lundi 8 février 2021

SAME AS IT EVER WAS

Naomi : 1/ Nous, enfants des médias, nous étions scandalisés à ce point par les descriptions réductrices des magazines, des livres et de la télévision, que nous étions convaincus que si ces images stéréotypées et ce langage biaisé changeaient, la réalité suivrait. Nous pensions trouver le salut dans la réforme de MTV, de CNN et de Calvin Klein. Et pourquoi pas ? Puisque les médias semblaient être à la source d'un si grand nombre de nos problèmes, si nous pouvions seulement les « subvertir » pour qu'ils nous représentent mieux, peut-être pourraient-ils nous sauver. Grâce à de meilleurs miroirs collectifs, notre estime de nous-mêmes allait augmenter, et les préjugés s'effondrer par magie, car la société soudain inspirée pourrait vivre à la mesure du beau et noble reflet que nous aurions fait surgir en retouchant son image (...) Plus nous donnions d'importance aux questions de représentation, plus elles semblaient vouloir acquérir un rôle central dans nos vies – peut-être parce que faute d'objectifs politiques plus tangibles, tout mouvement de lutte pour obtenir des miroirs sociaux plus satisfaisants finirait inévitablement par être victime de son propre narcissisme.


2/ Le rédacteur en chef du magazine New York, John Taylor, comparait ma génération d'activistes de campus aux membres d'une secte, aux Jeunesses hitlériennes et aux fondamentalistes chrétiens. Si grande était la menace que nous étions censés représenter que George Bush prit même la peine d'avertir la planète que la political correctness « remplaçait les anciens préjugés par de nouveaux » (...) Les réactions brutales qu'inspira la politique identitaire réussirent assez bien à nous masquer le fait qu'un grand nombre de nos exigences quant à une meilleure représentation étaient en revanche rapidement satisfaites par les spécialistes en marketing, les médias et les producteurs de pop culture – mais peut-être pas pour les raisons que nous avions espérées (...) Nous découvrîmes alors que nos ennemis jurés du « courant dominant » - pour nous, un monolithe géant aux contours flous, situé à l'extérieur de nos enclaves universitaires - loin de nous craindre, nous trouvaient au contraire un certain intérêt. A mesure que nous cherchions de nouvelles sources d'images d'avant-garde, l'importance que nous accordions aux identités sexuelles et raciales extrêmes engendrait de magnifiques stratégies de contenu associé à des marques, et du marketing associé à des créneaux. Les marques semblaient nous dire : de la diversité, tu en voulais, en voilà.


3/ Dès 1993, les articles sur l'apocalypse universitaire furent remplacés par d'autres sur la vague des féministes pro-sexe dans Esquire et du « chic lesbien » dans New York et Newsweek. Ce changement d'attitude ne fut pas le résultat d'une conversion politique massive, mais de froids calculs économiques. Selon Rocking The Ages, un livre produit en 1997 par Yankelovich Partners, un grand cabinet américain de recherche sur la consommation, la « diversité » a été le « définisseur idéologique » de la génération X, par opposition à « l'individualité » pour les boomers et au « devoir » pour leurs parents (…) Naquirent également des marques destinées aux gays, comme la Pride Beer et la Wave Water, dont le slogan était « nous collons des étiquettes aux bouteilles, pas sur les gens » et la communauté gay eut droit à ses propres chasseurs de cool – des spécialistes en recherches de marque qui couraient les bars gays avec des caméras cachées. Entretemps, Gap remplissait ses pubs de toutes les couleurs de peaux, avec des mannequins aux allures d'enfants. (...) Nike réalisa également que les groupes prétendument opprimés étaient déjà des créneaux tout désignés : lancez-leur quelques clichés gauchistes et hop ! Vous n'êtes plus seulement un produit, mais un allié dans la lutte.


