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mercredi 16 juillet 2014

QUAND JE LIS UNE GROSSE CONNERIE DE NICOLAS CROUSSE, JE SORS MON REVOLVER

Je n'ai pas vu Transformers 4 : The Age of Extinction et je ne compte pas le voir. Je déteste cordialement ce genre de films, ce n'est pas du tout ma came. Quand on en vient à écrire sur le cinéma avec la prétention d'informer le public, je ne pense toutefois pas que l'on puisse encore balayer un produit de ce type d'une bête chronique pleine de poncifs. C'est sur Cracked.com ou Den of Geek, je pense, que j'ai appris que si, depuis quelques années, tous les blockbusters se ressemblent, c'est principalement du fait qu'une sorte de Grand Gourou du Script Post-Moderne a vendu sa méthode jackpot de merde à la plupart des producteurs actuellement en activité (ces mecs sont des industriels, pas des artistes : rentrez vous ça dans le crâne une bonne fois pour toutes!). J'ai aussi lu, cette fois dans Mainstream de Frédéric Martel, que le principal public désormais visé par Hollywood n'est plus américain, ni européen, mais chinois, voire arabe. Ce qui explique, dans la plupart des films actuels, les couches de propagande libérale, de politiquement correct et d'archétypes à la louche. On ne heurte pas les sensibilités des grands marchés émergents. J'adore sinon le concept de « destruction porn », qui se moque de cette manie de détruire des villes entières dans le moindre bouzin de super-héros ou de monstres. Bref, il y a matière à écrire, dénoncer, se moquer et jubiler à partir de cette pop-culture à la con et Cracked.com le fait très bien. Ici, en Belgique médiatique, notamment dans Le Soir, on préfère par contre toujours se draper dans une posture d'esthète indigné dès qu'un film se montre trop enfantin, simplet, commercial, pop-corn. Le chroniqueur Nicolas Crousse l'a encore démontré ce mercredi matin avec une courte chronique au sujet de Transformers 4 aussi ridicule que mal torchée, en fait carrément scandaleuse.

« Gageons, (écrit Crousse), qu’il se trouvera quelques inconditionnels du genre pour adopter ce grand jeu vidéo filmé. En ce sens, le service minimum de ce blockbuster d’été est garanti. Mais c’est à peu près tout. Le quatrième volet de Transformers ressemble à une bouillabaisse californienne (celle avec moult pop-corn et ketch-up), qui revisiterait dans le désordre Fast and furious, King Kong, Noé, La guerre des mondes ou même Godzilla. Autrement dit, des belles bagnoles, de grands singes de ferrailles, des bastons d’extraterrestres, des tours infernales… Transformers est en somme à Hollywood ce que la musique de Richard Wagner était au régime hitlérien : un hymne national ! »

Un. Dire d'un film bourrin qu'il fait penser à un jeu vidéo est une erreur classique de critique déclassé, voire franchement réac. Il existe en fait très peu de films qui donnent réellement l'impression d'un jeu vidéo filmé et ils n'ont pour la plupart RIEN A VOIR avec un blockbuster classique, notamment beaucoup plus sinueux dans la narration et davantage immersifs que le « Pan dans ta gueule » habituel. Je pense à Matrix 1, Silent Hill, Avalon, Existenz et, plus récemment, The Edge of Tomorrow, le moins mauvais des Tom Cruise récents. Par ailleurs, Transformers est surtout une adaptation filmée d'un dessin animé lui-même dérivé d'une ligne de jouets. Les jeux vidéo ne sont qu'assez accessoires dans cette franchise.

Deux. La bouillabaisse californienne existe et ni pop-corn, ni ketchup n'entrent dans sa recette. Celle-ci est même carrément plus fancy, je trouve, que la façon de touiller la bouillabaisse française traditionnelle. Bref, après « le jeu vidéo, c'est pour les idiots », voilà qu'on nous fait comprendre que « les Amerloques n'ont aucune culture culinaire ». Mon cher ami, faites vous donc plaisir, vous reprendrez bien une louche de ce bon gros clicheton des familles ?

Trois. Si Transformers 4 a l'air de revisiter « dans le désordre Fast & Furious, King Kong, Noé, La Guerre des Mondes et même Godzilla », il ne faut tout de même pas oublier que ça reste en fait l'adaptation live de l'arc narratif des Dinobots, dont la version en dessin animée a débuté aux Etats-Unis le 27 octobre 1984, alors que Vin Diesel n'avait même pas encore passé son permis de conduire. Par ailleurs, moi, je ne vois quasi aucun point commun entre le King Kong bien geek de Peter Jackson, le Noé quasi sous ecstasy d'Aronofsky et un Godzilla lent et arty surtout éhontément pompé de Cloverfield. Qui était une putain de bonne surprise punk, celui-là... En matant la bande-annonce, je trouve sinon que Transformers 4 ressemble surtout à Transformers 3. Et à The Avengers, qui n'aura cesse d'être copié pour les 20 ans à venir par tous ceux qui espèrent gagner ne fut-ce qu'un dixième de son tout gros tas de dollars. 

