Grand Vizir Laurent Raphaël, d'ailleurs. C'est en fait ce bon Olivier Van Vaerenbergh qui m'a poussé au cul pour que je propose à la rédaction un remix du concept développé par Guiz, estimant que raconter mes bitures était un truc pour lequel j'étais parfaitement qualifié. À vrai dire, je ne savais pas trop comment aborder la chose, ayant bien une idée assez claire de ce qu'il ne fallait surtout pas faire (la chronique mondaine, en gros) mais pour ainsi dire aucune quant à la meilleure marche à suivre (je ne suis pas Eric Dahan, ni Didier Lestrade). Sortie de Route est un titre annonçant un angle et il est de Laurent Raphaël, probablement choisi pour m'encourager à surjouer la caricature qu'il avait de moi: un râleur né, un mec pas fiable, toujours prêt à déraper. Fun, mais il faut bien admettre que cela ne m'a pas toujours très inspiré. Le planplan de nos ambianceurs et le olé-olé des politiques festives ont bien fini par considérablement aider la rubrique à décoller mais elle a aussi un moment collectionné les pirouettes plus ou moins subtiles simplement destinées à masquer la platitude de l'encéphalogramme au moment de la ponte de texte. Honneur et gloire à cette rédaction qui ne m'a donc jamais censuré la moindre ligne, même trempée dans le nawak ahuri ou la pure provoc. Tout a toujours été publié comme ça avait été écrit le dimanche, même quand ça avait été écrit en chute libre (à partir d'un certain angle, on ne parle plus de descente). C'est très rare et c'est bien pourquoi la première salve de bisous va à la rédaction du Focus Vif, plus particulièrement à Laurent Raphaël, Kevin Dochain, Nicolas Clément et Olivier Van Vaerenbergh.
Les joies du laptop et de la fibre optique ont permis à Sortie de Route d'être touillée à Etterbeek, Ixelles, Arlon, Cambridge, Londres, Chassy, Uccle, Paris et Oxford, ainsi que dans le train Edinburgh-Londres. En 4 ans, je n'ai toutefois pas foutu un pied (pour le boulot, du moins) à Anvers, Gand et Liège, qui sont pourtant les véritables épicentres noctambules de Belgique, des lieux sur lesquels il reste impératif d'écrire. Ce n'est pas l'envie qui manquait. Le problème majeur, c'est que lorsque l'on sort principalement en bande de quadragénaires plus ou moins non motorisés et plus ou moins tous en couple, donc pas en chasse, l'apéro traîne souvent en longueur. On se marre mieux chez les uns, chez les autres et au bistrot qu'en boîte et s'il pleut, les rhumatismes font mal. Dès la quatrième bière, la vessie devient aussi plus incontrôlable qu'un buzz de piétonnier. D'où cette fâcheuse tendance à finalement préférer continuer à refaire le monde en appartements ou en terrasses plutôt que de se précipiter en boîte ou à la soirée prévue, à fortiori si elles se trouvent à 100 bornes du frigo.
Cette feignasserie m'a fait rater des soirées purement immanquables et surtout immanquables à démonter. Je n'en suis pas vraiment désolé. C'est la vie et si, comme le veut la rumeur, la vie s'allonge à chaque fois que l'on rit, c'est grâce aussi à ce genre de pignolades en groupe de pignoufs préférées aux pas de danse au milieu d'inconnus que j'atteindrai l'âge canonique de 267 ans. Voilà la vérité: mes compagnons de comptoirs, de terrasses, de raclettes et de tables basses sont à la fois les inspirateurs des meilleures vannes de Sortie de Route mais aussi les instigateurs de ses pires démissions. Le ballotin de bisous va à gump, Dominique, Matyas, Nath, Bruce Printscreen, Jésus, Mimi Rou, Cougar, Cécile, Chicon, le Professeur Letier, Marguerite Duracell, La Tarentule, Jimi After, DJ Kwak, DJ Ree Doo, Céline, Patator, le Sarkozyste du Carrouf d'Arlon, Farfadet, Eliot, Szoc l'Eponge, Bader et sa bande, l'équipe du Dillens Bar, celle du Central, la Leftorium, Gilles Vanneste, le Professeur De Jonge, Rawakari, Elzo, Docteur Lo, Alice Duo, Vincent Satan, Kevin Crochemore, Simon Le Chat, Lucas Social, Paulin Pinpin et tous les autres que j'oublie, éventuellement pour de bonnes raisons.
Ces 4 ans de chroniques ont donné naissance à deux bouquins. Un e-book chez On Lit, qui est un recueil "best of" des deux premières saisons, et un Glossaire du DJ chez La Muette Editions, qui comme l'indique son titre est un glossaire du DJ aux entrées parfois très inspirées de ce que j'ai pu écrire ici. Bisous aux éditeurs respectifs, Pierre (bisou mouillé) et Benoît (bisou sec) d'un côté, Bruno de l'autre (bisou velu). Comme on peut s'en douter, ces 4 années de chroniques ont sinon évidemment connu des premiers jets aux écritures trop tarabiscotées et aux vannes impubliables qu'il valait mieux autocensurer sous peine de faire exploser l'Internet belge sous le poids du courroux des habituels justiciers de réseaux sociaux. C'est l'inestimable Emmanuelle Raga qui a le plus souvent remis de l'ordre dans le boxon. Cette excellente relectrice, cette impitoyable correctrice, cette conseillère en or a toujours été récompensée comme il se doit pour son travail aussi finaud que bénévole ("Tu comprends vraiment rien à mon humour, c'est à se demander ce qu'on fout ensemble?""Mais putain, pourquoi j'enlèverais ce passage, espèce d'andouille milléniale, c'est justement le fucking point de l'article de balancer cette connerie!" ou encore "C'est pas possible, il y a des jours où t'as juste envie de me faire chier, ce passage est juste parfait, pas du tout lourdingue!"). Pour avoir encaissé tout cela de façon plus ou moins stoïque (nos voisins témoigneront), Emmanuelle mérite bien davantage que des bisous. Cette femme est véritablement à marier. Plutôt que d'acheter mes bouquins, vous pouvez donc lancer une campagne sur Kickstarter pour nous financer ça. Chiche. Dernière salve de bisous et non des moindres: gros kikou avec la bouche, justement, à tous ceux qui ont eu des mots vraiment sympas en soirées, dans les bars, sur les réseaux sociaux, en festivals et même à la RTBF au sujet de ces 4 années de couillonnades. Voilà, merci à tous, c'est fini, on ferme. Stop the music and go home!
Chroniques publiées en août 2015 sur le site du Focus Vif