4/ C'est tout ? Toutes nos protestations et nos théories supposément subversives n'auront-elles servi qu'à fournir un contenu magnifique aux industries culturelles, une imagerie style de vie fraîche et jeune à la nouvelle campagne Levis, « What's True » (Ce qu'il y a de vrai) et des ventes records alimentées par le Girl Power à l'industrie musicale ? Autrement dit, pourquoi nos idées sur la rébellion politique ont-elles si bien glissé sur le courant lisse du business as usual ? (…) Embaucher plus de femmes ou soigneusement passer au crible les énoncés d'une campagne publicitaire était un moindre prix à payer pour l'immense part de marché promise par la diversité. (…) Le marché s'est emparé du multiculturalisme et de l'androgynie aussi bien que de la culture jeunesse en général : non seulement comme d'un créneau mais comme d'un nouveau gisement d'imagerie carnavalesque (…) « Cette révolution, écrivait le critique culturel Richard Goldstein dans The Village Voice, a sauvé le capitalisme. »


Serge : Et Naomi Klein de conclure, dans No Logo, en 2000 (traduction française (et plutôt foireuse) de Michel Saint-Germain en 2002 chez Babel) qu'une des grandes erreurs des activistes identitaires de cette époque, le début des années 90 donc, a été de zapper complètement le problème majeur de la répartition des richesses de leurs centres d'intérêts, d'études et de revendications. Same as it ever was !

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jeudi 4 février 2021

JOURNAL DU QUINCADO (6)


Février 2021 – Dans une récente chronique pour le Focus Vif passée assez inaperçue, j'écrivais qu'il serait plus que temps de se foutre de l'avis de Madame Michu et de Monsieur Pecno. De laisser les gens s'indigner sur Twitter sans encore le relayer dans les médias. De laisser les militances des unes et les emballements des autres tourner en rond dans leurs gros bocaux sans ne plus s'en soucier, en bon vieux mode « R.A.B. » (« rien à branler », alias « the noble art of not giving a fuck »). Texto, ça donnait ceci : « N'a-t-on d'ailleurs rien de mieux sous la main à prendre en compte que toutes ces revendications très « first world problems » d'une minorité aussi privilégiée qu'anecdotique ? N'a-t-on rien de plus urgent à régler ? Rien de plus vital ? Vous allez vraiment passer le reste de votre vie comme ces vieilles personnes complètement désoeuvrées qui épient aux fenêtres en attendant de voir pisser un ivrogne dans les fourrés ; histoire d'ensuite pouvoir s'emparer de l'anecdote pour se plaindre du laxisme des autorités, du fléau de l'alcool en vente libre, de la fainéantise des chômeurs, etc, etc... Vous manquez à ce point de « peps » dans vos petites vies ? Se foutre de vous, ignorer vos indignations, n'est dès lors pas un abandon de poste dans la guerre culturelle en cours. C'est au contraire la seule solution pour y mettre fin. »

La culture « woke » ne me fait plus rire mais ne me fait pas peur. Elle me fatigue. Ne pensant pas qu'elle présente un danger réel, je ne vois dès lors pas l'intérêt de monter aux barricades. Elle est en train de virer mainstream et je pense que c'est précisément ce qui va la juguler. Ou du moins en atténuer drôlement la capacité de nuisance. Le « woke » est déjà un marronnier pour des médias comme Le Point, Marianne, Charlie Hebdo, France Culture et d'autres. Douglas Murray a fait le tour de la question dans son bouquin The Madness of Crowds. Andrew Doyle en rajoute une couche dans son tout récent propre livre. Même Marcel Sel semble en faire son nouveau cheval de bataille. On va donc encore beaucoup entendre parler de ces « nouveaux puritanismes » et des « totalitarismes néo-marxistes post-modernes » qui en découlent ou pourraient en découler. Or, c'est à priori justement cette surmédiatisation qui va nous dynamiter tout cela vite fait, bien fait. Moi-même, dans cette chronique pour le Focus-Vif, j'écrivais ceci : « Okay, les sciences sociales produisent de nouveaux dogmes qui pourraient servir de terreau fertil à un prochain totalitarisme. Okay, les politiques identitaires, la cancel culture, les faits et gestes des Social Justice Warriors sont à la fois très critiquables, plutôt amusants et potentiellement dangereux. Okay, leur capacité de nuisance est quelque-chose qu'il vaut mieux garder à l'oeil et en monitorer l'évolution. Okay, il n'est pas très sain que de plus en plus de gens perdent leurs boulots et se font lyncher pour leurs opinions et des blagues, aussi discutables soient-elles. Reste qu'en l'état, tout ce nouveau puritanisme, toute cette culture « woke » émergente, ne touchent encore principalement que le monde académique, les médias, la culture, la politique et les réseaux sociaux. Ce qui nous fait beaucoup de monde, certes. Mais beaucoup de monde dans un gros bocal. »