Quatre. « Transformers est en somme à Hollywood ce que la musique de Richard Wagner était au régime hitlérien : un hymne national ! », écrit Nicolas Crousse. Outre d'être déjà un magnifique Point Godwinobot, cette assertion est aussi complètement crétine. L'hymne national nazi existe, c'est la Horst Wessel Lied, composée donc par Horst Wessel et non pas par Richie Wagner, qui était déjà bien raide alors qu'Hitler devenait hype. Il se fait que la Horst Wessel Lied, le plus souvent chantée par les SS en medley avec Deutschland Ubber Alles, évoque davantage la saloperie humaine bien réelle que la supposée lourdeur teutonne et c'est certainement pourquoi Nicolas Crousse s'est permis un peu de révisionnisme au moment de faire sa petite blague toute en finesse humoristique, n'osant quand même pas y aller trop cash. Ach, gröbbe rigolade.  

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jeudi 19 juin 2014

ET TOUT CA POUR QUOI? JUSTE UN PEU D'ARGENT...


Fargo, la série télévisée planplan sur FX tirée du chef d'oeuvre des Frères Coen, s'est achevée ce mardi 17 juin 2014 et récolte des critiques assez dithyrambiques, notamment un 9.2 sur IMDB. Après le succès comparable de True Detective, show pourtant à demi-mongolo à peine digne d'une enquête du Commissaire Moulin allié à Jean-Paul Sartre sur la piste de Marc Dutroux, c'est à se désoler qu'à défaut de véritables grandes nouvelles séries, les junkies du streaming se contentent un peu vite de tout ce qui leur rappelle même vaguement un âge d'or du genre, peut-être déjà révolu.

En gros mais c'est au fond vraiment ça et pas grand-chose de plus, Fargo sur FX est l'histoire d'un bête type qui rencontre le Diable. Le premier, Lester Nygaard (Martin Freeman) est l'employé modèle et effacé d'un bureau d'assurances de la ville de Bemidji, bourgade paumée du Minnesota (fictive, la vraie Bemidji est plus importante). Le second, Lorne Malvo (Billy Bob Thornton), est un tueur à gages itinérant aussi compétent que cinglé, jouette et mal coiffé (le cousin de Javier Bardem dans No Country For Old Men?). Par jeu, Malvo entre dans la vie de Nygaard, sur qui son machiavélisme va déteindre et là, c'est le bain de sang en pays plouc. Quel rapport avec Fargo, le film ?

La neige, les accents, vaguement la musique, quelques easter eggs, des scènes entières replacées dans un contexte différent, des personnages à priori similaires avant qu'ils ne gagnent une personnalité plus ou moins indépendante de leurs modèles, le million de dollars en pleine nature et puis aussi, la traînée de cadavres. Quelle(s) différence(s) avec le film ? Un paquet, dont un ton plus sombre, une violence plus gratuite que marrante, des personnages moins marquants et, surtout, le propos, l'essence même, de l'histoire. C'est Emily Nussbaum, critique du New Yorker, qui a le mieux résumé l'affaire, pointant que là où le film était une méditation sur la stupidité de la violence, la série, elle, s'avérait surtout fascinée par l'intelligence des gens mauvais. Bref, l'une est antithèse de l'autre.

On peut dès lors se poser la question : pourquoi placer cette nouvelle histoire, pas mauvaise en soi, dans un contexte si particulier et référencé, où elle n'a en fait rien à faire. Fargo sur FX pourrait s'appeler Palookaville, USA et se dérouler au Texas ou en Floride, se contenter de ressembler à l'univers des Frères Coen comme le font les premières saisons de Breaking Bad. On y trouverait moins à redire et à se gratter la tête que devant une série qui claironne s'inspirer d'un film célèbre, tout en allant totalement à contre-courant de son propos et en banalisant même l'héritage. Fargo, sorti en 1996, se foutait royalement de la gueule des films à la Tarantino, de leur violence stylisée impunie et de leurs psychopathes présentés comme des rockstars. On y glorifiait au trentième degré des ploucs et le bon sens des petites gens (était-ce de l'affection ou de la cruauté, il reste permis de douter). On y montrait des criminels pathétiques et hilarants. C'était ça, Fargo et c'est bien pourquoi en 2014, Fargo sur FX aurait en principe du non pas récupérer à sa sauce tous les poncifs des polars actuels mais bien démonter sans aucune pitié ces anti-héros accidentellement meurtriers de masse mais de plus en plus virils à chaque épisode et ces morts gratuites qui n'apportent rien à l'histoire mais donnent au spectateur une impression de « transgression ».

En ne gardant du film que son titre, ses décors, ses gimmicks, un peu de son ambiance et rien de son propos, Fargo sur FX rejoint en fait la série des séries qui ne sont finalement que des rip-offs à la con, ultra-cheaps et convenus, de films considérés comme des citrons à presser jusqu'à la dernière goutte : La Planète des Singes, l'Age de Cristal, Terminator, les Agents du SHIELD, Hanniboule le Canadair, etc... And for what? For a little bit of money. There's more to life than a little money, you know. Don'tcha know that?  

