lundi 2 mai 2022

DESPENTES SAVONNEUSE : FOIE DE VEAU & LITTERATURE

L'autre jour, je me suis chopé le premier tome de Vernon Subutex dans une boîte à livres et j'ai ensuite tapé sur Facebook que le bouquin m'amusait et me plaisait, notamment parce que le héros vivait des choses que j'avais vécues et que d'autres personnages me rappelaient des connaissances. Je trouvais donc que c'était bien croqué de la part de Virginie Despentes, autrice qui n'est sinon pas du tout ma tassé de thé et dont les bouquins ne tiennent selon moi jamais la longueur. Ca n'a pas mis un quart d'heure avant qu'un trio de féministes actives dans la bière (?!?) ainsi qu'un gars que je fréquentais il y a 30 ans assez porté sur les questions sociales me traitent en retour de « vieux masculiniste », "détraqué idéologiquement", qui considérait Despentes "même pas bonne pour le rebut". Autrement dit, si l'une se contente d'écrire des livres, La Saint-Eglise de Notre-Dame Despentes traque l'hérétique. Ce qui est certainement plus problématique que de publier des nanars.


Faut-il vous rappeler que le premier bouquin de Virginie Despentes, Baise-Moi, sort sans tambour, ni trompette, fin 1993 aux éditions Florent Massot, directement au format poche. C'est dans le cadre de la collection « Poche Revolver », qui entend proposer une littérature de gare trash, rock et moderne. De la série B, voire Z, totalement assumée. Une sorte de Série Noire grunge, dont la Génération X est le principal cœur de cible. 1993, c'est deux ans seulement après la sortie d'American Psycho de Bret Easton Ellis et c'est un an avant Pulp Fiction et Tueurs Nés au cinéma, qui sortent tous deux fin 1994. Kurt Cobain est toujours vivant et c'est un moment de l'histoire culturelle où il est assez « branché » d'adorer l'ultraviolence et le rock sale (ou le gangsta rap). Que cela soit ou non voulu, le titre « Baise-Moi » est forcément cousin de celui de la chanson «Rape Me » de Nirvana, également sortie fin 1993, et sur la couverture de la première édition, un gamin se prend une balle dans la tête, ce qui n'est pas sans rappeler la tétine dans la flaque de sang de l'affiche originale du film C'est Arrivé Près de Chez Vous, totalement culte depuis 1992. On a aussi cru malin d'y ajouter une vignette « parental advisory » (en français : « Avis aux Parents : Textes Explicites »), comme sur les CD américains mal polis de l'époque. De la provoc à la fois facile et identitaire, qui parle principalement à un public spécifique et qui entend capturer un certain air du temps. Durant un an, Baise-Moi reste quoi qu'il en soit très underground. Ce n'est que fin 1994 que les ventes de Despentes décollent, après un passage remarqué et pistonné par Laurent Chalumeau – lui aussi publié par Florent Massot- à Nulle Part Ailleurs. Baise-Moi devient alors culte, bien vendu et polémique. Pour sa violence mais aussi parce qu'il est fondamentalement écrit avec les pieds.


Je me souviens de débats assez houleux sur le forum du magazine Technikart, une poignée d'années plus tard, alors que le bouquin était désormais considéré par certains comme totalement culte, quasi classique, tout en étant aussi plutôt vu comme complètement con par d'autres. L'un des journalistes alors phare de la revue, Patrick Williams, estimait que ce n'était que secondaire que Despentes écrivait mal, tant ce qu'elle avait à dire était important. L'éternel débat du fond et de la forme. Cela me faisait d'autant plus marrer qu'à mes yeux de belge touchant sa bille en matière de cultures alternatives, Despentes non seulement ne pissait pas très haut niveau style et crudités (elle n'est pas Selby et ne le sera jamais) mais était surtout une caricature ambulante de rockeuse franchouillarde qui n'avait en réalité pas tant que ça à dire, n'ayant jamais pondu qu'un remix porno de Thelma & Louise. D'ailleurs, quoi de plus clicheton et ridicule que le milieu rock franchouillard, surtout ces années là ? En décembre 1995, Rock & Folk consacrait encore sa couverture à Led Zeppelin. Ici, à la même époque, we loved techno, d'Aphex Twin retournant le Fuse aux Chemical Brothers atomisant le Vooruit de Gand. A Paris, c'était du côté de Nova et de la french touch naissante que cela se passait. Au milieu des nineties, le rock n'était évidemment pas mort. Mais ceux qui le vivaient faisaient assurément partie d'une chapelle culturelle, ainsi que d'un culte identitaire. Une bulle assez réac.


En 2000, le film tiré de Baise-Moi fout la panique morale. Vraiment. Une véritable folie médiatique impliquant mouvements féministes alliés de circonstance à l'extrême-droite catholique (mais oui!), retour de la censure d'état et lettres ouvertes de psychanalystes expliquant en termes ronflants pourquoi être pour ou contre la banalisation du porno. Un très grosse shitstorm. Le film tient quoi qu'il en soit de la daube. Dans Libé, en 2000, on peut ainsi lire que « Baise-Moi apparaît comme un vieux film, dépassé par la culture dont il est inspiré. La mention "Interdit au moins de 16 ans" concerne bien évidemment les scènes de sexe. C'est pourtant bien la mention "tourné en numérique" qu'il conviendrait d'indiquer sur l'affiche, car elle donne une information capitale sur l'esthétisme hasardeux du film, de ces films. L'objet DV (petite caméra numérique) influe sans aucun doute sur la façon de filmer. Portée à la main, cette caméra n'incite pas le metteur en scène à construire son espace. On filme dans l'urgence et dans l'espoir qu'il en naîtra un style. C'est l'art de la spontanéité. »