Dans ce gros bocal, ça bataille ferme. Aussi parce que le désir de batailler ferme y est fort, que la fight y est une motivation tant pour les pros que pour les contras. C'est une question de pouvoir et de contrôle, aussi. Hors de ce bocal, ces couillonnades vont en revanche sans doute rapidement se dégonfler. Certains délires soixante-huitards, la novlangue managériale des années 80 et les emballements idiots de la start-up nation sont, en gros, restés eux aussi cantonnés à leurs propres bocaux et se sont, eux aussi, vite ringardisés dès qu'exposés à la majorité qui s'en branle, s'en moque et nous remet ça en quelques jours à sa juste place : « non merci, petit. On a déjà donné ». Ces micro-cultures font du dégât dans les milieux concernés, vu que le venin y est craché pur. Comme ces milieux sont tous conformistes par facilité (le journalisme, la culture...) ou par pression sociale (le monde académique, l'entreprise, Twitter...), la transmission et la prise au sérieux de ces imbécillités y est plus effective. Mais en dehors ? L'écriture inclusive au Lidl ? La bouchère appliquant la déconstruction du privilège blanc après avoir vu la lumière sur le forum Madmoizelle ? Des conférences sur l'indigénisme au Fuse ? Bien sûr que non. Combien de temps d'ailleurs, dès ces bêtises connues de toutes et tous, avant que l'on assiste à un Everton inversé ou avorté ? Combien de temps aussi avant que l'on reconnaisse que ce mouvement « woke », malgré quelques revendications au fond très défendables, n'est sous sa forme la plus courante qu'un condensé de narcissisme puéril et de dogmatisme aussi délirant que celui entourant les théories de la Terre Plate et des chemtrails ? Combien de temps, donc, avant que sa fenêtre de tir ne se referme violemment sur sa bête gueule ? Combien de temps avant que les adultes, se sortant enfin les doigts du cul, ne sifflent la fin de la récré ?


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mercredi 20 janvier 2021

LE JOURNAL DU QUINCADO (5)

Janvier 2021 - Quand j'étais jeune, nous étions quelques-uns, un bon paquet quand même, à ne pas aimer Michel Leeb, le Bébête Show et Roger Moore dans le rôle de James Bond. C'était ringard, ça ne représentait pas "nos valeurs". On pouvait même peu ou prou s'indigner des sketchs du premier perçus comme racistes, du populisme beauf des seconds et du sexisme de ce croulant en chemise jaune de 007.

On n'a pas ronchonné fort longtemps, cela dit. En quelques années, c'était fini, out. Dieudonné a débarqué avec son sketch « Georgette Pompidou », les Guignols ont commencé à gentiment mais sûrement dynamiter l'humour politique et Timothy Dalton, le plus violent des James Bond, puis Pierce Brosnan, le plus cynique des James Bond, ont remplacé Papy Moore tout juste avant qu'il ne devienne réellement Benny Hill avec un flingue. Quand j'étais jeune, je ne pouvais pas non plus encaisser Stéphane Steeman et Tatayet, qui me semblaient bien faire honte à l'humour belge. Zbim, ont débarqué les Snuls et Benoît Poelvoorde. Je n'aimais pas Machiavel, ni Plastic Bertrand, et zboum, voilà Front 242 et The Neon Judgement. Quand j'étais jeune, j'ai donc appris que c'est le flux tendu de la culture populaire qui illustre au mieux le plus fondamental des préceptes bouddhistes. Dans le dharma, rien ne dure, tout est impermanence. Forcément, rien ne sert donc de s'exciter, O Noble Fils de Lumière : ce qui te gêne aujourd'hui ne sera plus là demain. C'est rassurant, ça apaise. Là, je n'aime pas Angèle, je n'aime pas le rap et so what ? Dans maximum 15 mois, il y aura bien une Grace Jones 2.0 et un énième retour du rock psychédélique pour nous ringardiser La Bibot Junior et tous ces groupes en pantalon Adidas qui se sont choisi pour nom le numéro de leur maison. Ce n'est d'ailleurs pas non plus comme si on nous attachait façon Orange Mécanique pour nous forcer à bouffer du Angèle et du rap. Là, j'écoute un album du groupe Television. 1978, du rock. Tant que la police s'en branle, tout va bien.