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mercredi 4 juin 2014

LINKEDIN CONNECTION




Disponibilité, réactivité, esprit de synthèse, aptitude à la rédaction, livraison rapide du produit fini. Sur Linkedin, ce plan là a de quoi sérieusement affoler les recruteurs : fin décembre, Benjamin Schoos me proposait un peu en urgence d'écrire un chapitre de ce fameux bouquin sur Jacques Duvall, sur base d'une interview menée par quelqu'un d'autre ayant entretemps abandonné le projet. C' était torché et envoyé quelques jours plus tard et aujourd'hui, le bouquin, Le Contrebandier de la Chanson, est en librairies, avec mon texte tout à la fin. C'est un livre plutôt marrant, à l'écriture chiadée et souvent tordante, dans le style du journalisme rock à l'ancienne. Très compétent dans son domaine, je vous le recommande chaudement. 

Trésors cachés et culture Desafinado

(publié dans Jacques Duvall, Le Contrebandier de la Chanson, Editions du Caïd, 2014)

- J'ai toujours aimé la face B, le trésor bien caché. Chez moi, je crois que ça a toujours été très naturel de préférer Mylène Demongeot à Brigitte Bardot ou Tom Ovans à John Prine. Bien sûr, c’est Bob Dylan le génie mais Tom Ovans me touche, heu, comment dire… C’est comme le type qui sort avec la fille la plus jolie du quartier. Bravo, il en jette un max, il a la plus jolie fille du quartier. Tu es un peu jaloux. Jusqu'au moment où tu repères cette petite bombe un peu pétasse vue de l'extérieur, qui n'est pas la plus jolie mais la plus SEXY. Elle ne fait pas monter ta cote, non. Mais elle fait monter autre chose chez toi, et ça tu ne peux pas le nier.”

Appelons donc cela la recherche de l’érection esthétique, c’est-à-dire privilégier une culture bis à première vue éventuellement mal foutue mais charriant son lot d’émotions fortes. Cela n’a rien de geek. Un geek se fabrique une bulle. C’est un collectionneur souvent nostalgique qui s’enferme dans un erzats de chambre d’ado. Il se protège du monde extérieur, de la réalité. Traquer le trésor caché, c’est autre chose. L’histoire de Bob Dylan est riche mais s’inscrit très vite dans une logique de show-business, dont elle dépend et qui l’imprègne. Tom Ovans, c’est un clochard, un vrai, meurtri par le monde extérieur, et il le chante peut-être mieux, avec un meilleur ressenti, plus de classe, plus de magie, que Dylan et son empathie pour le hobo vécue du haut de sa tour d’ivoire. Ou peut-être pas. Peut-être Tom Ovans ne fait-il que toucher une corde sensible chez ses pairs, chez les êtres qui sont, comme lui, “désaccordés”.



Désaccordé”, en portugais, se dit “Desafinado” et “Desafinado”, c’est une chanson
composée en 1959 par Antonio Carlos Jobim et Newton Mendonça, véritablement considérée comme l’hymne de la bossanova. Longtemps en Europe, et plus singulièrement en Belgique, la bossanova et le jazz cool ont tenu plus que tout du trésor caché. Via Marc Moulin et Alberto Nogueira, le beau-père de Lio, Jacques Duvall s’est intéressé de près à ce pan musical, qui est selon lui la bande sonore idéale pour lire Chester Himes, au temps où les romans de la Série Noire s’ornaient encore en couverture de pin-ups dénudées.” On retrouve bien là son attrait pour la proposition ni élitiste, ni branchée, mais simplement différente, répondant à d’autres critères que le tout-venant culturel, la variété, le pré-cuit. Outre l’idée d’une proposition plus bandante, une autre corde sensible entre là en résonnance. La traque du trésor caché, le culte de la face B, cela revient en fait tout simplement à se sentir davantage touché par les choses “désaccordées”. Desafinado, cela pourrait être une culture en soi; une culture au coeur de laquelle des gens comme Jacques Duvall se sentent complètement à leur place.

La Bombasse de la Planète Drakulon

Se sentir à sa place”, un desafinado peut l’éprouver de bien de drôles de façons dans de bien drôles d’endroits. Dans le magazine Vampirella, par exemple, où Jacques Duvall écrivit sur le rock “zombiesque”. Cette publication parisienne mélangea tout au long des années 70 les adaptations françaises du comic book de Forrest J. Ackerman et Frank Frazetta racontant les déboires d’une bombasse de la planète Drakulon venue sur Terre sucer tout ce qui bouge, pas que les cous, à des articles sur la culture bis. Duvall s’y épanchait sur l’horror rock et le barnum voodoo, genres musicaux grand-guignolesques  notamment représentés par Screamin' Jay Hawkins, Lord Sutch, Arthur Brown et autres précurseurs du psychobilly. Ces piges ne suscitaient guère de grande passion à la rédaction, tout au plus considérées comme un trou bouché dans la maquette. Jacques  Duvall, par contre, était très fier d’être publié dans ce que beaucoup considéraient pourtant comme un magazine de gare avec pour héroïne une Barbarella de série Z.

