C'est que je pense que j'ai vu assez de films de zombies et de fins du monde pour savoir quel dosage de violence pure, de fun décomplexé, de « shock value » et de sous-texte politique il faut touiller pour réussir une bonne histoire du genre.
Nous partons donc du principe que le Royaume-Uni est en quarantaine depuis 28 ans suite à une épidémie virale qui a transformé les gens en tueurs fous borderline cannibales. Plus rien n'y fonctionne et les survivants sont abandonnés à leur sort. Sort qui, en gros, est celui d'un joueur de Battle Royale.
Là, déjà, moi, j'imagine très bien des producteurs de télévisions européennes utiliser cette réalité sordide comme une grosse machine à gros audimat. On armerait et nourrirait les survivants mais jamais assez pour qu'ils s'en sortent réellement (wink wink, l'Ukraine) et les Britanniques ayant été évacués lors du premier film (dont Cillian Murphy) commenceraient à trouver ça un poil disgusting.
Au point de vouloir retourner au pays aider les survivants. Ou même -soyons fous, soyons altruistes-, les vacciner. Le souci étant que le seul moyen de rejoindre Folkestone est le tunnel sous la Manche, infesté de mitrailleuses automatiques, ou alors, il faut traverser Le Channel en bateau gonflable, malgré le mur de drones kamikazes dans le ciel (wink wink, la politique anti-migrants).
On peut aussi penser à des commandos russes cherchant à voler tout ce qu'il y a moyen de voler dans les bases du programme nucléaire britannique Trident, ce qui nous ferait un film avec la nature écossaise, des Spetsnaz, des quasi-zombies, des Delta Force et Cillian Murphy au milieu à moitié à poil avec sa machette, le tout recouvert d'une grosse menace nucléaire.
Tant qu'à évoquer le maraudage éhonté, vous n'allez pas non plus me faire croire que n'importe quel riche antiquaire un tant soi peu consciencieux accepterait l'idée que le mobilier Tudor pourrisse tranquillement dans les domaines royaux abandonnés. Ni que le contenu de la Tate Gallery ne serait pas évacué AVANT la population.
On peut aussi penser que dans un tel monde, un équivalent d'Elon Musk donnerait accès à Starlink aux survivants juste pour mieux les inonder de propagande anti-européenne (« ils vous ont lâché, blablabla ») (wink wink, Reform UK!)
Bref, il y a moyen de trouver autre chose à raconter, tout en respectant tous les codes du cinéma de genre et la logique même de cette franchise, que ce Bone Temple aussi vide que vain.
Faudrait juste se prendre un peu plus la tête, même pas beaucoup.
Parce que là, c'est juste digne d'un scénario de comic, d'épisode de remplissage de longue série télé, de produit dérivé, de « contenu ». Ca n'apporte rien, ça ne fait rien avancer. C'est de la fainéantise pure de la part du scénariste Alex Garland, puisqu'il s'est, en gros, juste contenté d'imaginer qu'un type à moitié cinglé - au bout de quasi 30 ans donc- , découvre par hasard que l'infection se guérit grâce à un mélange de morphine et de neuroleptiques (je rappelle quand même qu'il n'a fallu que 11 mois pour balancer à grande échelle le vaccin contre le Covid) ; ce qui lui permet d'ensuite danser sur le back-catalogue de Duran Duran avec un quasi-zomblard à très grosse quéquette (hashtag « bromance crypto-gay»).
(Goof, en passant : Ralph Fiennes ne semble avoir de Duran Duran que l'album Rio dans son bunker. Or, Girls on Film et Ordinary World, qui sont clairement présentés comme des morceaux qu'il écoute en boucle, ne sont pas sur ce disque !)
A part ça, comme Garland nous en avait déjà fait part lors du premier film, en 2002, il pense aussi que les humains peuvent se montrer plus dégueulasses que les quasi-zomblards.
Dans 28 Days Later, il utilisait des militaires on va dire mentalement déroutés pour nous illustrer cette profonde pensée. Dans 28 Years Later : The Bone Temple, il nous le répète en nous montrant des adolescents ultra-violents (wink wink Orange Mécanique) parce qu'élevés à la mauvaise télévision du début des années 2000. Ils sont fans des Télétubbies et de Jimmy Saville (référence qui passera au-dessus du citron de 95% du public) mais aussi satanistes.
Durant des années, ils ont été la terreur du terroir mais il ne suffit que de quelques jours pour que la plupart d'entre eux meurent par... maladresse et/ou inattention. Affaire classée. En 01h47 de notre temps. De notre vie. C'est à peu près tout.
Bref, 6 ans après une pandémie mondiale, en plein bouleversement des valeurs et des alliances en place depuis 80 ans, en pleine panique/parano qu'une guerre mondiale puisse éclater d'un jour à l'autre, je pense donc qu'il faut vraiment se foutre de la gueule du monde pour venir juste taper sur la table un scénario qui semble surtout inspiré de ces vieux clips de Justice et Aphex Twin où des bandes de jeunes sauvageons terrorisent la population.
28 Years Later : The Bone Temple, petit film zemmourien à l'insu de son plein gré?
Howzat?