Deux ans plus tôt est pourtant sorti Les Idiots de Lars Von Trier et deux ans plus tard déboule sur les écrans 28 Days Later, film d'action et de fin du monde à budget confortable. Là aussi, c'est de la DV mais que l'on aime ou non Lars Von Trier et Danny Boyle, ce sont ce vrais cinéastes, formés pour construire des espaces. Or, que l'on aime ou non Virginie Despentes, elle n'est pas cinéaste et Baise-Moi reste un film gonzo amateur tourné comme elle écrivait : avec les pieds. D'où d'ailleurs un énième retour au débat du fond et de la forme. Pour moi, ce fut vite tranché : en 2000, je vois Baise-Moi au cinéma avec ma copine de l'époque et quand c'est fini, on a encore tellement faim de cinoche qu'on se paye directement Mission Impossible 2 de John Woo à peine sortis de la salle. Le « tout ça pour ça ? » dégonfle ensuite assez vite le buzz. Durant quelques années, il me semble que l'on n'entend ensuite même plus trop parler de Despentes, du moins en Belgique. Je me souviens bien avoir vu Les Jolies Choses. Peut-être même l'ai-je lu et pensé qu'elle commençait à mieux écrire. Je ne sais plus. Zéro souvenir de ces années post-Baise-Moi, pré-King Kong Théorie, où Virginie Despentes fait désormais partie des meubles mais des meubles qui traînent à la cave. Ou que l'on n'achète tout simplement pas parce qu'ils ne correspondent pas à nos goûts.


En 2004, Despentes attire à nouveau davantage l'attention suite à son blog. Je n'ai aujourd'hui plus aucun souvenir de son contenu mais je me souviens très bien alors avoir pensé y discerner un pattern, que j'estime largement confirmé et toujours valable depuis. Virginie Despentes a des choses modernes un feeling qui intrigue mais qui déçoit quasi immanquablement sur la longueur. Elle tape sur la table un sujet ou un angle qui mérite l'attention mais n'arrive ensuite jamais à mener ça correctement vers autre chose que du gloubiboulga autant fanfaron que franchement discutable. Pour parler le Cosmani, elle a quelques fulgurances mais celles-ci virent la plupart du temps vite, trop vite, en platitudes et autres simples couillonnades. C'est pour moi sa marque de fabrique, qui s'applique à tout ce que j'ai lu d'elle depuis, autant donc à King Kong Théorie qu'à Vernon Subutex 1, en passant par ses papiers polémiques sur Charlie Hebdo et Me Too publiés dans la presse. Elle a le chic pour soulever un point, désigner du doigt un fantôme qui hante l'air ambiant, mais sur la longueur, au moment d'expliquer et argumenter, elle s'englue fissa dans la caricature ou même le complètement débile. Comme Michel Houellebecq, en fait, qui transforme lui aussi depuis 20 ans des intuitions intrigantes en torchons poussifs. Qui part lui aussi souvent bien, voire même très bien, pour vite se manger un fossé. Qui tout comme elle est lui-même devenu une créature médiatique adepte de la tartuferie soi-disant apolitique alors qu'elle flatte principalement les extrêmes.


Je pense ici exposer un avis assez dépassionné. Je parle de Virginie Despentes et de Michel Houellebecq comme je parlerais de foie de veau. Je n'aime pas trop ça, je me demande même comment on peut aimer ça, mais je ne cherche pas à en dégoûter qui que ce soit. Je pense même que c'est en fait plus mangeable que d'autres trucs si affamé. Je viens donc de finir le premier tome de Vernon Subutex. J'ai bien aimé les 100 premières pages, beaucoup moins les 300 qui suivent et je n'ai pas envie d'en connaître la suite. C'est mieux qu'Alexandre Jardin et Amélie Nothomb mais ça ne vaut pas Emile Zola et Anna Kavan. Donc, je vais maintenant plutôt lire Emile Zola et Anna Kavan, sait-on jamais que les Russes balancent une bombe nucléaire sur la Belgique avant que je n'ai eu l'occasion de continuer le cycle des Rougon Macquart et d'ouvrir A Scarcity of Love en perdant trop de temps sur cette nawakerie de Vernon Subutex, trilogie qui passe tout de même très vite de la fresque sociale rock and roll amusante et crédible à la science-fiction bien péteuse et complètement pinpon. Autrement dit, amusez-vous bien avec votre foie de veau mais moi, je préfère définitivement le poulet. C'est mon choix et qui serait assez zinzin pour s'en formaliser, pour chicaner cette préférence ?


Despentes a du comprendre il y a bien longtemps déjà que l'on ne peut pas plaire à tout le monde. Elle a l'air de copieusement s'en branler d'ailleurs. Respect pour ça ! Ce n'est donc pas elle, le souci. C'est l'Eglise de Notre-Dame Despentes. Celles et ceux dont c'est la gouroute. Celle et ceux pour qui le foie de veau n'est pas juste un produit vendu en rayon mais the only way. Un mode de vie, un évangile. Un manuel de rééducation aussi. Celles et ceux pour qui une série Z où deux gouines butent des beaufs et une autre où un DJ clodo qui joue Work Bitch en soirée devient le Petit Jésus 2.0 de la France post-attentats ne tient pas du divertissement cathartique mais du pensum politique, voire même du bouquin de self-help. Celles et ceux qui trouvent dans ces bouquins des réponses à leurs colères, à leurs indignations, à leurs trous dans le coeur. Celles et ceux qui deviennent donc aussi tarés et pétochants que tous ces droitards qui n'ont rien compris à Fight Club et tiennent ce bouquin pour une glorification des pains dans la gueule et du terrorisme anarcho. Celles et ceux qui sont sur une Despentes bien savonneuse, donc. 




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dimanche 20 février 2022

MA SOLUTION A VOS PROBLEMES #1 : LE HARCELEMENT DANS LE METAVERS


Il y a quelques années, il a été fort question que je travaille pour le magazine bruxellois The Word. Une idée qui me bottait bien avait été mise sur le tapis : que j'écrive des chroniques où je proposais une solution de mon cru aux problèmes du moment. C'était l'époque du piétonnier de Bruxelles et du démantèlement du viaduc Hermann-Debroux. What would Serge do, dans ce cas ? (c'était le titre envisagé) Déménager le viaduc au-dessus du piétonnier, bien évidemment. On a bien ri mais l'idée de collaborer est néanmoins tombée à l'eau, sans la moindre acrimonie, ni animosité. Tombée à l'eau et de retour sur le rivage en 2022. "Ma Solution A Vos Problèmes", sur ce blog aujourd'hui et plus tard dans votre gazette si affinités! 

