Pages

vendredi 1 juin 2012

SE TOUCHER LA NOUILLE 2.0


My way
Critiquer publiquement, défendre une opinion. Voilà mon crime, ma dissidence, mon hérérisie. Toutes les bagarres, virtuelles ou non, que j'ai pu avoir depuis la quasi vingtaine d'années que je grenouille dans les médias, c'est de là que ça part. Je suis le « jaune », le traître, le faux frère, le type qui vendrait les saloperies à Wikileaks plutôt que de couvrir ses potes. Chaque fois que j'ose émettre un avis sur ce que j'estime être une bourde, une erreur, une encule, on ne me reproche jamais de le penser mais bien de le faire savoir. On m'accuse de vouloir me mettre en valeur, d'avoir besoin de haine et de faire-valoir pour exister, de faire le phoque à baballe pour amuser ma cour. J'ai une sainte horreur des corporations, des esprits de corps. Je vomis l'hypocrise merdeuse qui veut que ce qui passe comme un loukhoum dans un cul de chameau en réunion de rédaction puisse donner lieu à des réactions de pucelles effarouchées si c'est publié sur un blog ou sur une page Facebook. Je ricane des justiciers en frigolite qui, plutôt que de tenir compte des critiques ou de les ignorer, s'ingénient à ne pas vouloir les comprendre dans le simple but de rabaisser celui qui les pose à une caricature de sale type. J'ai connu ça dans les médias traditionnels, j'ai connu ça sur le net. Je connais ça depuis 3 jours avec Marcel Sel dans le rôle de Ba(r)tman. Ca me rappelle les vestiaires de footeux, les bizuts, l'armée. La mentalité cro-magnon, en d'autres termes.

Gonzozo
Suite au clash qui nous oppose, Marcel Sel et Ultragonzo claironnent sur la blogobulle francophone belge que je respecte trop Hunter S. Thompson et la tradition gonzo que pour comprendre leur expérience de « journalisme subjectif ». Je serais un gardien du temple qui se braque à la moindre allusion déplacée au gonzo, un réac qui érige le concept en religion, « immobilise l'évolution de la contre-culture ». Jamais, on ne m'a servi un tel plat de foutaises à la nouille molle. Déjà, très sincèrement, le gonzo, je pense que c'est un truc bien marrant mais mort et que c'est très bien que ce soit mort. C'est de la blague, de la forfanterie bourracho des seventies. Toutes ces questions sur la subjectivité opposée à l'objectivité, au ressenti soi-disant préféré au fact-checking, c'est de la foutaise complète de gens qui n'ont rien capté au facteur fun de la chose, à son impertinence. Parce que n'importe qui ayant un peu lu Thompson sérieusement sait très bien que le travail de ce type s'inscrit dans une tradition de journalisme littéraire qui remonte à London, Orwell et Hemingway, aux récits d'explorateurs et d'aventuriers. Ce qui comptait pour lui, c'était une certaine qualité d'écriture, le plaisir de lecture, la confiance dans l'intelligence du lecteur et de faire part de ses observations et de ses expériences de la façon la plus cash possible. Le gonzo, c'est la justification de la défonce et de la biture, l'emballage, rien de très passionnant. Le reste, le gros morceau, ce n'était que du putain de journalisme nettement plus traditionnel que révolutionnaire et c'est là, la question principale que devrait se poser n'importe qui lançant un média : qu'est-ce j'ai envie de raconter ? Quoi plutôt que comment. Quoi plutôt que pourquoi. Une expérience sur le journalisme subjectif comme l'entend Ultragonzo, pourquoi pas ? Mais en tenant alors compte de ce qui s'est déjà fait dans le secteur et en connaissant les écueils et les impasses de ce qui a déjà été fait dans le secteur. Ce n'est visiblement pas le cas d'une majorité de gens impliqués dans le projet et c'est bien pourquoi je les critique, ces Bisounours. Pas méchamment, pas pour défendre Thompson, ni le gonzo. Je n'interdis à personne de lancer un site gonzo en ignorant pour ainsi dire tout du gonzo, du moins sa définition, son évolution, son involution et les limites du concept. C'est juste que je trouve ça con comme tout. Du personal branling. Le magasin Ultracachemire qui ne vend que du polyester et ne comprend pas pourquoi il court à la faillite et provoque les railleries.