Si, dans le souvenir de Duvall, les sorciers rieurs et outranciers du rock horrifique n’ont pas vraiment marqué les consciences de la rédaction de Vampirella Magazine, celle-ci vénérait par contre Jesus Franco, alias Jess Franco, considéré comme le Ed Wood européen, un réalisateur espagnol toute sa vie englué sans déplaisir aucun dans la série Z alors qu’il avait pourtant été assistant d’Orson Welles en tout début de carrière. Franco jouit aujourd’hui d’un certain respect et d’un culte évident, notamment pour son film Vampyros Lesbos. Ce n’était pas vraiment le cas à l’époque où Jacques Duvall traquait la moindre de ses sorties : Jess Franco était le héros des chroniqueurs de Vampirella. J'étais comme eux amoureux de sa femme Lina Romay. J'allais voir Venus in Furs ou La Comtesse Sanglante dans d'infâmes cinémas pornos. Ce qui participait à la mystique du truc. Je ne suis pas sûr que cela m'aurait autant parlé si je les avais découverts au Palais des Beaux Arts.”  

Autre passion-nichons duvalienne : les fumetti italiens, ici pris au sens anglais du terme (en Italie, le terme “fumetti” désigne les bandes dessinées. Ailleurs, il est utilisé pour désigner les romans-photos produits dans la Péninscule). Laura Antonelli en était la star incontestée, dès le début des années 60. Duvall en garde un souvenir ému mais son amour pour la culture populaire italienne ne s’arrête pas aux romans photos, ni à la plastique superbe de celle qui deviendrait l’orageuse compagne de Jean-Paul Belmondo de 1972 à 1980. Duvall : L'Italie c'était les westerns spaghetti, Hugo Pratt, et puis Adriano Celentano, Patty Pravo, Luigi Tenco, Ornella Vanoni. L'Italie, c'était le plaisir. L'intelligence était là, même plus qu'ailleurs, mais cachée derrière le plaisir. Les romans photos italiens, c'est mes premiers émois d'ado, très jeune. Laura Antonelli était la reine du genre bien avant de passer au septième art.”



C’est pour un loser comme toi que je dois me raser les jambes chaque matin?

Si la variété italienne de ces années là, très orchestrée, finaude, passant de drôles d’émotions sous sa couverture d’amusement pour toute la famille, reste associée à une certaine idée du bon goût, il n’en va pas de même pour la country music, autre genre musical malgré tout adulé par Jacques Duvall :J'aime la country péquenot, les filles à choucroute qui chantent des trucs du genre "c'est pour un loser comme toi que je dois me raser les jambes chaque matin?". J’aime aussi la country intello torturé style Townes Van Zandt, David Olney ou Tom Russell, mais ce que je préfère c'est leurs chansons d'amour déchirantes. Là c'est simple. Les meilleurs c'est les plus connus. Hank Williams bien sûr. Et Willie Nelson, peut-être le gars qui a écrit les plus belles chansons tous genres confondus. Il n'est pas mort à l'arrière de sa voiture, il ressemble pas à James Dean, il est coiffé comme une serpillère, mais qu'est-ce qu'on s'en fout... Si c'est de putains de chansons que l'on parle, c'est lui qui me fait pleurer, ricaner, avoir envie de mourir ou de vivre.”

C’est la mère de Jacques, une Danoise élevée en Angleterre et au Japon durant la guerre et qui y écoutait les radios américaines, qui lui fit découvrir la country. A la télévision flamande, un soir de diffusion du légendaire concert de Johnny Cash à la prison de San Quentin. Toute la petite famille était réunie devant le poste et le lendemain, Jaques filait chez le disquaire acheter "Wabash Cannonball" (ou peut-être "Engine 143", en tout cas une histoire de train).

Xième retournement de veste

Pour le grand-public, il n’y a pas plus opposé à la country-music que le disco. Certains, et Jacques Duvall en fait partie, verraient même le passage de l’un à l’autre ou un intérêt marqué pour l’un après l’autre comme un retournement de veste. Dans l’histoire du personnage Duvall, le disco, comme on s’y attend, entre en scène de façon sexy et éduquée, bien qu’un poil détraquée : à l’époque, j’étais disc jockey dans un bordel. Avec Michel Clair, mon collègue de la Médiathèque, le Willy DeVille ardennais ("Nocturne", 45 tours produit par Marc Moulin), on se relayait une nuit sur deux, ce qui nous permettait de bosser la journée plus ou moins frais. J'étais fan de blues (Willie Dixon, grand maître!) et de soul (grâce à Philippe Garnier dans "Rock'n'Folk", une malheureuse page chaque mois) mais j'avais de graves lacunes en matière de trucs dansants. Un soir, une go go girl africaine me dit "Passe-nous Barry White". J'obéis poliment parce qu'elle était trop craquante, et là, la claque. Michel, lui, connaissait déjà ça très bien et il m’a refilé deux ou trois tueries pour enchaîner : "I'll Be Around" des Spinners, "In The Rain" des Dramatics, "Hurts So Good" de Millie Jackson… Avec ce background, quand le disco a débarqué, j'étais mûr pour mon xième retournement de veste.” Sauf qu’il s’agit moins de retournement de veste que d’application des lois de l’attraction. Un mec chante l’amour. Pour une femme qui n’est peut-être pas la plus belle du quartier mais qui fait monter autre chose chez lui que la cote. Qu’il soit country, bossa ou disco, l’accompagnement est un poil désaccordé. Toujours.