Le Problème : 

Le Harcèlement dans le Metavers

Ma Solution : 

« Une agression dans le métavers de Facebook : c'est réel ou c'est virtuel ? » se demandait dernièrement un article sur le site de la RTBF décrivant une mésaventure vécue par une utilisatrice de Horizon World, l'espace en réalité virtuelle que Meta (Facebook sous son nouveau nom) est en train de tester en Amérique du Nord. « Une sorte de réseau social en 3D », un Second Life des temps modernes. Scandale : dans cette réalité de pixels, l'avatar de cette jeune femme a été « harcelé » et « peloté » par un autre avatar ! « Le harcèlement sexuel n’est déjà pas drôle sur Internet, mais être en réalité virtuelle ajoute une couche qui rend l’événement plus intense. Je n’ai pas seulement été pelotée hier soir, il y avait également d’autres personnes qui soutenaient ce comportement, ce qui m’a donné un sentiment d’isolement dans cet espace », a-t-elle expliqué à la presse et au vice-président de Meta, qui s'en est excusé et a qualifié cet incident « d'absolument malheureux ». L'article de la RTBF va quant à lui jusqu'à évoquer la possibilité de sanctions dans le metavers, ainsi que de poursuites en justice dans cette réalité ci pour des faits délictueux commis dans cette réalité là. Au motif que l'espace virtuel, c'est l'espace public. Mais est-ce vraiment ici le cas ? 

On ne parle pas ici de Facebook, d'Instagram ou de Twitter, qui sont des outils faisant pleinement partie de notre monde. On parle d'une autre réalité, d'un univers totalement artificiel, autrement dit une expérience immersive a priori bien plus proche du trip psychédélique et du jeu vidéo que du forum en ligne. Votre corps est ici, votre esprit ailleurs ! Dans la presse américaine, il a pourtant été rappelé qu'une plainte assez similaire à celle de cette utilisatrice de Horizon World avait déjà été médiatisée, il y a quelques mois. Là encore, il s'agissait d'un cas de harcèlement sexuel dans... un jeu de zombies ! Une joueuse s'était retrouvée coincée avec un autre joueur dans une impasse et celui-ci s'était soudainement transformé en une sorte de démon lubrique qui s'était mis à la « peloter » plutôt que de continuer à mitrailler les morts-vivants. Si cette plainte avait été prise relativement au sérieux par une certaine presse et par quelques associations, elle avait bien entendu fait hurler de rire sur les réseaux sociaux.

Pelottée dans un jeu de zombies ? Non mais avez-vous déjà entendu parler du « teabagging » de Call of Duty ? Vouloir en faire porter la responsabilité à quelqu'un qui se trouve en réalité peut-être bien à 3000 kilomètres de là au moment des faits ? Quelqu'un qui pourrait d'ailleurs très bien vous loger une balle virtuelle en pleine tête virtuelle ou se mettre à vous grignoter le cul virtuel dès que lui-même virtuellement zombifié sans que vous n'y trouveriez à redire parce que là, ça fait partie du jeu, ce sont les risques du métier de tueuse de zombies ? Alors d'accord, l'espace virtuel fait partie de l'espace public quand on peut y voler votre vrai argent, vous pousser à un suicide dont vous ne ressusciteriez pas et dévoiler au monde votre intimité réelle en mode revenge porn. Mais l'espace virtuel tient-il encore de l'espace public quand cet espace est une fantaisie complète ? Car, dans ce cas, qu'est-ce qui empêche la Cour Pénale Internationale de poursuivre pour crimes de guerre et génocides multi-récidivistes les participants aux jeux de massacre en ligne voulus réalistes ? 

Dans une chronique pour Focus ayant déjà le Metaverse pour sujet, je rappelais que Second Life existe toujours et, y citant un article du journal Le Monde, que pouvaient s'y exprimer « les fantasmes interdits : certains avatars s'adonnant à la pédophilie ou la zoophilie ». J'y prévoyais aussi, m'en moquant, la probabilité que le Metaverse de Facebook/Meta soit quant à lui très « politiquement correct », puisque géré par une compagnie qui interdit déjà sur son réseau social les représentations de femmes nues et l'usage de certains mots jugés offensants pour certaines minorités. Cette suite sérieuse donnée à une plainte loufoque semble donc confirmer cette éventualité. Loufoque, parce que l'on se retrouve donc bel et bien devant un cas de figure comparable à quelqu'un qui se plaindrait d'un jeu de rôle médiéval où un Nain vous plante une épée dans le bedon et vous vole votre Or alors qu'il s'était pourtant présenté comme Allié. Personne ne prendrait au sérieux quelqu'un qui irait ensuite poursuivre en justice pour vol avec violence la personne qui manipulait le Nain via un clavier et un écran. Loufoque, parce que le Metaverse de Meta/Facebook ne sera bien entendu pas le seul sur le marché. Or, si le harcèlement sexuel sur des corps informatisés dans la réalité virtuelle de dessin animé disneyen qu'est Horizon World est considéré comme « absolument malheureux » par Meta, on peut supposer que cela ne le sera pas par les créateurs de The Sandbox, metavers concurrent partenaire de Snoop Dogg évidemment beaucoup plus trash. 