All the way down
Il y a 4 ans je me suis cassé les ratiches sur une idée au fond assez similaire à Ultragonzo, qui s'appelait Chupacabra. De près ou de loin, depuis le début des années 90, j'ai été attaché à d'autres projets du genre, avancés ou non, tous morts parce que la principale difficulté d'un journalisme qui se veut différent ou alternatif, c'est de trouver les bonnes personnes et les bons sujets. C'est extrêmement difficile, surtout quand les projets sont bénévoles. Marcel Sel m'a reproché de critiquer le manque d'intérêt des sujets présentés par Ultragonzo. Dans sa volonté d'abaisser des critiques construites à de la bave sans importance, il se garde bien de souligner que j'ai ouvertement reconnu que c'était un problème quasi inévitable à tout projet médiatique bénévole, auquel j'ai personnellement été confronté dès 1995, quand il s'agissait de recruter des gens pour écrire dans RifRaf. Gérer un média bénévole, c'est se retrouver avec une équipe à laquelle on ne peut raisonnablement pas demander un investissement lourd. Il faut accepter des textes écrits sur un coin de table. Sans budget pour envoyer ses "pigistes" là où ça se passe, sans fric pour les motiver et leur assurer le minimum de confort, on se retrouve avec entre les mains leurs banalités parce que c'est leur seul matériel exploitable qui ne coûte rien. Avec Internet, il y a bien moyen d'un peu jongler, de gonfler des sacs, de storyfier, mais cela ne remplace pas la cogne au réel. A Chupacabra, les 3 meilleurs sujets retenus en amont étaient vraiment des trucs dingosses, jamais lus ailleurs, des promesses de récits vraiment très marquants. Ils ne m'ont jamais été livrés. Il fallait du pognon pour faire le tour de ces sujets et on n'en avait pas. On aurait pu les griller, se contenter d'une couverture assez superficielle comme le font très bien Vice ou Technikart mais on ne le voulait pas. Ces sujets sont aussi restés en carafe parce que les types censés les écrire ont bien compris qu'il y avait quelque-chose de professionnellement tortueux à livrer cela contre trois cacahouètes et une bière alors que cela pouvait visiblement générer du dollar ailleurs. Mais ailleurs, personne n'en a voulu. Parce qu'il n'existe plus de magazines pour acheter ce genre d'articles. Et que ceux qui rêvent de fabriquer la relève sont le genre de crevards méprisés des banquiers. Tout simplement. Voilà le genre de questions auxquelles j'ai été confronté durant mon expérience de journalisme participatif, alternatif, whatever, et voilà pourquoi j'estime être des gamineries sans beaucoup d'intérêt le fait de plutôt se questionner sur l'idée d'être objectif ou subjectif, gonzo mais pas trop ou fact-checkeur. C'est le fond qui souffre, la forme, on s'en branle, elle s'impose plus tard. J'ai une haute opinion du journalisme, au sens d'un récit qui raconte le réel, mis en scène ou plus factuel, à des lecteurs présumés intelligents. J'ai un amour immense pour les chroniques chiadées, les petites gouttes de Médoc dans l'océan de Sangria, tout ce qui dénote du tout-venant. C'est proche de la mort, tout cela, et il faut de plus en plus creuser pour trouver son bonheur. Médias traditionnels et tentatives 2.0 se valent pour la plupart de médiocrité et ce ne serait pas tant de leurs fautes -le contexte est particulièrement pourri pour ce genre d'entreprise, reconnaissons-le- si beaucoup de projets ne s'ingéniaient pas à s'enliser sur des sentiers qui ne mènent nulle part et, au nom de l'expérience propre, ne montrer que mépris envers ceux qui ont déjà été s'échouer là. Mon crime, ma dissidence, mon hérésie, c'est juste de ne pas être d'accord avec des types qui n'ont pour ainsi dire aucune conscience de ce qu'ils font vraiment, estimer qu'ils perdent un temps dingue, rament dans un courant déjà largement cartographié malgré leur prétention de pionniers. C'est mon opinion et je pense exposer suffisament d'arguments pour que l'on puisse la considérer autrement que comme une salve d'insultes gratuites. Sinon, allez tous vous faire mettre par la moumoute d'André Lamy, les Twittos.