Des années durant, j'ai bien entendu largement fait part de mes dégoûts, de mes « indignations » et de mes « emballements négatifs ». « Payé pour être méchant » a dernièrement dit de moi une grande comique. Ce que j'ai pu écrire au vitriol m'a certes permis quelques steaks et pas mal de loyers mais ça n'a jamais tenu que de l'opinion, voire de pures couillonnades. Je ne me suis jamais senti en mission. Je n'ai que très rarement été pamphlétaire. Quand je vois tous ces gens exiger des têtes pour une blague sur les trans ou un dessin de nature à heurter l'une ou l'autre (ultra) sensibilité, je ne comprends donc juste pas comment on peut SERIEUSEMENT (et à un tel degré) s'exciter contre une simple production culturelle à la durée de vie de poisson rouge et contre un artiste appelé, comme tout un chacun dans son secteur, à vite lasser. Qu'on se foute de sa poire, qu'on le critique : oui. Qu'on fasse pression, même indirectement, sur son employeur et remette carrément en question son employabilité : non.


Quand nous fantasmions la disparition de Stéphane Steeman et de Michel Leeb de la télévision, il n'a jamais été question de les condamner à la mort sociale et médiatique. Peu nous importait que Leeb et Steeman remplissent le Théâtre des Galeries et le Centre Culturel d'Uccle, qu'ils fassent jusqu'à la retraite cliqueter de plaisir les dentiers de leurs auditoires. J'ai pour ma part maintenu des années durant que Thierry Coljon et Rudy Léonet tenaient de l'escroquerie intellectuelle et journalistique. Ca ne m'aurait pas déplu que l'un soit viré du Soir et l'autre de la RTBF, mais seulement si ça avait été pour les remplacer par des gens plus valables. Il n'a par contre JAMAIS été question de complètement zapper Coljon et Léonet de l'espace médiatique et culturel. De les faire disparaître pour toujours, d'effacer jusqu'à leur souvenir, de ne pas leur permettre de tenter de briller autrement ou plus tard. De les foutre pour de bon au goulag virtuel, donc.


Je serai plutôt content, soulagé surtout, le jour où Angèle paraîtra plus ringarde que Jo Lemaire, surtout si c'est pour être remplacée par une Grace Jones 2.0, mais je ne désire absolument pas et je ne désirerai jamais qu'Angèle soit bannie à vie des médias et de la scène culturelle. Elle peut animer des crochets à Blankenberghe où remplir Forest National, ce n'est pas mon problème. Mon problème, c'est qu'elle prend trop de place, qu'elle invisibilise des artistes bien meilleurs et plus intéressants, donc plus méritants. Voilà donc la nuance : moi, je ne pratique pas et je n'ai jamais pratiqué la « Cancel Culture ». Quand je critique quelqu'un, c'est soit pour tout simplement m'en moquer en mode troll, soit pour partager l'idée que cette personne ne vaut pas le coup et que l'on ferait donc mieux de vite passer à autre chose. Ce qui tiendrait donc plutôt de la « Replace Culture ». Puissiez-vous en prendre de la graine plutôt que de continuer à vous la jouer Torquemada, bande de sales jeunes !


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mardi 5 janvier 2021

LE JOURNAL DU QUINCADO (4)

Janvier 2021 - Elon Musk m'a tout l'air d'être un sacré pistolet. Dans 20 ans, il sera sans doute agent immobilier sur la Lune et là, il est déjà assez givré pour commercialiser des lance-flammes qui doivent surtout se vendre chez les rappeurs. Voilà qui me suffit à le cataloguer dans la section «siphons et tournesols ». Reste qu'Elon Musk n'en est pas moins aussi quelqu'un qui symbolise pour moi au mieux cette première partie du XXIème siècle. Déjà rien que le nom sort tout droit de Blade Runner. Ses projets et ses entreprises ne m'emballent pas spécialement et ne me font guère rêver mais ce sont des types comme lui et des idées comme les siennes que la science-fiction de ma jeunesse m'a promis pour ma cinquantaine. Pas de gnangnans militants de la pédale sur pavés urbains.


C'est le mois dernier que j'ai découvert sur Twitter la militance cycliste. Je savais que cette engeance existait, sans plus. Quand j'écrivais le bouquin avec Pascal Smet, il m'avait un peu évoqué les associations cyclistes fort vindicatives et ceux qu'il appelait les « Lycra Boys » mais je n'avais pas trop insisté pour en savoir plus, estimant que cela tenait principalement d'un folklore peu intéressant. Aujourd'hui, ça reste pour moi du folklore mais du folklore qui me rend hilare, vraiment. Nous sommes au XXIème et des gens osent sérieusement avancer que transporter une armoire normande à vélo à Bruxelles est moderne. Nous sommes en 2021 et des travailleurs se disent fiers de pédaler de 40 à 80 bornes par jour dans une ville vallonnée, pavée et polluée ; où il fait soit trop mouillé, soit trop chaud, et pour à peine plus de 1000 balles par mois. Ca m'éclate, cette servitude volontaire. Surtout quand c'est en plus emballé dans une sorte de charabia messianique où viennent faire coucou le changement climatique et l'avenir de l'humanité.