Il y a donc déjà une concurrence redoutable qui s'installe entre metavers, certains bien entendu plus permissifs que d'autres. Ce qui existe dans la réalité : on n'a pas toujours picolé aussi pépouze au Mississippi qu'à Las Vegas, par exemple, et on peut donc très bien concevoir que des règlements différents dans les différents metavers existent comme existent des lois différentes dans les Etats. Encore que l'on peut se demander quel serait alors l'équivalent de la Cour Suprême ou d'un tribunal fédéral en cas de litige ? On peut surtout se demander pourquoi est-il aussi possible de peloter des avatars dans un metavers qui trouve le geste affreux alors que dès les premiers jeux vidéo mis sur le marché, il existait déjà des limites impossibles à franchir, comme de tuer ses alliés, par exemple ? Une amie m'a d'ailleurs soufflé ce qui serait pour elle une bien meilleure solution au problème que des poursuites légales ou un banissement à vie du metavers : faire en sorte que la victime puisse se transformer en monstre sur-puissant et démolir à ce point l'avatar du harceleur qu'il lui faudrait beaucoup de metadollars pour retrouver une apparence normale. Voilà qui est à la fois très moral et aussi très commercial et 100% capitaliste. Allô, Meta ?

Le fin mot de l'histoire : 

C'est finalement une toute autre solution retenue par Meta afin d'éviter le harcèlement dans son Metavers. 


Youpie! 


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mardi 5 octobre 2021

LE JOURNAL DU QUINCADO (11) : LESBIEN RAISONNABLE ?

Octobre 2021 – Le Génie Lesbien d'Alice Coffin, lesbien raisonnable ? Quel drôle de bouquin, en effet. En le ramenant de la bibliothèque, je m'attendais à ce qu'il me fasse simplement bidonner, qu'il mitraille de la nawakerie néo-féministe pour le plus grand bonheur de mes zygomatiques. J'ai donc été très surpris d'être plutôt d'accord avec ce qu'il aligne sur environ 190 de ses 230 pages. Pas tout à fait d'accord. Mais, et alors ? Quoi de plus normal, de plus sain même, que de ne pas être d'accord sur tout ? Du moins, tant que l'on débat bien d'une réalité reconnue comme telle, vécue comme telle.


Il est ainsi beaucoup question de journalisme dans ce livre. Coffin explique longuement ce qui dysfonctionne selon elle dans le journalisme français. Il y a des points pertinents, des pistes intéressantes et puis, des choses plus suspectes. Je ne suis ainsi pas du tout certain que lorsque la rédaction finale du site 20 Minutes zappe dans un article sur l'émission télévisée Fort Boyard un paragraphe sur l'homosexualité d'Olivier Minne, cela relève de l'invisibilisation des homosexuels et pas plus simplement du « hors sujet ». Reste qu'au bout du compte, nous sommes d'accord sur l'essentiel : le journalisme, surtout français, pédale grave dans la semoule. Un mauvais exemple pour illustrer l'évidence ou des idées différentes au moment d'envisager des solutions n'y change rien. C'est une réalité commune. Nous pouvons dès lors en discuter.


Comme nous pouvons discuter l'idée que la culture strictement lesbienne semble toujours déranger autant de monde et que l'outing de personnalités homosexuelles peut s'avérer d'utilité sociale. Comme nous pouvons être d'accord sur le fait que les soirées au Pulp, c'était vraiment super, et que la neutralité journalistique est un concept complètement biaisé depuis toujours. Là aussi, à la base, des réalités indéniables. Réalités qui se transforment malheureusement en cabrioles au dernier chapitre, le plus virulent. « La Guerre des Hommes », vraiment ? « Les Hommes mènent une guerre permanente contre les femmes et tentent de le dissimuler » ? Bertrand Cantat, « un héros célébré de la guerre des hommes » ? La Ligue du LOL et Roman Polanski, même logique patriarcale ? #NotAllMen = « une sommation de ne pas généraliser qui verrouille les paroles publiques » ? Asia Argento, un exemple inspirant ?


WHAT THE FUCKING FLYING FUCKING FUCK, Alice Coffin ?


Parce que là, ce n'est plus une réalité partagée et ce n'est plus juste une opinion. C'est présenter comme seul valide un autre monde que celui dans lequel je vis. Un cartoon paranoïaque, un remake de Matrix avec des hétéros blancs de 50 balais dans le rôle des pieuvres mécaniques. C'est un type de délire à la Zemmour, aussi. Chez le gargamelesque nabot, 1 milliard de Musulmans, c'est 1 milliard de voleurs de mobylettes et de fraudeurs sociaux. Chez Alice Coffin, 4 milliards d'hommes sur Terre, c'est au pire une majorité de cogneurs et de violeurs et au mieux, une conspiration planétaire qui se serre les coudes pour qu'aucune femme ne dépasse jamais un salaire de 1500 balles. Tous salauds, sauf Papa (je ne déconne pas, elle le précise vraiment!) ! Alors, #NotAllMuslims, c'est évident, mais #NotAllMen, ce serait juste la propagande du Patriarcat? 4 milliards d'hommes, une obsession unique : baiser, cogner, humilier? Et là, moi, je dis non. Comme je dis non à la Terre Plate, aux chemtrails, à Trump, à Thierry Casanovas et à toute personne qui m'a l'air d'avoir un peu trop basculé dans la Twilight Zone. Pas la peine de discuter si la réalité est niée ou réinterprétée. Pas la peine de chercher à m'éduquer, à me faire gober une pilule rouge, à me déconstruire. Autrement dit, chercher à m'imposer la validité d'une réalité à laquelle je ne crois pas du tout et qui conditionnerait pourtant toute discussion ultérieure. Encore autrement dit, la parole de Dieu, le Suicide Français, ce que nous cache la NASA ou le Génie Lesbien, pour moi, c'est kif-kif . C'est entrer dans "une zone où l’imagination vagabonde entre la science et la superstition, le réel et le fantastique, la crudité des faits et la matérialisation des fantasmes." 


Ti di didi ti di didi ti didi didi didi... 




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samedi 25 septembre 2021

LE JOURNAL DU QUINCADO (10) : LEGALIZE IT !