mercredi 30 mai 2012

FEAR & LOATHING IN TWITTOS LAND


De samedi matin à mardi après-midi, j'ai fait partie de l'équipe d'Ultragonzo, un site participatif, expérimental et temporaire, de "journalisme" dit "subjectif". Ouvert le 25 mai, fermé le 25 juin, il compte en son sein de gentils gentils parfois un peu à la ramasse et quelques micro-célébrités qui prennent très mal la critique. Des Twittos, quoi. Récit de mes quelques heures d'ennui virtuel en leur compagnie.

Samedi
Par pure curiosité, parce que ça fait toujours des choses à raconter, que c'est souvent une aventure et qu'il y traîne peut-être de belles femmes à emballer, j'ai tendance à très souvent accepter sans trop réfléchir de rejoindre un projet, aussi biscornu puisse-t-il à priori me paraître. Cela ne m'engage pas à grand-chose, je ne signe jamais rien de mon sang et dès que le truc m'emmerde, de toutes façons, je me barre. A cause de cela, je traîne une réputation de prétention, de type peu fiable, de sale caractère ainsi que de mec chichiteux mais je m'enfous, d'autant que c'est en partie vrai, hahaha. Et donc, samedi, à la suite d'un coup de fil de DJ Kwak, voilà que je me retrouve embarqué dans Ultragonzo, un site auquel je ne comprends rien. Ils ont un forum, je n'y comprends rien. Je pose des questions dans des mails groupés, on me répond à côté de la plaque ou en espèce de novlangue 2.0. De grands concepts, de grands mots, rien de très concret. Je ne connais pour ainsi dire aucune des personnes impliquées, qui semblent être précédées d'une certaine réputation alors que je n'en ai bien souvent jamais entendu parler. Elles ont l'air d'avoir de gros Klout, de bosser dans l'IT, de grenouiller dans le copy-writing, ce genre. On me confirme que sont tous des Twittos. J'essaye de lire les articles déjà publiés sur le site mais à chaque entrée, je n'arrive pas à dépasser dix lignes. Verdict : sujets inintéressants et traitement immensément égocentrique. Je viens de me taper le Daily Note de la Villette Sonique et la différence de qualité entre ce qu'est capable de fournir une bande de Parisiens bien branchés et ces mecs inconnus des radars de la wannabe contre-culture journalistique wallonisante est une vraie raison de déprimer.

Dimanche
Cela fait un bout de temps que j'ai dans l'idée d'écrire une petite nouvelle sur la disparition de la rock-critic telle qu'elle se pratiquait durant les années 90, les problèmes que lui posent la chute de l'industrie du disque, la crise des médias, la concurrence des blogs. Comme chaque fois que je veux m'y mettre, je procrastine, je me dis que publier ça sur un site qui ferme le 25 juin peut jouer un bon rôle de moteur. C'est comme ça : je ne travaille bien que sous la menace d'une deadline. Je m'y mets et je décide d'appeler ça Collatéral et d'exagérement pasticher le pur style gonzo (came, biture, insultes, white rabbit, violence, la vaaaague...). Comme tout ce que j'ai lu sur Ultragonzo me tombe des yeux, je trouve très sournois et drôle que tout à la fin du projet, je balancerais un chapitre dégommant de façon acerbe les projets culturels participatifs sur Internet ; leur arrogance, leur inutilité, leurs prétentions de nouveauté alors qu'ils sont nés ringues. My idea of fun. Ce que je trouve nettement moins fun, par contre, c'est un tweetclash sur lequel je tombe opposant une partie de l'équipe d'Ultragonzo à un type (Ced Lamarde) qui n'a fait qu'émettre une petite critique pas bien méchante à leur égard. Et que sur son blog, Marcel Sel, qui participe au projet, annonce pour bientôt un article sur Eric Zemmour. Douche froide. Offrez aux gens suspectibles de présenter une alternative au journalisme établi la possibilité d'écrire comme ils le veulent sur ce qu'ils veulent et ils vous sortent avec suffisament de fierté que pour prendre la mouche à la moindre critique des papiers sur la difficulté d'être indépendant en Belgique, la SNCB, les séries télé, les 20 kilomètres de Bruxelles et Eric Zemmour. Bref, à part leur banalité quotidienne, peau de balle. Je mets toutefois mon premier épisode de Collatéral en ligne, que je n'estime pas mieux ou pire, rien à voir avec la goutte de Médoc dans l'océan de Sangria. C'est juste une blague, en fait, destinée à évoluer, mais une blague. 100% gonzo.