Moi, je suis piéton. De la team discrète mais illuminée, qui a lu Werner Herzog, Iain Sinclair et Bernard Ollivier avec les orteils qui picotent de plaisir. Je ne pédale pas plus que je ne conduis, donc. D'ailleurs, à 51 balais, je n'ai même pas le permis. La prolifération des trottinettes et des vélos en ville me désole malgré tout. En 2021, c'est dans le décor urbain de l'Age de Cristal que j'aurais aimé vivre, pas retourner en plein Germinal. Plus sérieusement, je pense d'ailleurs que c'est une démission politique d'ampleur d'encourager les gens à s'acheter des vélos et à utiliser des putains de trottinettes comme des gros bébés débiles plutôt que de développer des transports publics décents. Que l'on défende toute cette merde infantilisante comme une solution miracle me fait pisser de rire. Jaune, donc. Que des zigotos postent des photos de leurs bécanes comme si c'étaient leurs gosses me fait par contre rire de fort bon coeur. Les monstruosités qu'ils transportent avec fierté m'éclatent, tout comme leurs petits couinements enregistrés par leurs caméras de casques quand un beauf en bagnole leur fait une tête à queue à Meiser ou Chaussée de Gand. Quand je m'emmerde, je me mate désormais des bodycams de cyclistes furieux. Ca me détend. C'est comme si on mélangeait les Snuls à GTA 5.


J'ai connu et je connais énormément de personnes qui pratiquent le vélo en ville et avec qui j'entretiens ou ai entretenu des relations cordiales, rieuses, amicales et même parfois amoureuses. Pour la majorité de ces gens, le vélo est un outil du quotidien à peine plus intéressant qu'un presse purée ou un mixer à fruits. Ils et elles l'utilisent parce que ça les fait maigrir, leur donne du souffle, parce qu'ils et elles conchient la STIB ou n'ont pas le fric ou l'envie pour une bagnole. Peu importe. Ils et elles ne voient tout simplement pas l'intérêt de parler non-stop de leurs bécanes parce que le vélo n'est pas dans leurs esprits quelque-chose qui les émancipe, les rend plus vertueux et sauvera l'humanité de l'effet de serre. C'est juste un truc pour se déplacer à une vitesse correcte et destiné à être rapidement volé. On dit souvent des guitaristes un peu trop démonstratifs et des adeptes du tuning que leurs guitares astiquées et leurs bagnoles mirobolantes prolongent leurs phallus en détresse. Je pense tout simplement qu'on est dans le même cas de figure avec ces militants cyclistes. Pourquoi en serait-il autrement ? D'autant qu'il est quand même bien connu que la pratique intensive du vélo peut complètement ruiner le service trois-pièces des messieurs... Première résolution de l'année, de cette nouvelle décennie même : me faire un nouveau stock d'ennemis. Je vous attends.


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mercredi 25 novembre 2020

LE JOURNAL DU QUINCADO (3)

Novembre 2020 -  De plus en plus souvent, je me dis que dans le boulot, il ne me reste sans doute que dix-huit mois, à peu près. Peut-être plus, trois ans. Peut-être moins, sait-on jamais ce qui se trame dans la tête de certain.e.s. Un jour, on va vouloir m'imposer l'écriture inclusive. Un jour, on va chipoter mes angles, déclarer qu'il s'y trouve des choses, évidemment banales à mes yeux, que je ne peux pas faire, que je ne peux plus faire « parce qu'on n'est plus en 1995 », et ça me paraîtra aussi con que de ne pas saler ses frites ou se mettre de l'aspartame dans le café. Un jour, on trouvera que je défend trop de livres d'hommes blancs, que je n'écoute pas assez de techno lesbienne ou je ne sais quelle connerie. On me dira que Remain in Light n'est que de l'appropriation culturelle, que Fargo et Deliverance ne sont pas très sympa avec les ruraux. Un jour, on me sucrera une bonne grosse pique bien méritée lancée à une personnalité politique au motif que cela pourrait donner envie à certains de l'insulter sur Twitter, que cela pourrait provoquer des raids de trolls et du harcèlement en meute. Bref, un jour, il y aura grosses lassitudes et clashs définitifs.