 


Septembre 2021 - Apprenant hier soir que Bac Nord était disponible sur Netflix-Belgique, j'ai lancé le film quelques heures plus tard, des fois que ça me donnerait du grain à moudre pour une chronique pro. J'étais aussi curieux de voir à quoi pouvait bien ressembler un film « politiquement irresponsable », que Le Pen et Zemmour ont l'air de considérer documentaire. Je n'en savais pas grand-chose de plus, n'ayant suivi de la polémique que les gros titres, sans ne jamais lire les articles en-dessous.


J'ai trouvé le film plutôt con mais pas mal, même assez bien foutu pour une production française. Tendu, direct, assez bien branlé. La scène centrale, quand les flics viennent chercher la schnouffe dans la cité, est plutôt cool, même si elle reste aux scènes similaires notamment vues dans The Raid, Tropa De Elite et True Detective ce que IAM est à Public Enemy. Il y a des passages marrants, aussi. Des dialogues pas trop mauvais. C'est assez mal joué mais ça va. Un film de dimanche soir, quoi. A voir (ou pas! Ce n'est pas immanquable du tout!) les neurones dans les pantoufles.


Comme déjà dit souvent, j'aime bien les flics abusifs au cinéma. Tout comme les films de fin du monde, alors que je préférerais de loin mourir dans mon vomi à 85 ans après l'osso buco de trop plutôt que de traquer des rats mutants pour les grignoter après l'apocalypse nucléaire. Pour les distraits : oui, on peut donc apprécier de voir à l'écran des choses que l'on estime inacceptables dans la réalité! C'est le pouvoir du divertissement et de la fiction.


Autrement dit, je n'en ai rien à foutre du racisme supposé ou de la violence gratuite de Bac Nord. Déjà, c'est un putain de polar et un putain de polar a généralement pour putain de vocation de grossir le putain de trait. Dans un putain de polar, même une putain de concierge qui sort ses putains de poubelles avant l'heure symbolise la décadence sociale et le laxisme étatique. Dans un putain de polar, j'estime donc que l'on peut très bien se servir du racisme sans que l'on soit raciste, ne fut-ce que parce que le concept même du racisme dope considérablement la tension nécessaire à l'ambiance de merde d'un putain de polar.


Devant Bac Nord, je vois donc uniquement de la fiction. Du cinéma. Des ficelles, grosses et grasses. Je pense dès lors que si Bac Nord fait à ce point polémique et que des journalistes plus militants que cinéphiles s'acharnent dessus, c'est parce que c'est un film qui ne semble pas comprendre ou vouloir comprendre quel est son problème et donc en discuter ouvertement. Or, je pense que celui-ci est simple. Pour fabriquer du cinéma plaisant et populaire, une équipe de cinéma a tricoté une fiction assez clichetonne en s'inspirant, mal, d'une réalité non seulement explosive mais pas assez transformée. La grosse maladresse de Bac Nord, c'est dès lors de sembler donner un point de vue tranché sur une affaire bien réelle et non pas juste s'en inspirer vaguement pour raconter autre chose. Ce qui me semble pourtant être le cas. 


Devant Bac Nord, je n'ai en effet jamais  pensé à la réalité sociale marseillaise ou au scandale véritable de la Bac Nord, il y a 10 ans. Ca m'a plutôt évoqué beaucoup d'autres films. Ca m'a donc surtout semblé être un film de cinéaste français plutôt moyen mais qui essaye de tourner à l'américaine, à la brésilienne, à la coréenne. Un film de gusse qui se fait plèze en moulinant un polar français qui ne ressemble pas à un épisode un peu gonflé de Navarro et ne donne pas le rôle du commissaire à Gérard Depardieu. Un truc qui cherche à se distinguer et, vu sa présence sur Netflix, aussi à se choper le public mondial,  tout comme la série Lupin.


My 2 cents, c'est que je pense donc que c'est un film de gens de cinéma qui n'ont pas compris que dans le monde actuel, il pouvait s'avérer explosif de filmer une banlieue comme d'autres ont filmé The Purge ou City of God, et de s'inspirer d'un scandale qui rend complètement toupie l'extrême-droite depuis 10 ans. Il aurait suffi de changer quelques détails, de transposer l'histoire 10 ans dans le futur et sans doute que ça passait crème... Alors, oui, peut-être que je me trompe et qu'il y a vraiment une volonté de foutre sur la place publique de la merde de nature à électriser Zemmour. Je n'en sais rien mais je ne le crois pas. Disons dès lors que j'opte pour la maladresse et le jemenfoutisme politiques, et que l'on ajustera plus tard si cela devait s'avérer un poil trop naïf de ma part. 


Ce qui ne change pas grand-chose au fait que Bac Nord n'est jamais que l'histoire de trois flics aussi volontaires que naïfs qui se font royalement entuber dans une situation qui les dépasse complètement. Dans ce film-ci, ça se passe à Marseille dans le cadre de la répression de la criminalité dans les cités mais des films racontant une histoire assez semblable, on en connaît qui se passent aux Etats-Unis et au Mexique dans le cadre de la guerre contre la cocaïne, au Moyen-Orient dans le cadre de la guerre contre le terrorisme et il doit même en exister qui se passent au Luxembourg dans le cadre de la guerre contre le blanchiment d'argent. Alors, sérieux, ce demi nanar : est-ce vraiment un pamphlet qui inviterait le monde politique à prendre ses responsabilités et à nettoyer les cités au karcher ? Ou juste un gros défouloir de série B, une énième version de la vieille fable des mecs qui se crament à force de vouloir bien faire, après avoir basculé peut-être pas totalement du côté de la Dark Side, mais très certainement dans l'illégalité ?


Tout ça pour un combat pas si héroïque et moral que ça. 


Et dont on connaît toutes et tous la seule bonne solution politique pour y mettre fin :


LEGALIZE IT!


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mardi 21 septembre 2021

MEDOR, LE CDJ & MOI  (communiqué officiel)

 

Il y a 2 ans, j'ai porté plainte au Conseil de Déontologie contre le magazine Médor et son journaliste Olivier Bailly, suite à un article en mode « Ligue du LOL made in Belgium » que j'estime toujours vraiment très problématique sur bien des points et qui aurait pu me faire éjecter de toutes les rédactions pour lesquelles je bosse.