Lundi
Rien. Il fait pas loin de 32 degrés dehors et c'est férié. A part chez ces gros geeks de Brice Le Blévennec, Alain Gerlache et Charles Bricman, qui nous pond un papier ridicule sur Hunter Thompson histoire de parler du site, pas un seul ordinateur belge n'est sans doute allumé.

Mardi
Au moment où je me dis que je vais finaliser le deuxième volet de Collatéral, je me branche sur Ultragonzo et je tombe sur un nouvel article sur la fiscalité belge. Encore ! Je lâche une petite blague sur Facebook et l'auteur du post réagit directement de façon assez abrupte. Ca me fait marrer, j'en rajoute, mais ça me donne tout de même pas fort envie de davantage connaître le panier de crabes. Je balance un mail collectif annonçant que cela ne m'intéresse finalement pas de continuer et que j'aimerais donc qu'ils retirent mon texte et ma bio du site. C'est fait dans les cinq minutes, de façon très correcte, rien à redire. Je discute ensuite pas mal avec le concepteur du truc, surtout sur le fait que j'estime plutôt vain d'opposer objectivité et subjectivité dans le journalisme. Selon moi, ce qui compte, c'est le sujet, le sujet, le sujet et, juste après, le style, mais subjectivité et objectivité, c'est une histoire de dosage, pas de choix. Conversation courtoise, tout le contraire de Facebook, où Marcel Sel se met à m'asticoter, rien de très méchant, mais de la prose d'où transparaît une haute opinion de soi que j'estime assez bien ridicule. Je lui balance que moi, quand on me parle de gonzo, je pense à un type qui à partir d'une bête course de moto et d'une convention de flics dans un hôtel pourri de Las Vegas, finit par écrire sur la déliquescence du rêve américain et la fin violente de l'utopie hippie. Pas sur les quotités exemptées ou cet has-been d'Eric Zemmour. Un autre gusse répond que ça devient pompeux s'il faut savoir ce qu'est le gonzo avant de s'y coller. Pompeux de savoir de quoi on parle ? Je ricane du dépassement de bornes, je poste ceci et je me couche.

Mercredi
12h00 : Il pleut du Sel sur Facebook mais on s'en fout. 14h00 : Sur Twitter aussi.  Haro sur ma dissidence, avec Marcel Sel dans le rôle du cogneur. A le lire sur son blog durant la crise de régime, ce travail de dingue sur la dénonciation de la droitisation de la Flandre, je pensais que Marcel Sel était drôlement lucide et intelligent mais là, il se comporte juste comme un gros blaireau et ça me fait un choc comparable à la scène finale de The Crying Game. (rires) 16h00 :  Tout cela pour défendre quoi, au juste? Un site qui s'appelle Ultragonzo, utilise la tronche à Hunter S. Thompson comme logo mais n'a fondamentalement rien de très gonzo et, mieux, ne semble même pas connaître grand-chose au bonhomme et à son héritage, légitime ou non; encore moins à l'évolution, à la stagnation, à l'involution et aux limites du concept gonzo. Mieux encore : personne du projet n'a l'air de trouver cela très important. Bref, c'est comme si une boutique de pulls qui s'appellerait Ultracachemire ne vendait que du polyester et traitait tous ceux qui se sentaient arnaqués par cette enroule de "conservateurs de la contre-culture" et de gardiens de l'immobilisme. Ce qu'a fait Marcel Sel, pas les autres, visiblement plus ouverts à la discussion, à la remise en question et à la critique. Tout simplement plus modestes et moins ramenards.

Jeudi
Je me lève avec la joyeuse envie de fight, j'en lâche quelques-unes sur Twitter à l'égard de mon nouveau coupain Marcel mais il ne réagit pas vraiment, se contentant de sous-entendre que je commence à l'énerver vraiment. C'est précisemment mon but mais la journée passe vite et après avoir taffé et facturé, voilà qu'il est déjà temps de répondre à l'appel du pastis en terrasse. Je me promets toutefois de me payer l'individu dans les grandes largeurs, just for fun, une autre fois.

