dimanche 13 septembre 2015

SORTIE DE TABLE (LE MORCEAU CACHE)

Sortie de Table, ma série d'été chez Focus Vif, n'a pas fait de grandes vagues mais a reçu une sorte de droit de réponse de la part d'Alexandre Cammas, le chroniqueur gastronomique français qui édite le Guide du Fooding. Suite à quelques erreurs techniques, son intervention a mis un peu de temps à être publiée par Focus et je n'ai pour ma part seulement trouvé le temps d'y répondre qu'aujourd'hui.



Salut Serge, C'est Cammas qui t'écrit. Le "pape" "charmant" et "inoffensif" du Guide et des événements Fooding pour reprendre tes mots. Qualificatifs que je trouve à la fois trop et pas assez - mais il est vrai que tu as une excuse : tu écris sur moi sans me connaître... Google m'a donc gentiment transmis ta tribune. Que j'ai lue avec intérêt, l'esprit encore en vacances, tout doux Dinky... La fleur au bout de la plume, j'aimerais donc juste partager deux trucs le temps d'un casse-dalle sur la route du retour. En ce qui concerne Le Fooding, créé en 2000, je pense pouvoir dire qu'il a survécu et survivra encore aux Tv food programmes dont tu causes. Nous avons notamment vu naître et mourir les chaînes Gourmet de Robuchon et Cuisine + de Canal +, plus quelques autres émissions en prime time, bien mieux dotées que nous ne l'étions et le sommes aujourd'hui encore. Sans aucune espèce de prétention, je pense pouvoir dire que notre public n'a rien à voir avec les versatiles amateurs de reality shows en tout genre. Je l'espère en tout cas. Je ne partage absolument pas ton point de vue sur Gault Millau. Qu'ont fait Gault Millau ? Ils ont démodé une cuisine pour riches et refourgué à la place une nouvelle cuisine pour riches, mis en place un nouveau régime gastronomique autoritaire, conservé les Porsches dans les parkings de leurs best restos... Il y a sûrement plus moderne, non? Ce n'est pas, cher Serge, parce qu'on dézingue un pauvre cuistot à l'ancienne qu'on n'est pas un réac comme les autres... Pas parce que l'on tue ses pères que l'on n'en devient pas un père pire... Voire encore pire dans le cas d'Henri Gault. Coffe ne démentira pas. Moi ce qui m'excite dans toute cette histoire, ce n'est pas la révolution d'assiettes. Mais la révolution culturelle que l'on ne peut ignorer et qui n'a eu lieu ni sous GaultMillau, ni sous Coffe. Je te laisse méditer tout ça, il me reste quelques chips à grignoter, une tomate cerise à gober et 500 bornes à tracer. Bonne rentrée à tous.

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@Alexandre Cammas : s'il est vrai que nous ne connaissons pas du tout, cela fait tout de même un moment que je tombe régulièrement dans la presse sur ce vous écrivez, défendez, racontez. J'étais lecteur de Nova en 2000, j'y lisais vos papiers. Je suis lecteur de Gonzai en 2015, j'y ai lu (et cité dans Sortie de Table) votre longue intervention tirée de l'article sur la Brasserie Barbès. Je persiste et signe : ça donne de vous une image publique charmante et inoffensive.

Vous me parlez de « révolution culturelle qu'on ne peut pas ignorer », de « révolution d'assiette », vous minimisez l'influence de la télé-réalité culinaire sur les gens et vous me dites que Gault et Millau n'ont fait que « démoder une cuisine pour riches pour refourguer à la place une nouvelle cuisine pour riches ». Je pense que j'ai le droit de n'être absolument pas d'accord, voire même de rigoler. Non, mais Alexandre, qu'est-ce que vous croyez que vous faites en réalité ? La révolution ? Un guide Fooding pour prolos et autres damnés de la Terre ? N'êtes-vous plutôt pas vous-même occupé à démoder une cuisine pour très riches pour refourguer à la place une nouvelle cuisine pour moins riches et wannabe riches ?