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jeudi 15 mai 2014

PULP FICTION

Je ne garde pas un souvenir extraordinnaire des films d'Hitchcock, sans doute parce que je les ai vus beaucoup trop jeune. Ils m'avaient alors tous parus très amidonnés, vieillots, théâtraux. L'autre soir, un peu par dépit, par curiosité aussi, je me suis toutefois envoyé Frenzy, qui est sans doute le plus cheap de son catalogue, le plus marrant aussi. Le rôle principal devait être tenu par Michael Caine mais celui-ci a décliné l’offre, jugeant le personnage abominable, un vendeur de courges et de patates de Covent Garden qui étrangle durant ses temps libres des femmes avec sa cravate. Alors, c'est Barry Foster, un autre blondin cockney au swag tout working class, qui a signé le contrat pour jouer le vilain Robert Rusk et Michael Caine attendra quand à lui le milieu des années 80 pour lui aussi jouer le gros salopard, très bien d'ailleurs, dans le Mona Lisa de Neil Jordan.

La musique devait être signée Henri Mancini mais Hitchcock l’a viré, lui préférant Ron Goodwin, un balourd spécialisé dans la musique de films de guerre. Tout le film dégage comme ça un jemenfoutisme plaisant, donnant l'impression d'un thriller sur papier très soigné qui serait devenu une grosse série B assumée et décomplexée à cause des aléas de la préproduction. Il y a aussi pas mal de nichons, des gags culinaires interminables, des meufs qui meurent encore plus mal que Marion Cotillard dans Batman, du serial killing détendu du gland, des cartes postales d’un Londres disparu et puis aussi des intérieurs aux papiers muraux et aux bibelots décoratifs particulièrement atroces. 100% gros fun, quoi.



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mardi 13 mai 2014

HIPPIE HIPPIE BIRTHDAY


Le magazine gratuit RifRaf fête les 20 ans de son édition francophone. Ma carrière (haha) aussi, puisque c'est dans ses colonnes que j'ai publié pour la première fois un texte. C'était en novembre 1994 et c'était une critique de l'album Lost In The Former West des Fatima Mansions. Je n'ai aucun souvenir de ce disque. Son auteur non plus, sans doute. Je l'ai écrite d'abord à la main, puis à la machine à écrire électrique, avant de faxer le résultat final de chez mon libraire. C'était ça aussi, le vingtième siècle. Cette anecdote est reprise dans le cahier spécial « 20 Years » publié ce mois-ci par RifRaf. Seize pages amusantes qui lèvent le voile sur les « coulisses d'un magazine musical », tout au long de vingt années de « déconvenues cocasses et de sujets de relative fierté », comme l'explique Fabrice Delmeire, rédacteur en chef depuis 1999 (un record en soi!) dans sa présentation.

L'édition numérique (avec Tune Yards en couve) où lire tout ça

En plus d'écrire, ça cause aussi : les 20 ans de RifRaf sur Focus Brolcast, avec plein d'anecdotes marrantes, du freestyle 100% langue de pute et Carlo Di Antonio qui se fait basher 


Mes anecdotes perso reprises dans le carnet "20 Years" du RifRaf de mai 2014 




Première chronique CD (1994)

Lost in The Former West par The Fatima Mansions. Je n’ai aucun souvenir de ce disque. Son auteur non plus, sans doute. Je l’ai écrite d’abord à la main, puis à la machine à écrire électrique, avant de faxer le résultat final de chez mon libraire. C’était ça aussi, le vingtième siècle.

Première interview marquante (1994)

Hole. Courtney Love ne parlant qu’aux “gros médias” et interdisant à quiconque, PAR CONTRAT signé, d’évoquer Kurt Cobain, les flingues et les overdoses, on me refile entre les pattes Melissa Auf der Maur, la bassiste. Elle est rousse, elle est belle, elle sent bon, elle parle français, elle est rock and roll, elle est sans doute riche. On sympathise, sans plus, je ne suis pas Philippe Manoeuvre, non plus, hé… Elle a surtout trois ans de moins que moi et est déjà star. Carlo Di Antonio, le rédacteur en chef de l’époque (officiel, dans les faits, il branlait grave le mammouth), plus tard Ministre wallon de la Ruralité, en a par contre sept de plus. Quel beau panel de représentants de la Génération X que voilà!.