Cette semaine, le CDJ a rendu son verdict : pour eux, cette plainte est non fondée.


Sans pour autant juger du fond, -si les accusations reprises dans l'article à mon égard sont pertinentes ou non, ce qui n'est pas de son ressort-, le CDJ estime donc que le travail d'Olivier Bailly ne présente pas de souci déontologique.


Ce n'est évidemment pas mon avis.


Du tout.


Pas plus que ce n'est l'avis de nombreuses personnes travaillant dans le journalisme et les médias qui ont eu accès à une vue plus globale de ce dossier. Cocasse : même un ennemi notoire actif à Reyers, dont je me suis foutu de la balle durant des années - exactement ce que me reproche Médor, donc - m'a avoué considérer cet article d'Olivier Bailly comme « de la merde ».


Ce sont ses mots. 


L'avis du CDJ serait-il donc biaisé ? Possible.


En tous cas, trois personnes au moins, dont surtout Martine Simonis et David Lallemand, auraient pu avoir la décence de se récuser du Conseil au moment de juger un dossier qui implique certaines de leurs grandes amies notoires.


Reste que cela ne change rien pour moi. Vraiment rien.


Dans ces personnes qui ont jugé cet article tout aussi problématique que moi, on en retrouve en effet qui me payent pour écrire. Cette année, cela fait d'ailleurs tout rond 25 ans que l'on me paye pour écrire. Je vais avoir 52 ans, je suis freelance, il me reste donc à priori au minimum 15 autres années à tirer dans ce qui est devenu un métier, dont le persiflage peut faire partie. Faudra s'y faire... 


Sinon, il se fait aussi que la plainte à la police évoquée dans le papier de Médor a visiblement été classée. Cocasse, là aussi : l'Inspecteur qui m'avait convoqué pour une audition ne m'a pas présenté les griefs retenus tels que Médor les décrit dans son article.


Bref, dans ma vie professionnelle et judiciaire, cette affaire n'en a jamais vraiment été une.


En 2019, elle fut définitivement réglée en quelques réunions, en quelques discussions téléphoniques et en 7 minutes chrono à la police.


Je ne fanfaronne pas.


Je n'avance pas du tout que j'en suis sorti victorieux et sans égratinure.


Mais il y a 2 ans, après m'être retrouvé bien seul face à un tsunami de merde qui aurait pu m'enterrer vivant, j'ai finalement été écouté, compris et soutenu plutôt que lâché. Merci encore aux personnes concernées, qui se reconnaîtront. Merci de m'avoir permis de retrouver pied et de prendre du recul plutôt que d'être lâché dans la nature en mode revanchard, bestial et furieux.


Aujourd'hui, le vent a un peu tourné. Chez certaines personnes impliquées, des méthodes pas du tout jouasses et un fond de commerce victimaire sont devenus flagrants. De nouvelles inimités se font faites. Aujourd'hui, tout le monde a bien compris que l'entre-soi médiatique, les chevaliers blancs, la croisade intersectionnelle, les fans de #SalePute et moi n'avons rien en commun, pas même une perception identique de ce qu'est la réalité environnante.


Aujourd'hui, je ne ressens donc pas le besoin de rétablir une vérité, ni de défendre ma réputation, parce que je n'ai qu'un mépris gigantesque pour celles et ceux qui s'évertuent à continuer de sous-entendre que je suis coupable de harcèlement moral sur des femmes journalistes et que le fait que j'ai obtenu ce soutien dont je parle est la preuve qu'existent des boys clubs dans les rédactions citées.


Aujourd'hui, je pense qu'il est clair pour toute personne dotée d'un minimum de jugeotte, y compris de vieux ennemis donc, qu'avec un peu plus de recul et de fact-checking, on peut simplement considérer le fond de ce dossier comme un tissu de gamineries qui ne méritait certainement pas un article dans la presse. Encore moins d'être inclus dans un dossier présentant des comportements potentiellement criminels.


En 2019, j'ai convaincu celles et ceux à qui je devais légitimement des explications.


En 2021, je me fous complètement de convaincre qui que soit d'autre.


Ce n'est pas tous les jours faciles de vivre avec une réputation exécrable.


Mais dans la réalité où je vis, c'est moins un boulet qu'un très bon filtre à cons.


Never forget, never forgive.


But life goes on...



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mercredi 1 septembre 2021

LE JOURNAL DU QUINCADO (9) : SANS PANTALON!

 

Septembre 2021 - Beaucoup de ce qui fait aujourd'hui le plus sérieusement du monde débat sur les réseaux sociaux, comme les réunions en non-mixité choisie, les questions de genre et la folle fixette sur tout ce qui serait systémique et oppressif dans notre société, a jadis fait l'objet de sketchs. Monty Python's, Snuls, Nuls, Inconnus, Saturday Night Live, Guignols de l'Info, 0SS 117... Je n'évoque pas ici le souvenir de comiques obscurs ou seulement appréciés des réacs, genre Marsault ou même Bill Burr quand il en rajoute des caisses dans la provoc, mais bien de grands classiques de l'humour et des punchlines restées célèbres (« c'est mon identitéééé ! »). Une rigolade qui se (re)trouve très très facilement sur You Tube, fort bien documentée et encore dans beaucoup de mémoires. Des trucs pas si anciens, certains même vus et revus. Alors, vous, je ne sais pas, mais moi, au moment de prendre la parole dans un cadre politique ou sur un podcast « engagé », d'écrire un article destiné « à faire bouger les lignes » ou même de simplement lâcher mon petit avis sur Twitter, il me gênerait quand même beaucoup que ce que je déblatère puisse être assimilé, quasi au mot près, à une déconne de John Cleese ou de Stéfan Liberski d'il y a 20 ou 40 ans. J'en serais carrément honteux. Plus honteux encore que d'avoir oublié de mettre un pantalon au moment de prendre le tram, comme cela arrive dans certains rêves tourmentés.