Il se fait que je ne suis pas complètement noob dans la critique gastro ou le journalisme culinaire. Il y a 15 ans, j'ai par exemple sorti deux tomes du Petit Futé Bruxelles. On y a listé les baraques à frites, les bistrots de punks à chiens et les hard-discounts et je n'ai pourtant jamais prétendu avoir pondu quoi ce soit de révolutionnaire ou de moderne. En fait, j'ai juste rempli le cahier de charges pour que les bouquins rencontrent leur public potentiel, en l'occurrence les crevards, les étudiants et les démerdards. Vous savez comme moi que c'est la base d'une saine entreprise éditoriale: savoir à qui on s'adresse. Allez-vous essayer de me faire croire que vous, le Fooding, vous ne vous adressez pas aux gens qui ont assez de pognon pour aller au resto, même si l'addition par tête se monte à 100 balles plutôt qu'à 500 ? Que cela vous plaise ou non, votre public est bourgeois. Que cela vous plaise ou non, la révolution culturelle dont vous parlez relève du fantasme parce qu'en réalité, vous avez juste réussi à ce que des gens qui s'excitaient il y a 15 ou 20 ans devant des chaînes hi-fi, des paires de sneakers et des fringues de designers street s'excitent aujourd'hui devant des assiettes de gastronomie potache. C'est une opération commerciale smart quand on vit de la vente de guides gastronomiques, ça oui, mais ce n'est certainement pas une révolution. Du moins est-ce mon avis... Bisous

2 commentaires:

  1. Resalut (après j'arrête)
    1. Je n'ai dit d'aucune façon qu'on faisait la révolution du prolétariat ! J'ai dit que la "révolution culturelle" en cours m'intéressait plus que la révolution d'assiettes.
    2. Si l'apparition de la jeunesse dans les années 50 (pour faire court) et du COOL dans la foulée n'est pas une révolution culturelle alors... Ça va être compliqué de s'entendre. La jeunesse et le COOL en cuisine c'est une révolution culturelle et nouvelle ! La gastronomie était le dernier art à etre passé au travers. Après qu'on la critique ou qu'on soit tenté de la caricaturer, pourquoi pas. Mais attention, si on la caricature, c'est qu'elle existe.
    3. Il y a précisément 20 ans, je bossais pour Gault Millau (mes premières piges) et je ne parvenais même pas à faire entrer un resto thaï ou viêt de chinatown. Les restos asiatiques références dans le Guide étaient en majorité dans les quartiers bourgeois de Paris. Tant mieux si vous y parveniez dans le Petit Futé. Le problème, c'est que le Petit Futé n'a jamais été une référence en gastronomie (peut-être à tort, mais c'est la vie...).
    4. Vous devriez relire le Guide Fooding. Si vous pensez qu'on y miam pour 100 balles en moyenne, vous êtes loin du compte. Très loin ! Et cela complète la démo de ma première réponse : vous écrivez sur des trucs que vous ne connaissez pas toujours. De même qu'entre mes premières piges à Nova, quand le Fooding n'était pas né, et l'article de Gonzai, il s'en est passé des choses. Je vous jure. J'en ai fait des restos. Il y a même eu un peu d'inflation, tout ça...
    5. Enfin, nos lecteurs seraient des "wannabe"... Permettez- moi de les défendre et de douter qu'ils le soient davantage que n'importe quel blogueur tirant à la ligne pour écrire des chroniques dont il constate lui-même qu'elles font des vagues... Sinon des grandes.
    Sincèrement,
    Alexandre

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  2. Moi, je pense que la seule révolution culturelle en cours, ce sont les nouvelles technologies, qui permettent notamment une interconnectivité entre les gens et donc aussi aux uns de l'horeca de plus facilement voler aux autres, surtout étrangers, leurs recettes, leurs idées, leurs concepts et leurs fournisseurs. Copier sur le voisin et lancer des concepts fumeux n'est toutefois pas vraiment neuf dans le domaine de la bouffe et c'est bien pourquoi je pense que l'on ne peut pas sérieusement avancer que la folie food actuelle soit véritablement une révolution. C'est tout au plus un épiphénomène de la hipsterisation. Or, cette hipsterisation découle justement aussi de ce que vous appelez « le cool des années 50 », sans le remettre en question. Ca n'a donc rien de révolutionnaire, c'est au contraire très ancré dans la continuité. Une fois de plus, ce n'est que mon avis et c'est aussi ce que proposait Sortie de Table : donner mon avis, faire part de mes questionnements, de mon désarroi même... Après, si vous avez envie de considérer qu'il ne s'agit que d'élucubrations de bloggueur qui n'y connaît pas grand-chose et nier que votre cœur de cible est plutôt bourgeois, c'est votre problème, pas le miens. Ca retire bien un peu à votre charme mais pas grand-chose à votre côté inoffensif, hahaha.

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