Première couverture : De Puta Madre (1995)

Dans mon souvenir, Pierre Adam et Carlo Di Antonio voulaient mettre en couverture une vieille couillonnade britpop. Cast, je crois. Les Flamands penchaient plutôt pour De Puta Madre et comme c’est la première fois où j’avais quelque-chose à dire dans cette rédaction, j’ai tranché. Le truc, c’est qu’à l’époque, je ne connaissais pas du tout le groupe et comme il n’y avait plus d’exemplaire de l’album au bureau, je n’ai pas pu l’écouter. En fait, je n’ai découvert ce disque que 10 ans plus tard. Ce n’est pas un secret : les débuts de RifRaf, c’était totalement à l’arrache, complètement brouillon. Ca avait son charme, je trouve. En plus, qui se souvient de Cast?

Furioso (1995)

J’ai genre 34 heures d’ancienneté dans la boîte, et voilà que peu avant le deadline mensuel, Pierre Adam annonce qu’il arrête ses éditos et on a donc dans la maquette un tout beau trou. Les Flamands, ils me disent : vas-y, écris quelque-chose, c’est pour ça qu’on te paye peu et en retard; gérer les urgences, rebondir, innover, miraculer. Je flippe, je sue, je m’assieds sur mon sentiment d’imposture et en sort finalement un papier qui fait un peu de bruit parce qu’il chicane la stature de sauveurs du rock belge de dEUS; groupe à mon sens pas mal mais plutôt banal. Mine de rien, je viens de me trouver là une vocation : être un troll. 20 ans plus tard, c’est toujours le cas.

30 millions d’amis (1996-1997)

A Londres, je passe une trentaine d’heures avec deux célèbres journalistes de la presse quotidienne et ils ne m’adressent pour ainsi dire pas une seule fois la parole. Au resto, c’est ridicule : le type de la DH demande à l’attachée de presse de me demander de lui passer le sel alors que je suis assis juste devant lui. Je comprendrai plus tard que RifRaf gêne et suscite d’impitoyables jalousies et ressentiments. Du pet sur ma toile cirée. Le troll s’assume.  

Concon-Circuit (1997)

-”Et si ce gros naze a gagné, me hurle dessus un couple en fureur en me désignant Sharko, encore appelé Nose Kitchen en ce soir de palmarès du premier Concours-Circuit, c’est parce que des mecs comme toi qui écrivent sur la techno n’y connaissent rien au rock! C’est scandaleux! C’est un concours rock, pas un spectacle pour enfants ! Tu trouves sans doute ça très marrant de dénaturer le rock en votant pour un con pareil, avant de retourner écouter ton boum boum de crétins, hein.” Ils me tiennent la jambe une bonne demi-heure. Je ne leur dis pas que je suis probablement le seul du jury à ne pas avoir voté pour Nose Kitchen, que j’ai trouvé absolument abominable. Et que j’aurais personnellement bien vu glorifiés à échelle de la fédération Wallonie-Bruxelles les Purple Hands.


Happy Birthday Guy-Man (1997)

Cafétaria du Botanique. J’ai devant moi Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, je m’apprête à leur poser ma première question quand soudainement, mon collègue flamand Bart Cabanier se met à chanter avec sa grosse voix et un accent prononcé  “bon anniversaire” à Guy-Man. Sur la bio fournie par Virgin, très “salut les copains”, sont en effet notées les dates de naissance des 2 Daft Punk et il se fait donc qu’aujourd’hui, le 8 février, Guy-Man a 23 ans. La petite chanson ne les décrispe pas du tout et comme ensuite, on se fout assez bien de leurs tronches (se prétendant pourtant fans absolus de Ween, ils sont incapables de citer un seul titre d’album, par exemple), l’entretien devient en fait assez tendu. Le clou pour la fin : ma copine me désigne Bangalter dans le couloir et me demande “C’est quand même pas ce con là, Daft Punk? On dirait mon petit frère!” assez haut pour être entendue. Au fond, peut-être que les casques, c’est de notre faute.

It’s a mad house! (1998)

Ce qui me rassure, c’est que je n’étais pas le plus taré et ingérable du lot. Ce n’est pas moi qui ait envoyé paître les attachées de presse quand elle m’ont annoncé que je n’avais que 10 ou 20 minutes d’interview avec le Wu Tang Clan, avant de m’enfermer dans la chambre d’hôtel avec le groupe pour n’en ressortir que deux heures plus tard et… ne jamais en tirer quoi que ce soit, sinon une cassette à faire tourner parmi les potes. Ce n’est pas non plus moi qui, après une charrette d’interviews formidables avec la crème de l’indie américaine, a été démasqué par Mark Hollis comme ne comprenant pas un traître mot d’anglais. Autrement dit, on a peut-être publié une vingtaine d’interviews, certaines de premier plan, complètement bidon. Ou alors, ce rédacteur avait vraiment un ami bilingue qui traduisait et écrivait les questions à répéter phonétiquement durant l’entretien pour ensuite traduire l’enregistrement, avant l’étape de réécriture. Dans ce cas, on avait donc un collaborateur bénévole qui aurait usé d’un “nègre littéraire”. Totalement wtf!   