C'est d'ailleurs exactement pourquoi un certain discours autoproclamé progressiste ainsi que beaucoup de points soulevés par le féminisme post-moderne me gênent. Ce n'est pas que j'y sois totalement hostile, encore moins que je me sente menacé dans mon intégrité de quinqua cis quand des trentenaires prétendues queer estiment devoir m'éduquer à l'inclusivité. Leur trip crypto-sectaire ne tient pour moi pas d'une révolte, encore moins d'une révolution. C'est juste une mode identitaire un peu nigaude. Ca leur passera. Il en sortira même sans doute un peu de bon, dès que les déchets seront ramassés et quelques esprits un peu plus mâtures. Peut-être même qu'un jour, leurs déconstructions pour le moment rarement bien construites deviendront aussi pertinentes et marquantes que celles de ces génies rigolards de jadis ? Parce que bon, c'était drôlement comique, Life of Brian, mais ça promeut surtout une attitude qui reste 40 ans plus tard très salutaire face aux envolées idéologiques, aux dogmes, aux croyances, etc... Or là, on n'y est pas du tout et c'est bien ce qui est gênant : voir une nana à lunettes de première de classe de 1984, cheveux bleus et tatouages de moineaux, tenir un discours enflammé qui se prétend descendre de Simone de Beauvoir ou de James Baldwin alors qu'il décalque sans le savoir trois minutes carnassières et caricaturales des Monty Python's peut être très comique la première fois, mais ça n'en donne pas moins à la longue surtout l'impression de voir continuellement quelqu'un sortir en rue sans pantalon.


Cette vision m'est venue après m'être gondolé comme une andouille des heures et des heures suite à un thread sur Twitter où une jeune journaliste intersectionnelle, en plein trip « éducatif », compare très sérieusement les réunions féministes en non-mixité choisie aux Blanc-Moussis, une confrérie folklorique toujours interdite aux femmes. Ca m'a évidemment d'abord fait fort marrer parce que ça rappelle justement ce fameux sketch des Snuls (1990, je pense) où les enfants de Gilles de Binche ne veulent plus enlever leurs chapeaux à plumes en classe. Ensuite, vu que je continue de croire à l'évolution naturelle des mentalités, je me suis posé une question que je pense assez évidente : combien de temps encore avant que l'on n'ouvre justement ces confréries toujours essentiellement masculines aux femmes, à fortiori quand il s'agit de folklore masqué et déguisé où s'effacent l'identité et le genre (même si c'est plutôt phallique, un Blanc-Moussi...) ? Quel Grand Motoul doit prendre sa retraite ou commencer à grignoter les pissenlits par la racine pour que sa succession ne décide que la non-mixité, c'est quand même pas mal ringard, au XXIème siècle ? Autrement dit, est-ce que les réunions féministes en non-mixité choisie n'iraient pas tout simplement à contre-sens de l'évolution naturelle des choses ? 


Sans pantalon, évidemment...



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dimanche 30 mai 2021

SMART & SMARTER (3)


La SMART est ce que l'on appelle un bureau social pour artistes. C'est le plus connu de Belgique. Le plus gros, surtout. Sur Twitter, la SMART se vante de 25 000 sociétaires et 200 000 contrats par an. C'est énorme, tellement énorme que cela invisibilise pour ainsi dire totalement les autres services du genre disponibles sur le marché. Qui ne sont pas nombreux, cela dit : en cherchant un peu, on tombe principalement sur l'asbl Merveille à Chièvres, que l'on pense parfois disparue mais existe toujours, ainsi qu'Amplo, plutôt flamand, mais qui a des agences à Bruxelles, Liège et Charleroi. Une autre structure flamande est souvent citée : Tentoo, basée à Anvers. Les infos sur le net à son sujet sont minimales et il semblerait d'ailleurs que Tentoo fasse désormais partie de la chaîne d'agences de travail intérimaire ASAP (quelques bureaux à Bruxelles et en Wallonie). Quoi qu'il en soit, durant les dix années à prester via la SMART, j'ignorais cela. Je n'avais même jamais entendu parler d'Amplo. J'ai donc toujours considéré la SMART comme proche d'un monopole de fait. Ce qui instaure selon moi une dépendance assez malsaine. En effet, dans une telle configuration, quand je trouve inacceptable une pratique de la SMART, je fais quoi ? Et bien soit je gueule, ce qui avance à rarement à grand-chose ; soit, je la ferme, estimant que mieux vaut gagner un peu moins de sous que pas de sous du tout. Ou alors, je m'embarque dans un combat social donquichottesque mais il faut un penchant naturel pour ça. Que je n'ai pas. Bref, il y a quelque-chose de frustrant mais surtout de faustien quand on signe avec la SMART.


Je ne pense pas exagérer en écrivant cela. Aux premiers abords, la SMART séduit mais quand on fait analyser son fonctionnement par des syndicalistes, des représentants de l'ONSS, de la TVA et du fisc, ainsi que par des journalistes spécialisés, les critiques acerbes ne tardent pas à fuser. Cette année, un long papier du journaliste Eric Walravens, depuis en lice pour le Prix Belfius, a ainsi fort bien démontré toutes les ambiguïtés d'une structure qui surfe depuis toujours sur les bricolages juridiques et les tentatives de changer les législations par le fait accompli. Comme expliqué dans l'article : « en 2021, Smart joue un rôle actif : en salariant beaucoup de véritables artistes, mais aussi des architectes, des poseurs d’ongles ou encore un promeneur de chiens. On découvre même un héritage transformé en statut d’artiste. Après quelques années, ces abus sont de notoriété publique. Retour de bâton : la législation est durcie pour limiter le bénéfice du statut aux véritables artistes. Certains d’entre eux ne pardonnent toujours pas à Smart d’avoir contribué indirectement à leur serrer la vis. La volonté de Smart d’optimiser au mieux ses revenus et ceux de ses membres, parfois à la limite de la légalité, la place régulièrement dans le collimateur des autorités. En 2016, un contrôle de l’Inspection spéciale des impôts, qui reproche à Smart de faire glisser ses bénéfices astucieusement entre ses entités, aboutit à un sérieux redressement, que Smart parvient à négocier à la baisse. Les contrôles TVA récurrents se sont aussi soldés par d’importantes amendes (…) En 2017, le fisc a disqualifié complètement le système de mise à disposition de matériel, grâce auquel Smart permettait à ses membres de soustraire certains revenus à l’impôt et aux cotisations sociales. »