Vendredi
J'ai la gueule de bois, du temps et rien pour l'occuper. Les conditions idéales pour écrire un post pour en finir avec le Gros Sel. Yippie kay yeah, motherfucker!

dimanche 27 mai 2012

COLLATERAL # 1



1. SUPPORT YOUR LOCAL SCENE

C'est en juillet 1997 que je me suis rendu compte que rock critic, c'était vraiment un métier de plouc, rock critic en Belgique francophone du moins, encore que la plupart des nerds drogués américains qui ont transformé le journalisme musical en entreprise de sous-traitance pour le marketing de la RIIA ne vaut pas beaucoup mieux. Je m'en souviens très bien, c'était au Festival de Dour. Cela faisait une nuit et deux jours que l'on y buvait sec, principalement de la vodka chaude et de la bière tiède, sans doute un peu rallongée au MDMA, ce que je n'ai jamais cherché à savoir, vu que ça m'allait. On était raides comme des pylônes à haute tension, attendant que ne débarque sur scène je ne sais plus quel groupe à la con, ne l'attendant même plus en fait, avec toute la purée de pois que l'on se trimballait entre les oreilles. Et se plante alors devant nous ce mec, on appellerait ça un troll aujourd'hui, et il nous balance sur un débit de speedfreak, avec la grimace de celui qui veut faire s'écrouler les psychés, que les magazines musicaux, c'est rien que de la merde. Que les journalistes sont tous des bites, qu'ils n'écrivent que des grosses conneries, souvent fausses et pas sincères pour un sou. Qu'ils ignorent tout des bons groupes, trop calés sur l'agenda promotionnel des firmes de disques et résignés à en vanter les daubes incubées. Que le temps que les articles se publient, de toutes façons, les « vrais » branchés ont déjà tous usé tous les « vrais » disques depuis 2 mois. Clair, ce troll cherchait le clash et du groupe que l'on formait, il y en a qui réagirent en soupirant, en levant les yeux au ciel, en se dispersant. Un autre gars, le genre à pondre des articles plus longs que des péniches, est parti dans une justification très foireuse, y allant avec le besoin vital de défendre la culture alternative, l'idée de croisade contre le mainstream, ce genre de couillonnade typique de ces années là. Moi, j'ai éclaté de rire. Balancé au mecton qu'il se trimballait une bonne tête de con, qu'il devrait se soigner sa petite peau, se trouver des t-shirts moins beaufs mais que sur le fond, il avait entièrement raison. C'est vrai que l'on faisait le métier le plus inutile au monde. Qu'il n'existait que parce que l'industrie le voulait bien. Que la meilleure image pour caricaturer un journaliste musical, ça restait le pique-boeuf, cet oiseau qui picore le dos des hippopotames. Que si, pour une raison ou une autre, les labels coupaient la pub et l'accès à l'info, nous coulions, et, si l'industrie trouvait un jour le moyen de promovoir ses produits sans passer par les relais médiatiques, il n'existerait plus aucune raison pour que ne subsiste une presse musicale. Le troll avait trouvé ça génial, s'était mis à me payer des coups mais au fond, c'était vraiment un garçon pénible, vraisemblablement en pleine montée d'ecsta et ce n'était pas la première du week-end. J'ai fini par l'envoyer chier, prétendre que je devais interviewer Henri Rollins et que je ne me priverais pas de lui dire que ses fans avaient vraiment des tronches de pénis fraîchement sortis de mains caleuses. Je crois qu'il s'est alors mis dans l'idée de me péter la gueule mais j'ai réussi à le semer et à ne plus le croiser le reste du temps que j'ai erré là. De toutes façons, j'étais accrédité et avec mon bracelet d'empereur romain, j'aurais pu le faire sortir du festival par la sécurité d'un claquement de doigt, ce connard. (à suivre...)

lundi 21 mai 2012

KIKAPéTé?