A few good men (1998)

Ma (première) rencontre avec Calexico reste un souvenir très sympatoche. L’interview était seulement censée durer une demi-heure mais on a finalement causé près de trois heures et de choses de moins en moins publiables. Un moment, ma copine parlait même de pulls et de tricots avec la compagne de Joey Burns! L’attaché de presse s’était barré acheter des clopes, je ne sais plus trop ce qui lui est arrivé, mais il n’est revenu que trois heures plus tard et comme il n’y avait aucun autre média prévu ce jour là pour rencontrer le groupe, cela n’a gêné personne que l’on traînasse. Sauf le serveur, qui a vu s’accumuler une note qu’aucun d’entre nous n’était censé payé. Je suppose que si l’attaché de presse était entretemps mort, on aurait tous fini par faire la vaisselle. .

Interviews (1994-2000)

La meilleure, celle qui me reste, c’est Femi Kuti. Ce n’est pas du tout mon domaine musical mais là, 
ce n’est clairement pas un vendeur de savonnettes, c’est un type qui a beaucoup de choses à dire sur le néo-colonialisme, l’Afrique, le pouvoir corrompu de son pays chaotique, sa légende de père… C’était totalement hors de ma zone de confort mais ça donnait davantage l’impression de faire du vrai journalisme que de la branlette geek de consommateur de musique. Les pires, c’étaient celles avec les mecs qui se la ramènent grave, les gros blaireaux prétentieux genre Les Claypool et son connard de batteur dans Primus, Dominique Dalcan (surnommé Fantômas par Mofo mais il croyait que ça venait de moi, haha) et Richie Hawtin (je ne suis cela dit pas du tout certain que je l’ai rencontré pour RifRaf, celui-là).

11 septembre (2001)

Printemps 2001 : sous pseudo, parti par la porte, rentré par la fenêtre, je fais le malin, je fais l'oiseau de mauvaise augure et j'écris que 10 000 HZ Legend de Air est la bande sonore parfaite pour savourer l'Apocalypse ou un truc du genre. Le 11 septembre de la même année, le groupe joue aux Halles de Schaerbeek dans une ambiance forcément de merde. Dans la salle, on distingue très bien qui a déjà vu les images à la télé et se demande comment tout cela va tourner et qui est venu direct du bureau et lâche des vannes sur les Américains qui le méritent bien et l’amour des Arabes pour les couteaux quand il y a bagarre. On a depuis compris que ce n’était pas l’Apocalypse, juste la fin d’un monde. Celui de la musique molle des nineties, de Beck superstar et de l’adjectif “lynchéen” pour qualifier un truc à la fois stylé et glauque.

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lundi 12 mai 2014

DUMB & DUMBER

C'était il y a quelques mois, me semble-t-il. Ricky Gervais avait publié un tweet annonçant que si personne ne le retweetait, il donnerait 100 £ à un organisme de charité. Il avait été retweeté en masse, ce qui a poussé Gervais à continuer l'expérience. L'Anglais publia donc un second tweet annonçant qu'il donnerait 1000 £ à un organisme de charité à la condition expresse que personne ne retweete l'annonce. Là aussi, les gens ont partagé ce second message en masse. Il en a alors pondu un troisième, promettant 10 000 £ en cas de 0 retweets et là encore, tout un tas d'abrutis a republié le message. Après Gervais a lâché une vanne dont je n'ai pas le souvenir. Je ne suis en tous les cas pas du tout certain qu'elle ait été vraiment comprise par tous ses followers.

Je viens de faire une expérience relativement semblable en publiant chez Doors Magazine un petit article écrit avec ma copine, qui est coéliaque, sur la vie sans gluten. On y dit, clairement je pense, que malgré les clichés populaires voulant que les intolérances alimentaires soient de nouvelles maladies imaginaires, le No Glu n'est ni une mode, ni du chichi de pétasse. Cocasse : le papier s'est toutefois fait chichiter dans les commentaires du site, principalement par des meufs qui n'ont pas l'air d'avoir vraiment compris ce qui est écrit, ce qui ne les empêche pas de prétendre que l'on soutient exactement le contraire de ce qui est publié. Ou comment faire un mini-buzz avec trois paragraphes relevant à priori de la routine scribouillarde en excitant des gens qui lisent en diagonale en butant sur les mots clés. C'est amusant mais aussi parfaitement consternant. Et je n'ai aucune pitié pour ça, je dois bien l'avouer. 



No Glu Today

Le No Glu a la cote. Les recettes, produits et établissements qui proposent ou cherchent des options sans gluten se développent, encore timidement en Belgique, alors qu'en Allemagne, en Angleterre mais aussi en France, c'est désormais une tendance de fond. Question : le macaroni et les cookies sans gluten ne sont-ils qu'un simple phénomène de mode? Du chichi de pétasse? Ou plus simplement une saine contre-offensive à des recettes agro-alimentaires industrielles devenues carrément dangereuses pour la santé des uns, moins des autres?