On n'y est pas encore et aucune des personnes pour lesquelles j'ai l'habitude aujourd'hui de travailler ne m'a encore trop l'air dans ce genre de trip « post-moderniste 2.0 ». Mais on y viendra sûrement. Il ne suffirait que de quelques remplacements à la tête de quelques médias.Toutes ces conneries « woke » sont de toutes façons déjà là et bien là, en train de ronger lentement mais sûrement les esprits, en train de doucement les subvertir. Dans trois ans, dix-huit mois, peut-être moins, le genre de travail que je fais, de la façon dont je le fais, sera juste impossible. C'est ce que je me dis, du moins. Mais peut-être que je me fais juste un mauvais film ? Son titre : Le Reich de la Tartiflette. Précision utile : ça ne me fait pas peur. Aujourd'hui la culture « woke » est un bon sujet de rigolade et d'indignations. Quand le Reich de la Tartiflette sera installé, en revanche, je l'ignorerai. Vous n'aurez pas ma haine, haha... Juste mon plus profond mépris. Sous le Reich de la Tartiflette, il faudra donc juste que je me réinvente professionnellement, ce qui ne me dérange absolument pas. Parce que je n'aurai de toutes façons aucune envie de m'accrocher en me rongeant de l'intérieur, de me soumettre comme une grosse merde ou, au contraire, d'entrer en résistance en rejoignant l'autre camp, tout aussi lassant. Sous le Reich de la Tartiflette, je n'écrirai ni pour, ni contre les « sujets porteurs », c'est-à-dire les cheveux bleus, les anneaux dans le nez, la bienveillance inclusive et le banana-cake.


J'aurai la cinquantaine bien tapée et ce sera donc le bon moment pour aborder de vrais sujets de vieux, comme les bains de forêt, la vie après la mort, le goth du XIXème siècle, Neil Young, Ostende en novembre, la descente testiculaire et le rétro-gaming eighties. Il y aura forcément un public pour ça, pour cet escapisme, vu que tout le reste sera vampirisé par les évangiles des uns et les hérésies à ces mêmes évangiles des autres. Par du cirque pétomane à la Hanouna. Dans trois ans ou même dix-huit mois, je pense en effet que le contenu de vos magazines ressemblera fort à ce qui agite Twitter aujourd'hui et à la mauvaise télévision qui s'en inspire. Tout ce trip « elle a sorti deux chansons sur Spotify, quelle génie ! », toute cette merde « Madame la Députée vous photographie sa pizza préférée sur Instagram, prière de ne pas rire ». C'est vers ça qu'on va, tout le monde le sait et il n'y a pas grand-chose à faire pour tenter de faire dérailler ce train-train fou. Mieux vaut donc déjà se construire ses propres nouveaux codes et se renouveler son propre stock d'intérêts. S'aménager le bunker mental. Bref, si je n'ai pas du journalisme culturel une brillante vision d'avenir, je crois qu'à titre personnel, ça ira. Comme quoi, l'empouvoirement et croire en soi, ce n'est pas réservé qu'aux dodues velues.


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mercredi 26 février 2020

LE JOURNAL DU QUINCADO (2)


Février 2020 - J'ai souri tout le long de Parasite comme un connard de papa barbu devant son mongoloïde de gosse qui serait passé du tricycle prometteur aux cabrioles en VTT. Un peu fier mais un peu emmerdé aussi, parce que me foutant au fond pas mal du VTT. Les films contre les riches, la lutte des classes au couteau de cuisine, ça commence à bien faire après la nullité Joker.
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mercredi 5 février 2020

LE JOURNAL DU QUINCADO (1)


FIN 2019 – DEBUT 2020 Alors que j'avais surtout envie d'écrire sur une attaque d'araignées géantes, Alan Moore, Northampton, le groupe Love & Rockets et cette fameuse « production FM » de 1985-1986 qui faisait sonner bazouf tous les groupes post-punk anglais dans le seul but de percoler le marché américain, Quentin Jardon du magazine Wilfried m'a proposé de me charger d'un portrait de l'ex-ministre Carlo Di Antonio...

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