dimanche 27 mai 2012

COLLATERAL # 1



1. SUPPORT YOUR LOCAL SCENE

C'est en juillet 1997 que je me suis rendu compte que rock critic, c'était vraiment un métier de plouc, rock critic en Belgique francophone du moins, encore que la plupart des nerds drogués américains qui ont transformé le journalisme musical en entreprise de sous-traitance pour le marketing de la RIIA ne vaut pas beaucoup mieux. Je m'en souviens très bien, c'était au Festival de Dour. Cela faisait une nuit et deux jours que l'on y buvait sec, principalement de la vodka chaude et de la bière tiède, sans doute un peu rallongée au MDMA, ce que je n'ai jamais cherché à savoir, vu que ça m'allait. On était raides comme des pylônes à haute tension, attendant que ne débarque sur scène je ne sais plus quel groupe à la con, ne l'attendant même plus en fait, avec toute la purée de pois que l'on se trimballait entre les oreilles. Et se plante alors devant nous ce mec, on appellerait ça un troll aujourd'hui, et il nous balance sur un débit de speedfreak, avec la grimace de celui qui veut faire s'écrouler les psychés, que les magazines musicaux, c'est rien que de la merde. Que les journalistes sont tous des bites, qu'ils n'écrivent que des grosses conneries, souvent fausses et pas sincères pour un sou. Qu'ils ignorent tout des bons groupes, trop calés sur l'agenda promotionnel des firmes de disques et résignés à en vanter les daubes incubées. Que le temps que les articles se publient, de toutes façons, les « vrais » branchés ont déjà tous usé tous les « vrais » disques depuis 2 mois. Clair, ce troll cherchait le clash et du groupe que l'on formait, il y en a qui réagirent en soupirant, en levant les yeux au ciel, en se dispersant. Un autre gars, le genre à pondre des articles plus longs que des péniches, est parti dans une justification très foireuse, y allant avec le besoin vital de défendre la culture alternative, l'idée de croisade contre le mainstream, ce genre de couillonnade typique de ces années là. Moi, j'ai éclaté de rire. Balancé au mecton qu'il se trimballait une bonne tête de con, qu'il devrait se soigner sa petite peau, se trouver des t-shirts moins beaufs mais que sur le fond, il avait entièrement raison. C'est vrai que l'on faisait le métier le plus inutile au monde. Qu'il n'existait que parce que l'industrie le voulait bien. Que la meilleure image pour caricaturer un journaliste musical, ça restait le pique-boeuf, cet oiseau qui picore le dos des hippopotames. Que si, pour une raison ou une autre, les labels coupaient la pub et l'accès à l'info, nous coulions, et, si l'industrie trouvait un jour le moyen de promovoir ses produits sans passer par les relais médiatiques, il n'existerait plus aucune raison pour que ne subsiste une presse musicale. Le troll avait trouvé ça génial, s'était mis à me payer des coups mais au fond, c'était vraiment un garçon pénible, vraisemblablement en pleine montée d'ecsta et ce n'était pas la première du week-end. J'ai fini par l'envoyer chier, prétendre que je devais interviewer Henri Rollins et que je ne me priverais pas de lui dire que ses fans avaient vraiment des tronches de pénis fraîchement sortis de mains caleuses. Je crois qu'il s'est alors mis dans l'idée de me péter la gueule mais j'ai réussi à le semer et à ne plus le croiser le reste du temps que j'ai erré là. De toutes façons, j'étais accrédité et avec mon bracelet d'empereur romain, j'aurais pu le faire sortir du festival par la sécurité d'un claquement de doigt, ce connard. (à suivre...)

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