« Avec cet article, je n'ai pas voulu flinguer Smart, s'est expliqué Walravens sur Facebook, mais plutôt donner des outils de compréhension aux lecteurs, et en particulier aux membres de cette "entreprise partagée" que Smart entend être. Afin qu'ils puissent mieux participer à la gestion, puisqu'on leur dit qu'elle est la leur. » Ca, c'est depuis que la SMART est devenue une coopérative, il y a 4 ans. Le langage s'est depuis 2017 bien trempé dans ce lyrisme sauce start-up nation, « raëllien » même, ai-je coutume de plaisanter. Je n'ai toutefois pas suivi cette refonte avec beaucoup d'attention parce que je m'en carre complètement, en vrai. Moi, quand je suis dans une situation de merde et qu'on me présente une solution même branlante, je ne chipote pas, je ne fais pas la fine bouche. Je ne lis pas ce qui est écrit en tout petit sur la paperasse. Je veux écrire et me faire publier, il existe des agences pour rendre cette activité légale et fiscalement acceptable, okay, ça me suffit. Le charabia de kibboutz m'indiffère d'autant plus que vu ce que la SMART pompe comme pourcentage sur un contrat, ça en fait pour moi un service payant. A MON service, sans rapport hiérarchique, donc. Dès lors, si je vous présente un problème, vous y trouvez une solution mais si je vous présente un problème simple et que vous m'embrouillez pourtant le citron de façon complètement fantasque, ça ne va forcément pas le faire.


D'où cette année deux engueulades en un mois à peine avec du personnel de la SMART. La première pour une erreur manifeste et finalement, au bout d'un quart d'heure de cirque, pleinement reconnue. La seconde suite à une nouvelle obligation très discutable et dont je n'ai toujours pas d'explication satisfaisante. Or, comme au kibboutz raëllien, évoquer l'incompétence en s'énervant, c'est insulter, je me suis donc vu EXCLURE de la coopérative, ce que je ne savais même pas possible, au motif que « toute collaboration avec nos équipes est désormais devenue impossible ». Ce que je ne conteste pas, vu que c'est manifeste : peu importe le ton, une question légitime "non répondue" reste une erreur de la part d'un tel opérateur. Je n'en démordrai pas, même sous la torture et condamné au bannissement à vie, non mais allô quoi. Dans toutes mes questions sans réponse, il y en a d'ailleurs une à 90, 120 ou 150 euros. Je ne sais pas et c'est justement un problème que je ne sache pas, vu que c'est la somme totale de ma participation sociale (obligatoire) à la coopérative. Je n'ai plus accès à mon compte, ni à mes dossiers, et je ne connais donc pas le montant exact. Or, il me semble qu'un sociétaire exclu d'une coopérative est censé récupérer ses parts sociales. Réponse : pas avant juin 2022, quand l'exercice fiscal 2021 sera terminé et qu'un CA aura analysé les pertes et les gains. Fuck you very much mais ça nous fait combien ? Aucune idée, donc. J'attends toujours la carte postale... Pas lourd,  de toutes façons, quelque part entre 90 et 150 euros. Pas de quoi secouer un avocat, donc. Reste que cette magistrale détente du gland illustre pour moi pleinement le souci d'une SMART totalement en roue libre. C'est une connerie anecdotique bien sûr, mais les conneries anecdotiques accumulées à ce que dénoncent Eric Walravens et les syndicalistes dans leurs articles, ainsi qu'à plein de trucs qui me reviennent aux oreilles ou par écrit, font qu'il est indéniable qu'il y a quelque-chose de bien pourri au Royaume du Danemark smartois.


Une bonne grosse ambiance de merde qui fait qu'au premier échelon, celui de l'utilisation basique du service, il existe en fait une menace constante de couacs administratifs vu non seulement l'incompétence de pas mal de conseillers et conseillères mais aussi des aventures juridiques et éthiques menées à un échelon plus élevé et moins public, mis en lumière par des journalistes comme Walravens. Si l'ONSS resserre la vis suite à une connerie, par exemple, c'est toute la structure qui éternue. Le risque d'un conflit est aussi constant, certes souvent de basse intensité, avec les gestionnaires de dossiers. Un musicien m'a ainsi écrit que pour la SMART, « c'était absolument inconcevable que lorsque l'on gagnait des sous sur un concert, on se paie avec une partie mais qu'on en garde une autre de côté pour payer les studios à venir. » Il a du batailler pour faire admettre ça, ce qui selon lui « pour une société qui s'occupe à la base majoritairement d'artistes » est tout de même assez problématique, « pas en phase avec la réalité ». J'ai reçu d'autres témoignages du genre estomaquant, notamment ceux de personnes ayant acheté avec leurs fonds propres du matériel facturé par la SMART et qui, depuis qu'elles ont quitté la coopérative de leur plein gré pour devenir pleinement indépendantes, se sont en fait vu obligées de racheter ce même matériel, puisque la SMART en est restée légalement propriétaire (Correct Me If I'm Wrong !). Bref, we got a stinker!  


C'est tout pour le moment. A priori, ça se termine ici pour moi, sauf si je devais traverser de nouvelles tribulations administratives mirobolantes ou obtenir des témoignages encore plus chaud-boulette au standard (pour me joindre : mon prénom. Un point. Mon nom. Arobase. Gmail.com. Le tout en minuscules.) Je remercie sinon la SCAM, l'asbl Iles et les personnes m'ayant contacté pour leur aimables réponses à mes questions. 


We shall overcome. 


Someday.


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