Par Serge Coosemans et Emmanuelle Raga

Le gluten est une molécule qui se trouve dans des céréales telles que le froment, le seigle, l'orge, l'épeautre ou encore le kamut. C'est du gluten que provient l'élasticité des farines utilisées dans la panification industrielle. Comme l'élasticité, ça rend joli, joli pour le marketing surtout, on rajoute aussi du gluten dans les plats préparés, les sauces, les épices moulues... Résultat des courses : le taux de gluten ingurgité par le consommateur lambda a considérablement augmenté avec l'industrialisation alimentaire et nous sommes aujourd'hui confrontés à des aliments au taux de gluten beaucoup plus important qu'il y a une ou deux générations. Ce qui expliquerait le taux croissant d'intolérances mais aussi un diagnostic plus systématique de la maladie céliaque, problème génétique encore mal connu où toute ingestion de gluten, même en microdose, provoque une réaction auto-immunitaire qui s’attaque à l’intestin, pouvant provoquer des problèmes aussi graves que l'infertilité et le cancer, en plus de fatigues et de dépressions régulières.

La maladie céliaque restant mal connue et les intolérances souvent considérées comme du chichi d'hipster fragile, le No Glu tient pour certains du simple phénomène culturel, énième déclinaison bio bobo. La référence No Glu est certes un avantage commercial très actuel mais quand on gratte la surface des choses, on se rend aussi vite compte qu'une vie sans gluten exige une certaine discipline, du sérieux, c'est quasi une vocation. C'est que sans gluten dans la popote, les habitudes culinaires sont à totalement revoir. Il faut apprendre à appréhender de nouveaux goûts et à doser correctement des mélanges de farines étranges (pois chiches, tapioca...) dont la molécule est totalement absente. C'est bien pourquoi on retrouve surtout en amont de la tendance des personnes souvent elles-mêmes intolérantes ou céliaques, obligées de s'inventer de nouvelles recettes gourmandes et de sexyfier un régime sans gluten à contre-courant des habitudes alimentaires actuelles, qui plus est à priori aussi plutôt (faussement) austère (adieu plats de pâtes, adieu pains au chocolat, adieu bières...).

Quant à eux concernés par une éventuelle désaffection de leur clientèle intolérante, médicalement ou par conviction, ce sont chez nous principalement des restaurants italiens qui proposent au moins un plat sans gluten sur leur carte, souvent juste des pâtes spéciales mais parfois aussi des pizza comme chez L’Italia in Tavola à Bruxelles ou Il Bacio à Liège. D'autres établissements qui servaient depuis toujours une cuisine sans gluten mettent aussi désormais cet aspect en avant, comme les crêperies bretonnes (crêpes à base de farine de sarrasin) ou encore le Kokob, resto éthiopien à Bruxelles, qui sert des crêpes de millet. Citons encore le Mémé Café et ses pâtisseries sans gluten et le Délirium Café, parce qu'en Belgique, trouver de la bière sans gluten ailleurs que dans un magasin bio, ce n'est vraiment pas évident. Santé, les intolérants!

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dimanche 11 mai 2014

LA CADENCE INFERNALE



John Dwyer publie plus de chansons que je ne poste de statuts idiots sur Facebook : c'est dire la cadence infernale. Cette année, il a déjà enquillé deux albums. L'un, Drop, est le dernier en date de Thee Oh Sees, groupe qui a été déclaré en « hiatus prolongé » en début d'année mais est déjà depuis reparti sur de nouvelles bases. L'autre, sorti sous le nom de Damaged Bug, superbe pochette mais musique concon, tient davantage de la simple blague potache, une autre spécialité de Dwyer. Rappelez-vous : il y a quelques années déjà , le bonhomme avait beaucoup fait rire les uns et se désoler les autres avec Ziegenbock Kopf, faux groupe industriel gay à cagoules en cuir, produit parallèlement à Thee Oh Sees. 

Damaged Bug fait beaucoup moins peur à Civitas que ce truc là, encore que. Le gag tourne cette fois autour de la consommation excessive de canabis, de l'amour pour Brian Eno et des voyages dans l'espace. C'est volontairement inabouti, naïf, maladroit, inintéressant, encore que je suis sûr qu'il influence en ce moment même une bonne moitié des groupes pop belges en activité, pour qui ce côté décalé et neuneu tient de l'Evangile. Pas mon trip et selon moi, il n'y a que deux morceaux à éventuellement sauver, le funky SS Cassidinea et Sic Bay Surprise, qui sonnent tous deux moins Sharko que The Oh Sees. L'album de Thee Oh Sees, par contre, tient quant à lui du pur bonheur, rien à redire, aucune ronchonnade à l'horizon, c'est un classique instantané. The Lens, le dernier morceau de l'album, est même la meilleure publicité pour convertir aux Beatles jamais inventée par l'industrie du disque indépendant.  


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