Au concours du gros bitosse, depuis deux semaines, on remarquera le haut niveau de gagne de la plupart des dessinateurs de presse au moment de se moquer de François Hollande. Le nouveau président français est pour ainsi dire un inconnu, singulièrement sur la scène internationale, mais aussi en France, où il fut durant de longues années, au sein de son propre parti, médiatiquement éclipsé par les Aubry-Moscovici-Fabius et, surtout, par DSK. Autant dire qu'après les fastes années de la sarkozie, où les occasions de blaguer la politique poussaient aux arbres, la plupart des humoristes se retrouvent aujourd'hui le bec dans l'eau et l'inspiration à zéro face à ce nouveau président qui n'a pas l'air de traîner des casseroles et n'a encore commis aucune bourde significative, ni marquante. D'où, histoire de meubler, pléthore de dessins qui se moquent de son physique, de sa normalité, de sa prétendue mollesse ainsi que d'une certaine maladresse protocolaire. Bref, on en est revenu au niveau du « bon Roi Dagobert a mis sa culotte à l'envers » et l'humour politique français retourne en récré jouer à kikapété. Vivement, dès lors, que François Hollande fasse une très grosse connerie. Mais alors du genre vraiment énorme. Que le lol redevienne sauvage ! 
Chronique également publiée sur The Comedy Office (version beta)

RITUELS DU SAMEDI SOIR & MICROCLUBBING BOULODROME

dimanche 20 mai 2012

FEEDING ANIMALS IN THE ZOO

Commentaires fermés, aucun échange supplémentaire envisagé, ce billet sera mon unique réaction à ceci.

Je n'ai pas lu Pacadis. Je l'ai toutefois suffisament feuilleté que pour savoir que ses poses de chroniqueur mondain destroy sont l'antithèse exacte de ce que j'ai envie de faire au moment de causer de la nuit et de sa culture. Cette forme de clubbing là n'est pas la mienne. C'est le clubbing d'avant la house, d'avant la techno, d'avant les gays avec pignon sur rue, d'avant les drogues empathiques. C'est un clubbing que je trouve extrêmement prétentieux et passablement sans intérêt, qui se veut élitiste et décadent, surjoue la branchitude, alors qu'il n'est que malsaine fuite du réel et idéalisation de phénomènes marketing. Je n'ai pas lu Pacadis mais j'ai bu le moindre mot écrit sur la nuit et sa culture par Didier Lestrade, Guillaume Dustan, Laurent Garnier, David Blot, Luz, JC Menu, Patrick Thévenin, Odile de Plas, Frank Broughton, Matthew Colin, Jon Savage, Pete Shapiro, Nick Cohn, l'équipe de Nova et beaucoup d'autres du même calibre, ainsi que des centaines d'articles anonymes ou non publiés sur des blogs et dans des magazines tels que Coda, Actuel, Mixmag, Tsugi, le Out Soon des débuts ou Trax. Ce qui s'écrit sur la nuit ne me parle que lorsque c'est passionné, partageur, généreux, drôle et suffisament ancré dans le réel que pour aussi aborder les côtés banals, camés, pintés, monomaniaques, tristes, sociaux et glauques du contexte noctambule. Les articles de mecs qui se la jouent élite de la night, lunettes solaires, champagne et main dans la culotte de la femme à Jagger -et Pacadis en était assurément un- me tombent tout simplement des mains. C'est clair pour tout le monde : ce qui m'intéresse le plus, c'est ce qui se passe du côté du public. Le carré VIP, la coke en backstage, tenter de baiser l'attachée de presse de l'artiste : been there, sometimes done that, et cela n'a d'intérêt que pour ceux qui vivent la nuit par procuration, ne s'assument pas, s'imaginent boeufs alors qu'ils ne sont que crapauds, cherchent à vivre dans des auras étrangères. Normal dès lors que Delvaux, Jérôme s'y retrouve, lui qui perd tant de temps à se fabriquer une image, une posture, une crédibilité, à base de relations qui n'existent pas et d'accointances imaginées. Tout ce dont mes chroniques ricanent, en fait. Ricaner, rigoler, parce qu'avant n'importe quel scribouillard plus ou moins branché, mon influence principale, ça reste tout de même les Snuls. Et les bonnes vannes de mes bons potes avec qui je pintoche joyeusement. Bref, coucouche panier, le troll. Encore raté.