lundi 12 mai 2014

DUMB & DUMBER

C'était il y a quelques mois, me semble-t-il. Ricky Gervais avait publié un tweet annonçant que si personne ne le retweetait, il donnerait 100 £ à un organisme de charité. Il avait été retweeté en masse, ce qui a poussé Gervais à continuer l'expérience. L'Anglais publia donc un second tweet annonçant qu'il donnerait 1000 £ à un organisme de charité à la condition expresse que personne ne retweete l'annonce. Là aussi, les gens ont partagé ce second message en masse. Il en a alors pondu un troisième, promettant 10 000 £ en cas de 0 retweets et là encore, tout un tas d'abrutis a republié le message. Après Gervais a lâché une vanne dont je n'ai pas le souvenir. Je ne suis en tous les cas pas du tout certain qu'elle ait été vraiment comprise par tous ses followers.

Je viens de faire une expérience relativement semblable en publiant chez Doors Magazine un petit article écrit avec ma copine, qui est coéliaque, sur la vie sans gluten. On y dit, clairement je pense, que malgré les clichés populaires voulant que les intolérances alimentaires soient de nouvelles maladies imaginaires, le No Glu n'est ni une mode, ni du chichi de pétasse. Cocasse : le papier s'est toutefois fait chichiter dans les commentaires du site, principalement par des meufs qui n'ont pas l'air d'avoir vraiment compris ce qui est écrit, ce qui ne les empêche pas de prétendre que l'on soutient exactement le contraire de ce qui est publié. Ou comment faire un mini-buzz avec trois paragraphes relevant à priori de la routine scribouillarde en excitant des gens qui lisent en diagonale en butant sur les mots clés. C'est amusant mais aussi parfaitement consternant. Et je n'ai aucune pitié pour ça, je dois bien l'avouer. 



No Glu Today

Le No Glu a la cote. Les recettes, produits et établissements qui proposent ou cherchent des options sans gluten se développent, encore timidement en Belgique, alors qu'en Allemagne, en Angleterre mais aussi en France, c'est désormais une tendance de fond. Question : le macaroni et les cookies sans gluten ne sont-ils qu'un simple phénomène de mode? Du chichi de pétasse? Ou plus simplement une saine contre-offensive à des recettes agro-alimentaires industrielles devenues carrément dangereuses pour la santé des uns, moins des autres?

Par Serge Coosemans et Emmanuelle Raga

Le gluten est une molécule qui se trouve dans des céréales telles que le froment, le seigle, l'orge, l'épeautre ou encore le kamut. C'est du gluten que provient l'élasticité des farines utilisées dans la panification industrielle. Comme l'élasticité, ça rend joli, joli pour le marketing surtout, on rajoute aussi du gluten dans les plats préparés, les sauces, les épices moulues... Résultat des courses : le taux de gluten ingurgité par le consommateur lambda a considérablement augmenté avec l'industrialisation alimentaire et nous sommes aujourd'hui confrontés à des aliments au taux de gluten beaucoup plus important qu'il y a une ou deux générations. Ce qui expliquerait le taux croissant d'intolérances mais aussi un diagnostic plus systématique de la maladie céliaque, problème génétique encore mal connu où toute ingestion de gluten, même en microdose, provoque une réaction auto-immunitaire qui s’attaque à l’intestin, pouvant provoquer des problèmes aussi graves que l'infertilité et le cancer, en plus de fatigues et de dépressions régulières.

La maladie céliaque restant mal connue et les intolérances souvent considérées comme du chichi d'hipster fragile, le No Glu tient pour certains du simple phénomène culturel, énième déclinaison bio bobo. La référence No Glu est certes un avantage commercial très actuel mais quand on gratte la surface des choses, on se rend aussi vite compte qu'une vie sans gluten exige une certaine discipline, du sérieux, c'est quasi une vocation. C'est que sans gluten dans la popote, les habitudes culinaires sont à totalement revoir. Il faut apprendre à appréhender de nouveaux goûts et à doser correctement des mélanges de farines étranges (pois chiches, tapioca...) dont la molécule est totalement absente. C'est bien pourquoi on retrouve surtout en amont de la tendance des personnes souvent elles-mêmes intolérantes ou céliaques, obligées de s'inventer de nouvelles recettes gourmandes et de sexyfier un régime sans gluten à contre-courant des habitudes alimentaires actuelles, qui plus est à priori aussi plutôt (faussement) austère (adieu plats de pâtes, adieu pains au chocolat, adieu bières...).

Quant à eux concernés par une éventuelle désaffection de leur clientèle intolérante, médicalement ou par conviction, ce sont chez nous principalement des restaurants italiens qui proposent au moins un plat sans gluten sur leur carte, souvent juste des pâtes spéciales mais parfois aussi des pizza comme chez L’Italia in Tavola à Bruxelles ou Il Bacio à Liège. D'autres établissements qui servaient depuis toujours une cuisine sans gluten mettent aussi désormais cet aspect en avant, comme les crêperies bretonnes (crêpes à base de farine de sarrasin) ou encore le Kokob, resto éthiopien à Bruxelles, qui sert des crêpes de millet. Citons encore le Mémé Café et ses pâtisseries sans gluten et le Délirium Café, parce qu'en Belgique, trouver de la bière sans gluten ailleurs que dans un magasin bio, ce n'est vraiment pas évident. Santé, les intolérants!

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